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92 (Ax 50.) HISTOIRE
soustraire à cetle autorité, et appeler, dans l’ordre des tribuaux séculiers où il se trouvoit déjà , du gouverneur à l’empereur. Usant donc de son droit de citoyen romain, je suis, ditil, au tribunal de César; c’est le droit de ma condition, de ne pouvoir sans mon aveu, être traduit ailleurs; je requiers formellement d’être renvoyé à César. Festus conféra un moment avec son conseil, puis il répondit : Vous avez appelé à César, vous irez à César. Après quoi il ne fut plus question que d'’attendre un embarquement, pour transporter l'appelant en Italie,
Durant cet intervalle, le roi de Galilée vint avec sa sœur Bérénice, pour complimenter Festus sur son avénement au gouvernement de la Palestine. Ils ne furent pas long-temps à Césarée, sans entendre parler du prisonnier extraordinaire que le dernier gouverneur y avoit laissé dans l'attente de son jugement, après deux ans de prison. Festus leur fit une exposition succinctede cetteaffaire. Mais, en voulant satisfaire leur curiosité, il la piqua encore davantage. IIstémoignérent la plus grande envie de voir et d'entendre ce fameux accusé, pour qui ils n’avoient pas, à beaucoup près, les sentiments des Juifs de Jérusalem. Il est aisé, répondit Festus, de vous satisfaire ; dès demain Paul paroiîtra devant vous. Agrinpa et Bérénice ne manquèrent pas de venir à l’heure convenue, et avec eux une suite nombreuse de gens de marque, tribuns, magistrats, officiers, et tout ce qu'il y avoit de plus distingué dans la ville. Ainsi la Providence formoit-elle au plus digne prédicateur de l'Evangile, le plus illustre auditoire où il eût encore parlé; ainsi la privation de la liberté fournit-elle à Paul une occasion qu'il eût difficilement trouvée en tout autre état : aussi n’y parut-il pas moins libre, ni moins sublime dans ses discours, qu'autrefois dans les villes d'Asie où on le prenoit pour le dieu de l’éloquence.
Lorsqu'il se présenta : Voilà, dit Festus, l'homme célèbre dont tout Jérusalem sollicite la mort. Pour moi, je ne trouve en lui rien qui la mérite. Il appelle à César , je me dispose à y envoyer. Mais je ne sais que mander pour l'instruction de sa
cause, ou pour en diriger le jugement. Les griefs prélendus intentés contre lui, ne me paroissent que des minutics peu dignes de l'attention de César. Je suis ravi de le faire compa-
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(AN 60.) 93 roître devant un prince éclairé, et spécialement instruit des lois et des usages du peuple juif. Usez de vos lumières, et daignez me fournir les connoissances convenables, pour informer l'empereur avec la précision que demande la nature de l'affaire et le respect dû à la majesté impériale.
Agrippa, ainsi chargé de l'interrogatoire, dit à Paul de parler pour sa défense. Ge n'étoit pas là ce qui intéressoit l'Apôtre, fort tranquille sur son sort, qui d'ailleurs ne dépendoit plus de ces puissances subalternes. Il n’envisagea que l'occasion favorable de rendre témoignage à Jésus-Christ, ou de confondre l’incrédulité, s’il ne la convainquoit pas. C'est pourquoi, sous l’ombre de se justifier, il insista, dans toute la suite de son discours, sur ce qui devoit faire reconnoître le Fils de Dieu ou le Messie, dans la personne de Jésus de Nazareth, le terme et l’accomplissement de toutes les mophéties. Comme il s'étendoit fort au long sur cet article , ainsi que sur la résurrection glorieuse du Sauveur, le gouverneur idolâtre, pour qui il parloit beaucoup moins que pour le prince juif, et qui ne comprenoit rien à ces profonds mystères, interrompit le discours, en s'écriant à haute voix : Paul, vous extravaguez à force de doctrine : l'étude et les lettres vous ont renversé l’esprit. Je n'ai pas perdu l'esprit, illustre Festus, reprit tranquillement l’orateur, et je ne vous dis que des vérités exactes quoiqu'extraordinaires. Le roi qui m'entend peut en rendre témoignage. Il n’ignore aucun des points dont il est question. Prince, ajouta-t-il, en fixant les yeux sur Agrippa, croyezvous aux prophètes? Vous y croyez, je le sais. Agrippa qui se sentoit ébranlé, sans vouloir le paroître, craignit d’être poussé
davantage; et faisant diversion par la plaisanterie : bientôt, lui dit-il ironiquement, vous me persuaderez de me faire chrétien ! Ce sort, répliqua Paul, est tout autre que vous ne pensez. Plüt à Dieu que vous, prince, et tous ceux qui vous intéressent, prissiez dès ce moment le même parti que moi, sans toutefois courir les mêmes périls!
