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DE L ÉGLISE. (An 5.) 79 des prophéties : ce qui choquoit extrêmement les Hébreux, choisis par le Seigneur, entre tous les peuples du monde, et habitués à se croire d'une race plus précieuse et plus digne qu'eux des bontés célestes. Confondant en tout lieu l’orgueil national avec l'intérêt de la loi, Israël imaginoit qu'une multitude d’observances, purement extérieures, conféroit le mérite d’être discerné des autres hommes, et de parvenir à la grâce du Désiré des nations.
L'Apôtre regarda comme un point important de son ministère, de donner là-dessus des idées saines au Juif et au gentil, et telle est la fin qu'il se proposa dans l'Epiître qu'il écrivit de Corinthe aux Romains, par le moyen d'un secrétaire latin, nommé T'ertius. Bien persuadé quel'humilité fait toute la base du christianisme, il commence par humilier les deux peuples. Pour cela il remet sous les yeux des gentils la vanité et la lâche duplicité de leurs philosophes, qui, assez heureux pour avoir eu la connoissance du vrai Dieu, ne l’avoient point honoré publiquement. C’est pourquoi, dit-il, il les a livrés à la corruption de leurs cœurs ; de manière qu'ils se sont déshonorés par toutes sortes de vices, spécialement par les plus honteuses im pudicités. Il ne se met pas en devoir de prouver ces faits trop notoires à Rome, sous le règne affreux de Néron. Sans cela même, reprend-il, les gentils n’auroient aucun droit de mépriser Israël, Quoique le gros de cette nation, autrefois si chérie du ciel, soit déchu de son heureuse destination, Dieu se souviendra de ses restes précieux dans les derniers temps, et tous les enfants de Jacob alors existants se convertiront.
Ce peuple, de son côté, n'a aucun droit de s'élever par-dessus les autres peuples, n'ayant su profiter des bienfaits célestes qui lui avoient été communiqués gratuitement. Y eût-il été plus fidèle, des observances charnelles et littérales n’ont pu mériter la grâce de la vocation, encore moins de la justification : autrement ce seroit une juste rétribution , et non plus une grâce. C'est ici principalement que nous puisons la connoissance du mystère profond et terrible de la prédestination. Après en avoir exposé ce qui fait le principe de l'humilité et de toute la justice chrétienne, le docteurinstruit immédiatement par Jésus-Christ, se récrie, et s'arrête effrayé au bord de ces sombres profondeurs.
80 (Ax 57.) HISTOIRE
Ëtqu e craindra, devons-nous conclure dans les mêmes sentiments que lui, d’être anéanti sous le poids dela gloire divine, en voulant pénétrer ce que les anges ne comprennent pas, ou en le faisant servir de matière à l’esprit de contention, à la rivalité , à la présomption! Pleine d’élévation et d’une solide doctrine, l'Epître aux Romains, sans s’ingérer dans ces recherches curieuses, fournit une instruction complète, à l'usage des Grecs ainsi que des Romains.
On y salue, à la fin, Prisque ou Priscille, et son mari Aquila, qui prétoient leur logis pour les assemblées de l’égliseromaine, ainsi que Gaïus, chez qui logeoïit actuellement l'Apôtre, prétoit le sien à Corinthe. Paul salue encore Hérodion, son parent, Hermas, auteur du livre fameux du pasteur , et plusieurs autres personnes , dont on observe que les noms sont grecs, et qu'il avoit pu connoître en Grèce ou en Asie. Il nomme aussi la maison de Narcisse, assez fameuse par la faveur du règne précédent, pour être généralement connue. Timothée, ajoutet-il, Lucius, Jason et Sosipatre vous saluent. Ce Lucius, parent de saint Paul, comme il le dit, n’est autre que l’évangéliste saint Luc, au nom âvquel il donne une terminaison latine, en écrivant à des Romxins. Par le grand nombre de ses proches, qu'il nous fait connoître en divers endroits de ses écrits, il montreautant la sensibilité et la bonté naturelle de son
cœur, que ses succès surnaturels dans la conversion des person-
nes de son sang, ” Gette Epiître aux Romains passe pour un des ouvrages de l'Ecriture des plus difficiles à expliquer.
