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la vérité des faits P? Elle fut écrite en premier lieu par un certain Damis de Ninive, qu'il s’attacha dans ses voyages d'Orient, et l’un de ces disciples que Lucien traduit comme des aventuriers indignes de croyance et de la moindre considération. Encore n’avons-nous plus de cette histoire que ce qu’en recucillit, environ cent ans après, sur des lambeaux altérés et des bruits vagues , le sophiste Philostrate, qui ne le faisoit que pour flatter dans ses travers de femme savante, l’impératrice Julie, épouse de Sévère, ardent persécuteur, et de son côté ennemie déclarée du christianisme. Quoi qu'il en soit du récit de Philostrate, appelé le plus menteur des hommes après Voltaire (Nonnotte) ,le prophète du paganisme ne put tenir devant l'Apôtre de Jésus-Christ, dans le même temps et les mêmes provinces. L'œuvre de Dieu, dont Paul étoit chargé, subsiste après plus de dix-sept siècles; au lieu qu'après deux siècles seulement, on se souvenoit à peine d'Apollone.
L’Apôtre se trouvoit en Macédoine, quand il reçut de Corinthe les nouvelles qu’il en attendoit avec impatience, depuis la première Epiître qu'il y avoit écrite. Tite, son disciple, qui en étoit le porteur, lui apprit que sa lettre y avoit produit les meilleurs effets; que le nom de Paul en étoit devenu plus cher et plus respectable aux Corinthiens; quela très-grande partie de ces fidèles souhaitoient ardemment son arrivée, qu'ils avoient remédié aux troubles et aux scandales de leur église; qu'ils avoient ététouchés jusqu'aux larmes de l’affliction de leur pasteur et de leur père. Il ajouta néanmoins qu'il se commettoit encore des fautes en grand nombre, par l'insuffisance ou la contrariété des docteurs; que des esprits inquiets et jaloux, plus capables de censurer que de réfuter sa doctrine, la mettoient malignement en opposition avec celle des autres apôtres, et que, pour empêcher le fruit deses écrits, quelques-uns ne rougissoient pas de faire un parallèle insultant entre la dignité qu'ils respiroient, et ce que leur aversion particulière apercevoit de bas dans sa personne.
La première Epître aux Corinthiens n’ayant opéré leur correction qu’en partie, l’Apôtre leur en écrivit une seconde, dont la relation de Tite lui fournit principalement la matière. De là vient la diversité du style de cette seconde lettre, tantôt vive et
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DE L'ÉGLISE. (an 57.) 77 forte , terrible quelquefois et menaçante, tantôt tendre, compatissante, pleine de condescendance et deménagement. Mais toujours l'écrivain apostolique, reprenant avec dignité et conjurant sans bassesse , soutient admirablement ses deux personnages de père et de maître. D'abord en vertu du pouvoir de lier et de délier, il use d’indulgence à l'égard de l’incestueux qu'il avoit excommunié. Ce pécheur s’étoit sincèrement converti; et la douleur du repentir alloit si loin, que le plus grand péril qu'il courut encore, étoit celui du désespoir. Le sage pasteur, dans ces conjonctures, regarda la sévérité comme un écucil dangereux, contraire à l'institution des pénitences exemplaires, qui, tout en humiliant le pécheur, doivent tendre à son propre bien comme à celui de l'Eglise.
Après ce réglement particulier, l’Apôtre reprit le grand objet de sa première lettre, tendant à faire honorer son ministère, pour le rendre utile, le soutenant avec noblesse contre les faux prophètes, et contre une foule de ministres jaloux et superbes. Ces docteurs, Juifs d'origine, s’élevoient à tout propos contre le docteur des nations. C’est pourquoi nous le voyons empal à sa défense tout ce qu'il y a de plus propre à rabaisser “enflure présomptueuse et les idées altières du judaïsme. Mais s’il parle de ses révélations ou desesravissements, on sent que sa modestie en est sincèrement peinée. Il évite même de se nommer, et s'attache uniquement à “tabiir qu’instruit immédiatement par le Seigneur, sa sci:nce et son autorité ne le cèdent en rien aux premiers des apôtres. Mais quand il en vient aux humiliations enduréespour Jésus-Christ, il se livre à toute l’ardeur du feu divin qui le consumoit. Il s'explique avec effusion de cœur, et nous apprend, outre ce que nous lisons de ses travaux dans les Actes des apôtres, qu’il fut encore bien d’autres fois couvert de chaînes et en péril de mort; qu'il souffrit jusqu'à cinq fois la flagellation de la part des Juifs; qu’il fut trois fois battu de verges par les exécuteurs des magistrats romains; qu'il fut bien plus souvent encore l’ohjet de l'emportement et de la fureur populaire, qui se porta jusqu'à le lapider; qu'il fittrois naufrages ; en un mot, qu'il essuya des tourments et des dangers sans nombre, dangers dans les villes et sur les rou-
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