Le roi, la princesse sa sœur, et le gouverneur se levèrent, et s'étant retirés un moment à l'écart; cet homme, dirent-ils, n’a rien fait qui mérite la mort, ni la privation de sa liberté. Tous trois parurent fâchés qu'un appel public les empéchât de
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n4 (AX 60.) le renvoyer absous. On auroit encore aujourd'hui les mêmes re-
grets, si l'on ne pensoit que la confession et les chaînes de Paul, outre qu'elles donnoient plus de poids à son ministère, lui ser voient comme de sauve - garde contre la fureur des Juifs, qui devoient le faire périr en Orient, s’il y eût élé mis en liberté.
Festus le fit embarquer avec d’autres prisonniers, sous une bonne escorte. Luc fut toujours son compagnon, avec Aristarque de Thessalonique, l'un de ces députés qui avoient ap-porté les aumônes de Grèce et d'Asie aux pauvres de Judée, et qui s’attacha dès lors à l'Apôtre avec une fidélité et une constance que celui-ci comble des plus grands éloges dans ses Epitres. La navigation fut longue et pénible, et l'on ne se trouva sur les côtes de Crète, que dans le déclin du mois de décembre. Paul qui avoit déjà gagné la confiance de tout l'équipage, représenta d’une manière à devoir faire impression, qu'il n'étoit pas prudent de poursuivre alors la route. L'avis contraire du pilote et du maître du navire ne laissa pas de prévaloir. On eut bientôt lieu de s’en repentir : on essuya une tempête affreuse. Durant plusieurs jours consécutifs, le ciel fut couvert de ténèbres si épaisses qu'on ne voyoit ni le soleil, ni les étoiles. Il fallut faire le jet des marchandises, et même des agrès. On voguoit au hasard, sans nul espoir d'échapper à une mort prochaine; en sorte que l'on ne tenoit plus compte de la vie, ni de prendre dela nourriture. Cependant le Seigneur révéla à son serviteur, que le navire seroit brisé ; mais que de tous les voyageurs, pas un seul ne périroit. Tout se ranima à cette annonce, on reprit vivement la manœuvre, et l’on arriva sur la côte de Malte, où le navire fut en effet brisé; mais où tous les passagers abordèrent, soit à la nage, soit à la faveur des planches et des débris du vaisseau. De deux cent soixante et seize personnes qu'on étoit, il n'en périt pas une seule
Les Maltois, qu on nommoit barbares, parce que, pour la langue, ils n’étoient ni Grecs, ni Romains, montrèrent, par leurs sentiments d'humanité, qu'ils valoient pour le moins les uns et les autres. Ils commencèrent par allumér des feux, pour réchauffer ces infortunés, transis de froid par la rigueur de la saison , et par une pluie glaçante qui survint après tous les autres accidents. Paul, touiours actif et charitable, prit une bras-
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DE L'ÉGLISE. (AN 61.) 95 sée de sarments, qu il porta au feu. Mais il apportoit aussi une vipère engourdie par le froid , et qui, ranimée aux approches du feu, saisit la main de l'Apôtre, et y demeura suspendue. Les insulaires, par cette horreur du crime, qui est une impression de la loi éternelle, et que les mœurs les plus grossières n’effacent jamais entièrement, se dirent les uns aux autres, dans leur langue : C'est là sans doute un scélérat, que la vengeance divine poursuit encore après le naufrage. Paul ne fit que secouer la main, et jeta sans effroi la vipère au milieu des flammes. On imaginoit qu il alloit enfler, et bientôt après tomber sans vie. Mais ayant long-temps attendu sans qu'il lui arrivât le moindre mal, au lieu d’un homicide, ils crurent voir un dieu.
Il y avoit près de là une maison , avec des terres considérables, appartenant au premier de l’île, nommé Publius : il voulut loger cet ami du ciel, et, durant trois jours, il n’omit rien pour le remettre des travaux d’une navigation fâcheuse, lui et ses compagnons. Le procédé de Publius étoit désintéressé ; mais il ne demeura pas sans récompense. Son père, détenu au lit par une dyssenterie opiniâtre, accompagnée d’une fièvre ardente, se trouvoit en danger de mort. Paul se mit en prière, lui imposa les mains et le guérit sur-le-champ. Ce miracle concernant un des princes de l’île, ainsi que le nomme l'historien sacré, devint notoire dans toute son étendue; et de tous les cantons on apportoit des malades au saint qui les soulagea sans nulle exception. Ainsi ouvroit-il à la foi, non-seulement les cœurs simples de ces pauvres insulaires, mais ceux des Romains, la mettant en recommandation à la porte de l'Italie, et parmi ses différents compagnons de voyage qui naturellement ne devoient pas manquer de publier, en arrivant à Rome, ce qui venoit de faire leur admiration.