Mais qu'on en saisisse bien l’objet capital , tel que nous venons de l'indiquer, et la plupart des difficultés s’évanouiront. Ge fut vers le même temps que saint Paul “crivii son Epître aux fidèles de la Galatie ; tous d’une ferveur «i 4 ::: ‘“oiture admirables, mais d’une simplicité qui, api: ces siecles entiers , marquoit encore leur origine , au milieu des peuples infiniment plus raffinés que les bons Gaulois, aïeux des Galates. Ii: “went aisément dupes des flatteurs, moitié juifs et moitié chre. .n., qui, dans leurs schismatiques missions, travailloient moins ; our fésus-Christ, que pour la loi cérémonielle dont ils ne cesso.ent de prêclier la nécessité. Il faut partir de ce point,
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Les sen- pour entrer dans l'esprit de l’Epiître aux Galates, dont le ton, divine, sans cette observation, pourroit paroître impérieux et peu conas , ou forme à la modestie apostolique, L'auteur y exalte plus qu’en à la ri- nulle autre, la gloire de son apostolat, et tout ce qui peut acsolide créditer ses œuvres avec son ministère. Là-dessus, ils'exprime recher- avec une force et une autorité hors des règles communes, Il va age des jusqu'à rappeler ce qui s’étoit passé quelques années auparavant, lorsqu'il empêcha Céphas de favoriser lesprétentions des Aquila, : fidèles circoncis. Toutefois il s’humilie personnellement de la maine, manière la plus touchante ; et, comme en ce genre les exprese, pré- sions générales prouvent assez peu, il ne se dit pas simplement on pa- 4 le moindre ou le dernier desapôtres, mais il s'efforce dele prouusieurs | ver, en racontant ce qu'il avoit été avant sa conversion, et avec recs, et quelle fureur il persécutoit alors l'Eglise de Dieu. re aussi | Les fidèles de la Galatie étoient trop simples pour s'attacher 1 règne à la doctrine des chrétiens judaïsants, par cet orgueil subtil ajoute- qui faisoit injure à la croix de Jésus-Christ, en attachant l’es- 1S, pa- j poir dusalut, tant aux efforts de la nature, qu’à la loi de Moïse. l'évan- | Fais ces subtilités pernicieuses , en favorisant dans la pratique son la- | les déguisements du respect humain , devenoient contagieuses de ses (À pour tout le monde. Les chrétiens se déroboient par-là aux per:
de ses i sécutions des païens , en se confondant avec les Juifs assez gé-
de son néralement tolérés. C’est ce qui animoit l'Apôtre à lescombat- DErson- tre en toute rencontre.
| Quand il ne vit plus rien danses églises de la Grèce, à quoi
de l'E- des ministres ordinaires ne pussent suffire, il partit avec les au-
mônes qu'il portoit aux fidèles de la Palestine : et fournissant jus ve- dans tous les détails de sa conduite un modèle parfait aux mi-
iront. j nistres évangéliques, il voulut avoir pour témoins de son inté- Epître | grité, et comme dépositaires chacun de son département, au- ‘oiture tant de députés des églises diverses, qu'il ÿ en avoit de plus les en- signalés par leurs pieuses largesses : tels furent Sopatre, pour
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bles in- l'église de Bérée ; Aristarque et Second, pour Thessalonique; Î alates. Gaïus, pour Derbe ; Timothée, différent du disciple du même } moitié nom qu'il avoit mis à la tête des fidèles d'Ephèse; enfin T'ychi- Iloient que et Trophime, pour l’Asie-Proconsulaire, dont E phèse lont ils étoit la capitale. Au moment de s'embarquer, il découvrit que
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les Juifs se concertoient entr'eux pour le faire assassiner en 1. 6
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82 (AN 58.) HISTOIRE route. Il laissa donc partir ses compagnons à quil’on n’en vouloit pas, avec ordre de l'attendre à Troade : il ne garda que Luc avec lui, et ils prirent ensemble un long détour pour se rendre à leur terme.