On remit à la voile après la mauvaise saison, et la fin de la route fut aussi heureuse que les commencements en avoient été ficheux. À Pouzzoles, dans la campagne de Naples, où l’on débarqua pour achever le voyage parterre, l'Apôtre trouva des chrétiens qui l'accueillirent avec les plus vives démonstrations d'amour et de respect. Un grand nombre d’entr'eux l'accompagna même jusqu'à son terme. Cette suite honorable ne cessoit de grossir à mesure qu'on approchoit, Les fidèles de Rome,
si bien prévenus par la lettre admirable qu'il lexr avoit écrite, vinrent par troupes au-devant de lui, les uns à irente milles, les autres jusqu'à cinquante. Ainsi, vers le commencement de mai de l'an 61, arriva-t-il comme en triomphe, nonobstant ses chaînes , à la capitale de l'empire, le siége du chef de l'Eglise et du monde chrétien, depuis que Pierre y avoit transféré la chaire pontificale d’Antioche.
C’étoit l'usage à Rome de laisser certains prisonniers hors des prisons , sous la garde d'un soldat à qui on les enchaînoit, au moins pour le temps de la nuit. On ne refusa point cette grâce à Paul, qui étoit si avantageusement annoncé, et qui passa deux années entières dans cet état. Il se mit peu en peine de solliciter sa délivrance, content du degré de liberté qui lui suffisoit pour annoncer l'Evangile. Nous voyons au contraire, dans les différentes Epitres qu'il écrivit de Rome, qu'il s'es- : timoit heureux de porter des chaînes si utiles au progrèsde la foi.
Trois jours après son arrivée, il fit prier les plus considérables des Juifs habitués dans la ville, de se rendre auprès de lui , afin de les prévenir au sujet de son appel, qu'on pouvoit mal interpréter. Il n'omit rien pour les convaincre qu'il venoit à César, non dans le dessein de nuire à personne de sa nation, mais par l'extrême nécessité où il s’étoit vu réduit de se soustraire à des procédés que les idolâtres avoient peine à concevoir dans les citoyens de Jérusalem. Ces Israélites de Rome n'avoient pas été avertis par leurs frères de Judée, qui regardèrent leur tentative comme un coup manqué, dès qu'ils surent Paul au tribunal de l’empereur. Ceux de Rome ne reçurent donc pas seulement la justification de l’Apôtre; mais ils voulurent encore l'entendre discourir sur la religion nouvelle qu'il annonçoit. Rien n'étoit plus conforme à ses désirs: on prit jour pour une conférence en règle.
La question de l’avénement du Messie y fut traitée si à fond, ét l'application des prophéties qui avoient trait à Jésus de Nasarcth , si mürement discutée, que, dans cette assemblée qui étoit fort nombreuse, l'Apôtre parla du matin jusqu'au soir. La docilité des auditeurs ne répondit point à leur empressement. Quelques-uns furent à la vérité touchés et convertis; mais le très-grand nombre prit le parti de l'endurcissement; de ma-
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nière que, dès cette première conférence, Paul leur déclara,
selon sa méthode, qu'il alloit présenter la lumière du salut à des âmes qui en profiteroient mieux qu'eux : ce qu'il exécuta aussitôt avec un succès capable de le ronsoler. Des prosélytes sans nombre se joignirent aux anciens fidèles, et l’on affluoit nuit et jour à la maison qu'il avoit louée, sous le bon plaisir des officiers du prétoire.
G'est l'évangéliste saint Luc qui nous apprend tous ces faits dans l’histoire des Actes des apôtres, que nousavons eu jusqu'ici l'avantage de suivre presque uniquement. On remarque qu'il s'y étend avec complaisance sur les travaux de son maître. L'Esprit saint qui l'inspiroit, et qui n’a pas jugé à propos de satisfaire notre curiosité touchant les autres apôtres, prétendoit sans doute nous fournir dans celui-ci des leçons et des exemples suffisants. C’est pourquoi nous avons cru les devoir recueillir aussi soigneusement que notre plan pouvoit le permettre.
Pour ce qui est de la personne même de Luc, outre son attachement inviolable au docteur des nations, nous savons qu'il prêcha la foi dans les Gaules, en Italie, en Dalmatie et en Macédoine : mais on ne peut rien dire de particulier ou de bien circonstancié sur ces diverses missions. Il garda le célibot toute sa vie, et mourut âgé de quatre-vingt-quatre ans, à Patras en Achaïe. Il étoit médecin. On a dit aussi qu'il étoit peintre, mais sans en donner de preuves.