Parmi ces contre-temps, conservant celte présence d'esprit qui marque une grande âme jusque dansles plus petites choses, il réfléchit que son cher Timothée, qu'il se réjouissoit d’embrasser à Ephèse, pourroit avoir porté au loin son zèle évangélique. C'est pourquoi il lui écrivit, afin de lui communiquer sûrement, quoi qu'il arrivât, ces règles divines et visiblement inspirées , pour le sage gouvernement de la maison de Dieu.
La première Epiître à Timothée comprend en effet un abrégé complet des devoirs de l'épiscopat, de tous les ordres de la cléricature , et même des états divers entre les simples fidèles ; outre les conseils particuliers qui convenoitut , tant à la personne de ce disciple, qu'aux lieux et aux autres circonstances délicates où se trouvoit sa jeunesse. Cette Epître, en une multitude d'articles, est donc regardée avec raison, comme la règle et la base de la discipline ecclésiastique. T'els sont les passages où elle prescrit de ne pas se presser d'imposer les mains aux clercs, c'est-à-dire, de les élever aux ordres sacrés ; de faire néanmoins monter plus haut ceux qui auront bien servi dans les degrés inférieurs ; de décerner une récompense plus grande ou plus honorable à ceux qui se distingueront dans l'accomplissement de leurs devoirs ; de ne point recevoir d'accusation contre un prêtre qu'il n'y ait deux ou trois témoins ; de ne point sacrer évêque un bigame , un néophyte, ni aucun sujet qui ne soit doué de toutes les bonnes qualités que requiert une dignité si éminente. L’Apôtre, en faisant l'énumération de ces vertus, demande surtout, tant pour les prélats que pour les minisires du second ordre, la chasteté, la frugalité, le désintéressement, une charité généreuse, la douceur et la modération, la prudence , un esprit de maturité et de raison , aussi-bien que d'application au travail, et qui ait fait ses preuves par le sage maniement de ses affaires domestiques. Pour l’afféterie et les vaines parures, iln'imagine pas que des clercs puissent jamais oublier à ce point la sainte gravité ou les religieuses bienséances de leur état. Il se contente d'inter-
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l'esprit hoses, d'emévanniquer lement Dieu.
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DE L'ÉGLISF. {AN 58.) 83 dire aux femmes ce genre de vanité. I] leur défend aussi de s’ingérer à enseigner, ainsi que d'usurper l'autorité sur leurs maris qui sont les chefs de la maison. 1l donne encore des règles de conduite pour les veuves, et il veut qu'entr'elles les jeunes se marient, plutôt que de courir les risques d’une vie indépendante et oiseuse, où tout le temps se consume à faire et à recevoir des visites, en des conversations vaines, curieuses, licencieuses, au milieu des périls sans nombre qui en sont la suite.
On trouve d’ailleurs en cette Epître, et c'en est le point le
plus important, des règles sûres et précises pour la conservation du sacré dépôt de la foi. L’Apôtre y recommande de se tenir en garde contre toute espèce de nouveauté profane, ne füt-elle que dans les expressions; à plus forte raison, contre les idées singulières et bizarres, les assertions paradoxes , les faits apocryphes, les contes de vieilles et les généalogies interminables, ainsi qu'il s'exprime, désignant par-là les hérésies des gnostiques et des manichéens, qui surviendront , ajoute-t-il, dans les derniers temps, c’est-à-dire, suivant le style des écrits apostoliques, dans les siècles qui suivent celui des apôtres. 11 nomme quelques faux docteurs qui dogmatisoient dès lors ; entr'autres, Hyménée, qui anéantissoit le dogme de la résurrection future, en l'expliquant de la résurrection spirituelle du péché à la grâce.
Enfin, l'Apôtre instruit son disciple de manière à pouvoir se promettre que personne n'aura lieu de mépriser sa jeunesse. Timothée n'avoit que trente ans, âge en effet bien peu avancé pour l'épiscopat, dans un temps où l'on en exigeoit, pour l'ordinaire, environ cinquante. Je vous écris, conclut ce sage maître, quoique j'espère vous joindre bientôt; mais afin que, si je venois à être trompé dans cette espérance, vous n'en sussiez pas moins la manière sûre de vous conduire dans l'Eglise, qui est la colonne de la vérité : dernier trait qui détermine le vrai sens de l'assistance perpétuelle que Jésus-Christ avoit promise aux premiers pasteurs de son Eglise, et qui nous incline en même temps à croire que cette lettre fut écrite, comme l’auteur se disposoit à passer de Grèce en Ionie.
L'Epitre à T'ite fut composée depuis celle-ci, quoiqu'on n'en puisse pas fixer la date avec la même précision. Comme elle
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s’adressoit à un disciple chargé des mêmes obligations que Timothée, et qui se trouvoit à peu près dans les mêmes conjonctures, elles ont l’une et l’autre beaucoup de ressemblance. On permet à Tite d'élever des hommes mariés au sacerdoce, à cause de la difficulté d'en trouver alors qui eussent gardé la continence jusqu'à un âge avancé, principalement en Crète, où les lois obligeoient de se marier dès la jeunesse : mais on veut toujours que ces sujets n'aient épousé qu'une seule femme. Comme on ne voit rien dans les écrits de l’Apôtre, qui fasse raisonnablement présumer que les ministres sacrés ne vécussent pas dès lors avec leurs femmes comme avec leurs sœurs, on ne sauroit présumer non plus que le docteur des nations ait approuvé dans ceux de Crète une diversité de mœurs, qui ne pouvoit manquer de les rendre méprisables aux autres églises. S'il y a quelque chose de particulie: ; our les premiers Crétois, c'est que, parmi ceux-ci, ces ordinations d'hommes mariés étoient plus communes que partout ailleurs.
Paul, tout en se dérobant aux piéges de ses assassins, n'oublia point le respect religieux que l'on doit aux grandes fêtes, jusque dans le cours des voyages les plus indispensables. Voulant même former ses élèves au pieux usage de passer ces saints jours, chacun dans sa propre église, il se rendit à Phihppes, pour y célébrer les azymes, c'est-à-dire la fête de Pâques. Comme toutes les églises établies et régies par ses soins éloient censées sa propre église, il ne pouvoit instruire avec plus de précision sur cet article, que par l'attention qu'il eut constamment, comme l'observe saint Jean-Chrysostôme, à célébrer les fêtes dans les grandes villes. Après les six jours des azymes, il s’embarqua avec Luc; et, en cinq jours de navigation, ils arrivérent à Troade, rendez-vous indiqué au reste de la troupe, qui déjà les y attendoit.
Il y ressuscita un jeune homme qui s’étoit tué en tombant d'un troisième étage où les fidèles étoient assemblés pour l'instruction et la célébration des saints mystères. On voit, par le journal même de la route, que nous tenons de l'historien sacré, que c'étoit la première férie, ou le dimanche, qu'on se faisoit dès lors un devoir de sanctifier. Comme la fête commencoit, selon la coutume reçue des Juifs, dès le soir du jour précé-
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DE L'ÉGLISE. (AN 58.) 85 dent, il y avoit une multitude de lampes allumées, tant pour cette raison que pour la célébration du saint sacrifice.
L’Apôtre repartit aussitôt après, avec ses compagnons. Le navire côtoya d'abord la partie accidentale de l'Asie, où l’on devoit encore relâcher. Mais le tendre médiateur des pauvres de la Judée, craignant d'être trop long-temps retenu à Ephèse, qui étoit la capitale de l'Asie - Proconsulaire, il aima mieux aborder à Milet, ville moins considérable. Il y convoqua néanmoins une espèce de synode, rassemblant avec les prêtres et les anciens de la ville d'Ephèse peu éloignée, le clergé et les évêques du voisinage. Il les précautionna contre tous les périls à venir, et leur fit une exhortation d'autant plus touchante qu'ils le voyoient, à ce qu'il leur prédit , pour la dernière fois. 11 partit aussitôt après, et la navigation fut si favorable qu’en quatorze jours, y compris le séjour de Milet, il alla de Troade à Tyr, située dans la petite province de ia Phénicie, contigui à la Palestine. De là il passa à Ptolémaïde, puis à Césarée, où il logea chez le diacre saint Philippe, l’un des sept institués en premier lieu, et personnellement distingué par les grandes œuvres auxquelles le Seigneur l’avoit employé. L'historien sacré lui donne ici le nom d'évangéliste, soit qu'il eût été appliqué à la prédication de l'Evangile, en qualité d’évêque, soit qu'il eût reçu pour cela une commission particulière des apôtres. 1] avoit quatre filles, qu'on nomme aussi prophétesses, du titre qu'on donnait alors aux personnes du sexe qui étoient admis®s à chanter dans l'église les louanges divines.
Plusieurs fidèles de l'Orient, doués du don de prophétie, eurent connoissance des persécutions que l'Apôtre des gentils alloit essuyer à Jérusalem, et ne les lui laissèrent point ignorer. Le prophète Agase les lui annonça même d'une manière encore plus effrayante que n'est souvent l'exécution. 11 entra sans mot dire dans la maison de Philippe, alla droit à Paul, qu’environnoit la multitude des fidèles , détacha la ceinture de l'Apôtre, s’en lia les pieds et les mains à la vue de toute l'asscmblée fort attentive à ce procédé mystérieux ; puis, élevant la voix : Voici, s’écria-t-il, ce que dit le Seigneur : ainsi les Juifs enchaîneront à Jérusalem celui à qui appartient celte ceinture, pour le livrer entre les mains des idolâtres. À ces
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86 (an 58.) HISTOIRE
mots, la troupe des fidèles et les compagnons de Paul, s abandonnant aux impressions naturelles de leur tendresse, s’unirent pour le détourner d'achever son voyage. Il savoit, avant ces prédictions, et le Seigneur lui avoit immédiatement révélé tout ce qu’il avoit à craindre des Juifs, dans leur capitale. Mais la sensibilité des frères ne l'en affecta pas moins vivement. Rien n’ébranla cependant la résolution qu'il avoit prise, par les ordres d’en-haut. Non, mes frères, leur dit-il, vous ne me retirerez point de la voie de Dieu. Vous-mêmes, sans doute, vous ne faites pas attention que là tendent vos sentiments trop humains et votre aveugle tendresse. Il n'est plus question de délibérer : le Seigneur commande, et je ne sais qu'obéir. Que sa volonté s’accompiisse, lui répondirent ses compagnons de voyage; et il partit sussilôt avec eux de Césarée , afin d'arriver à Jérusalem, encore éloignée de vingt lieues, avant la fête de la Pentecôte qu'il y vouloit célébrer.
Jacques, évêque de la ville sainte, et tous les anciens rassemblés pour faire honneur à l’Apôtre des nations, lui apprirent d'abord les préventions de leurs concitoyens contre sa personne, en des termes qui avoient de quoi l’étonner. Peu de jours après, malgré toutes les précautions qu'il n'avoit pas manqué de prendre, il éprouva qu'on lui avoit à peine accusé la vérité. Comme il parcouroit les différents quartiers de la ville pour y distribuer les aumônes qu'il apportoit, et qu'il se faisoit scrupuleusement accompagner par les députés des différentes églises où on es avoit recueillies, il arriva que dans une multitude de Juifs étrangers, quelques-uns du pays d'Ephèse reconnurent Trophime leur compatrinte, à la suite de Paul. Ts prirent sur-le-champ leur résolution ; mais ils épièrent l’occasion pour éclater. Ayant trouvé Paul dans le temple, ils se jetérent sur lui, en s’écriant : Au secours, enfants d'Israël; cet homme que nous tenons ne cesse de blasphémer contre le peuple de Dieu et contre le sainttemple, qu'il a même eu l'audace de profaner, en y introduisant les gentils. Ils vouloient parler de Trophime qu'ils avoient rencontré avec lui dans les rues ; mais il étoit faux qu'ils l'eussent vu dans le temple, bien moins encore dans la partie intérieure, interdite aux nations, Le peuple s'attroupa néanmoins, et dans un moment
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DE L'EGLISE. (AN 58.) 87 ban- l'émeute fut générale. Ils tirérent brutalement du temple l'ob- "ant- jet de leur haine, craignant, dans leur zèle inhumain, non de avant répandre le sang, mais de rougir le lieu saint, dont ils eurent évélé même la précaution de fermer les portes. Aussitôt après, ils Mais frappèrent si rudement l'Apôtre qu'il füt resté sous leurs nent. coups, si le commandant de la cohorte romaine, qui faïsoit la ar les | garde autour de l'édifice, ne l’eût arraché à leur fureur. Mais
il le fit en même temps charger de chaînes, avant de s'informer s il étoit coupable, ni même de ce dont on l’accusoit. Le tumulte augmentant à chaque instant, Lysias, c’étoit le nom du tribun, ordonna de conduire Paul dans la citadelle où logeoit la garnison romaine. C’étoit une forteresse détachée du temple, où elle ne communiquoit que par une longue suite de degrés. Get étroit passage se trouvoit déjà rempli par une populace animée, et il fallut que les soldats portassent leur prisonnier.
Il demanda cependant de parler, et on le lui permit. Mais cet amas de fanatiques poussant des cris furieux, jetant leurs manteaux et faisant voler la poussière, Lysias fit bien vite entrer Paul dans la citadelle. Toutefois, pour donner aux Juifs quelque sorte de satisfaction, et, sous prétexte de découvrir la cause de cet emportement général, il ordonna que l’Apôtre fût flagellé et mis à la question. Tout étoit déjà disposé, quand Paul dit à l'officier qui devoit présider à l'exécution : Pensezvous qu'il vous soit permis de faire subir la peine du fouet à un citoyen romain, sans qu'il ait été condamné ? Le centurion courut porter ces mots au tribun. Lysias revint promptement, et demanda au prisonnier, d’un ton fort radouci, s’il étoit vraiment citoyen. Oui, je le suis, dit-il avec une fermeté noble, 11 m'en a coûté bien de l'argent, reprit Lysias, pour acquérir ce titre : et moi, repartit Paul, jene le dois point à la fortune, mais je le tiens de la naissance. Les exécuteurs se retirèrent confus, et l’on détacha le prisonnier.
Lysias, cherchant à sortir avec honneur de cette affaire embarrassante , assembla dès le lendemain le conseil de la nation juive, et fit comparoître l'Apôtre qui n'étoit plus lié. Mais si les Romains avoient des égards pour leur concitoyen, le dépit des Juifs n'en devint que plus furieux. Paul avoit à peine com-
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88 (an 58.) HISTOIRE mencé de parler que le grand-prêtre Ananie, traitant le disciple comme on fit autrefois son divin maître, commanda de le souflleter, Muraille blanchie, dit l'Apôtre au violent pontife, Dieu ne manquera pas de vous frapper, vous qui faites ici le personnage d'interprète de la loi, et qui, contre la disposition de la loi, ordonnez qu'on me maltraite sans que j'aie été ni condamné, ni entendu. Le reproche étoit vif: mais Paul ne savoit pas quil parloit à un grand-prêtre. Depuis le règne du premier Hérode que le pontificat n’étoit plus à vie, il y avoit eu un si grand nombre de ces pontifes que l’Apôtre, étranger à Jérusalem , ne pouvoit guère les connoître : d'autant mieux que le sanhédrin s’assemblant hors du temple, ou de la salle du conseil, les conseillers se rangeoient simplement en demi cercle, le président au milieu, sans nulle marque de distinction. Dès qu'on eut averti Paul qu'il parloit au grand-prêtre, il ne manqua point de lever ce scandale involontaire, et de rendre à la chaire de Moïse le respect convenable. Mais le contre-temps ne l’'empêcha point detirer parti de l'opposition qu'il remarqua dans les sentiments des différents membres du conseil. 1ls étoient partagés en deux sectes bien différentes. Les uns, à l'ombre de la loi mosaïque, cachoient le dogme impie des sadducéens, c'est-à-dire une espèce de matérialisme, qui ne croyoit ni résurrection des corps, ni substances spirituelles, excepté celle de Dieu seul, ni ancune providence à l'égard des hommes, au-delà de cette vie. Ce parti n’étoit pas encore le plus fort : et il ne domina par la suite dans la Synagogue que pour en consommer la réprobation ; mais il faisoit alors des rogrès rapides, surtout parmi les prêtres et les docteurs de la foi qui, bien instruits des rigueurs de la divine justice et ne voulant pas employer les moyens de la désarmer, tâchoient d’étouffer, avec leur foi, les alarmes de leur conscience. L'autre partie du conseil judaïque, quoiqu'également opposée à l'établissement de la religion de Jésus-Christ, et mêlant à celle de Moïse des innovations abusives, croyoit toutefois la spiritualité de nos âmes et la résurrection de nos corps. L’accusé profita de cette division des esprits; et parlant d'une voix forte : mes frères, dit-il, apprenez tous que jesuis pharisien, et comme vous vous exprimez, fils de pharisien , invariablement attaché
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DE L EGLISE. (ax 58.) 59 à tous les bons principes de cette école : c’est au sujet de la résurrection des morts qu'on me traduit en justice.
Aussitôt la division éclata dans l’assemblée. Chacun se mit à contester , chacun s’efforça de grossir son parti; etle maître souverain des cœurs changea en apologistes de son Apôtre, la moitié de ses antagonistes. Après tout, dirent les pharisiens, quel mal cet homme a-t-il fait? Sa doctrine est pure. Qui sait même si quelqu'un des esprits célestes n'inspire pas le docteur qui leur rend un si beau témoignage? Ils passèrent des paroles à l’action, et le tirèrent de leur côté, pour le dérober aux sadducéens. Ceux-ci s’efforcèrent à leur tour de l’arracher à ses défenseurs ; et jamais peut-être le péril ne fut plus grand pour Paul qui se vit au moment d'être mis en pièces ; ce qui fût infailliblement arrivé, si le tribun, sans perdre un instant, n’eût fait approcher les gens de guerre, pour l'enlever et le renfermer dans la citadelle.
La nuit qui suivit tant de fatigues et de périls, le maître pour qui Paul souffroit, lui apparut, et lui dit : Prenez courage, et sachez que vos jours sont en assurance : il faut que vous me rendiez au milieu de Rome le même témoignage qu’à Jérusalem. Si Paul, sans pénétrer les desseins de son Dieu, s’étoit montré si fidèle, cette apparition changea sa foi sur cet article en une évidence bien encourageante. Le tableau de l'avenir dévoilé à ses yeux lui fit concevoir que ses tribulations et ses chaînes, sa comparution aux différents tribunaux de la Palestine, avec mille incidents merveilleux qui ne manqueroient pas de faire du bruit, étoient autant de moyens d'acquérir la célébrité convenable pour rendre son ministère respectable à la capitale du monde et au: plus superbe des césars. Un nouveau danger, le plus grand que sa vie eût encore couru depuis sa vocation à l'apostolat, ne servit qu à confirmer son courage.
Les Juifs, etsurtout les sadducéens, qui, à l'exemple detoutes les sectes opposées à la religion dominante, se piquoient avec ostentation de tolérance, d'humanité et de probité, résolurent néanmoins d’assassiner Paul. La rage étoit telle, que plus de quarante d'entre euxs’engagèrent, parles plusterriblesserments, a no boire ni manger, qu'ils n’eussent exécuté leur dessein.
Mais le comble de l'horreur, c’est que leurs pontifes étoient
20 amener
90 (AN 58.) HISTOIRE leurs complices. Nous sommes déterminés , dirent-ils sans façon à ces scélérats décorés qu'ils ne connoissoient que trop bien ; nous sommes tous prêts à immoler votre ennemi au milieu de ses gardes. Il n'est question pour vous que de l’attirer hors de la citadelle. Comme vous êtes juges en Israël, et les inter: prètes de la loi, engagez le commandant à faire comparoître un Israélite accusé d'y avoir contrevenu, sauf le droit romain de confirmer ou de modifier la sentence : nous vous répondons de tout le reste, quelle que soit l'escorte. La proposition fut agréée, et la députation fixée au lendemain. Mais tout échoua par le moyen d’un jeune homme, fils d'une sœur de Paul, et très-exactement informé du complot. Il avertit son oncle, ensuite le tribun , qui commanda sur-le-champ deux centeniers avec une escorte considérable , afin de conduire le prisonnier, non à Jérusalem, mais à Césarée, par-devant le gouverneur de toute la province, auquel il donna en même temps avis de la conspiration et de l'accusation intentée contre l'Apôtre.
Ce gouverneur étoit un homme de basse naissance , nommé Félix, qui s’étoit élevé par le crédit de son frère Pallas, affranchi célèbre de l’empereur Claude. Il attendit, pour instruire le procès de l'accusé, l’arrivée des accusateurs, qui suivoient l’objet de leur haine partout où il leur restoit quelqu'espoir de le perdre. Mais ici la scène étoit bien changée. Il n'y avoit plus d'espérance de porter une main violente sur l’inuocent, encore moins de l'opprimer de pleine autorité. De juge, au contraire, on devenoit partie, et il ne restoit qu'à procéder, dans les formes régulières, par-devant un tribunal étranger.
Quoique ce personnage ne fût pas flatteur, le grand-prêtre Ananie ne dédaigna point de le remplir en personne ; l'intérêt de l’impiété le faisant passer par - dessus toutes les considérations, contre l'homme du monde qui la combattoit avec le plus d'avantage. Le président ou gouverneur n'eut pas de peine à démêler la cabale. Il donna des délais pour ne point choquer les J'uifs de front; mais il fit traiter Paul avec bonté et même avec distinction.
Les bonnes dispositions de ce Romain venoicnt principalement de sa femme Drusille, que l’on croit sœur du jeune Agrippa, roi de Galilée, et de la princesse Bérénice. On dit
t-ils sans que trop au milieu irer hors les interaparoître t romain pondons sition fut t échoua Paul, et cle, ennteniers sonnier, rneur de vis de la ».
nommé , affrannstruire uivoient spoir de y avoit 1ocent, ge, au céder, ger. -prêtre intérêt sidérale plus peine à 10quer même
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(AN 58.) eL
que, pour se faire un appui contre cette sœur , si fam.use sous l'empire de Tite, et au temps dont nous parlons, jalouse de la beauté de Drusille, celle-ci, plus ambitieuse que sensible, avoit quitté son premier mari, Asis, roi d'Emesse, pour épouser Félix , quoique païen et de basse naissance, mais puissamment protégé. Quoi qu'il en soit de son origine, elle étoit juive de religion , dans les bons principes sur la nature des âmes et sur l'espérance de l'immortalité. Elle paroîtt même avoir eu du zèle pour engager son époux dans la même croyance ; au moins le porta -t- elle à avoir de temps en temps des conférences avec Paul , dont elle se montra la protectrice.
Elle se rendit un jour avec Félix, au lieu même où le prisonnier étoit gardé. On le fit paroître, et on l'interrogea pi doctrine qui faisoit la matière ordinaire de ses enseignements. Il exposa, d'une manière assez générale, les principes de la foi chrétienne; mais, accommodant son discours au caractère de ses auditeurs , il retraça plus particulièrement les règles sévères de l'équité, de la chasteté, et peignit de couleurs terribles l'éternel châtiment réservé aux infracteurs. Félix en fut troublé jusqu'à l'effroi, et craignit d'entendre plus long-temps le saint orateur. C'en est assez pour aujourd’hui, lui dit-il en l’interrompant; je vous manderai quand j'aurai plus de loisir. I] le fit à la vérité paroître plusieurs fois denuis ; mais ayant résisté à la première grâce, il n'alla plus que de prévarication en prévarication. Enfin, cet indigne président qui aimoit l'or, parut n'avoir plus d'autre dessein dans ces occasions de salut, que d’assouvir sa sordide avarice. 11 avoit appris, par les moyens de défense de l'Apôtre, qu'il n’étoit pas venu à Jérusalem pour y porter le trouble , mais bien les pieuses libéralités des fidèles gentils. 11 espéra recevoir des offres d’un prisonnier si considéré, et deux ans se passèrent dans cette vaineattente. Après quoi il futremplacé par Portius-Festus.
Le nouveau gouverneur fut bientôtimportuné parles prêtres et les autres ordres de la nation juive. Ils pressèrent plus que Ramais, pour que l’on renvoyät le prisonnier à Jérusalem. On avoit tout lieu de croire qu'ils l’obtiendroient. En un mot, le danger de l'oppression et de l’abus de puissance de la part de la Synagogue devint si évident, que l'apôtre crut pouvoir se
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