Paul se trouvant soustrait à la vengeance des Juifs de Jérusalem , ceux-ci tournèrent leur dévit contre Jacques, évêque de cette ville , et prirent leur temps pour le faire avec succès. L'an 62 de Jésus-Christ, le gouverneur Festus étant mort, et Albin son successeur n'étant pas encore arrivé, les prêtres et les grands dela nation citèrent Jacques devant le sanhédrin. Le grand-prêtre Ananus étoit l’âme de cette nouvelle cabale : digne fils du premier Ananus, connu dans l'Evangile sous le nom d'Anne, et d'autant plus ennemi dela doctrine des apôtres, qu'il étoit sadducéen , comme son beau-frère Caïphe et toute son odieuse famille. Les fourbes, pour en venir plus sûrement
1 Joseph, Ant. xx, 8.
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à leurs fins , exaltèrent d'abord la piété et toutes les vertus du saint évêque, qui faisoient en effet l'édification et l'admiration de tous les citoyens, Juifs obstinés, ou fidèles. On l’appeloit tantôt le juste, tantôt du nom hébreu qui signifie le soutien du peuple. Il avoit la liberté d'entrer, toutes les fois qu'il vouloit, dans cette partie du temple où les seuls prêtres pouvoient pénétrer quandils étoient dans l'exercice actuel de leurs fonctions. Al prioit sans interruption, presque toujours prosterné; en sorte que son front , ausei-bien que ses genoux, s'étoit durci, disent les anciens historiens, comme la peau d'un chameau. A cette ferveur angéliquerépondoitunepureté semblable, une austérité et une abstinence exemplaires. Il ne buvoit ni vin, ni autre liqueur qui pôt enivrer, et n’observoit pas seulement ces règles du nazaréat qu'il avoit voué, mais n’usoit jamais debain, ne mangeoit rien qui eût eu vie, et ne s'habilloit jamais que de lin, et fort légèrement en toute saison.
Quand il parut dans l'assemblée, on redoubla les témoigne ges de vénération et de confiance à son égard, et onlui demanda ce qu’il falloit croire de la doctrine de Jésus. Il répondit avec un zèle qui fit impression sur une multitude de cœurs droits, mêlés dans la foule des étrangers que la circonstance du temps de Pâques rassembloit. Les scribes, les pharisiens , et surtout les sadducéens avoient leurs vues. À l'instant ils excitèrent des mouvements séditieux, en criant que bientôt l'ancienne religion seroit anéantie, Un zèle apparent les emporte, ilss’attroupent en tumulte, ils environnent le saint confesseur : il faut, lui disent-ils, que sur-le-champ tu tires d'erreur ce peuple innombrable qui pense encore que Jésus peut être le Christ, Puisque tous ont confiance en toi, comme au juste par excellence, monte au haut de ce temple afin que tout le monde puisse te voir et t'entendre, rends de là témoignage à la vérité : on s’en rapporte à toi.
Ils le conduisirent à l'instant sur la terrasse , au point d'élévation convenable, dans les dehors du temple. Lorsqu'on l'y vit monté : Homme juste, lui cria-t-on d'en bas avec une grande apparence de respect, dites-nous ce qu'il faut craire de Jésus qui a été crucifié. La confession ne pouvoit être plus éclatante: le zèle de l'apôtre en tira tout l'avantage qu'offroit l'occasion.
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DE L'ÉGLISE. (AN 62.) 99 Pourquoi, dit-il d’une voix fort élevée, m'interrogez-vous sur Jésus Fils de l’homme, et tout à la fois Fils de Dieu? Inutilement vous affectez de révoquer en doute ma foi en ce vrai Rédempteur. Je vous déclare qu'il est assis dans les cieux, à la droite du Tout-Puissant , d’où il viendra juger l'univers. Plusieurs crurent, dans la simplicit{ de leur âme, et commencèrent à s’écrier : Gloire au fils de David. Les gens de secte tout déconcertés dirent entr’eux : Nous avons eu tort de courir un pareil hasard. Montons bien vite, et précipitons le juste, aux yeux de la multitude. Que la terreur empêcheau moins la séduction de s'étendre davantage. Aussitôt ils s'écrièrent : Oui, oui, le juste a erré lui-même : remplissons la prophétie d'Isaïe, effaçons ce juste pernicieux du nombre des vivants. Ils coururent incontinent au haut de ja terrasse, et l'en précipitèrent.
1] ne mourut pas sur-le-champ ; mais il se releva , puis se mit à genoux, en disant, à l'imitation de l’adorable victime à qui lui-même il s'immoloit : Pardonnez-leur , Seigneur, ils ne savent ce qu'ils font. Ses ennemis n’en devinrent que plus furieux. Par l'ordre du pontife, et à l'instigation de sa cabale, on lança sur le saint évêque une grêle de pierres. Cependant un homme de la race des réchabites, c'est-à-dire , de ces anciens prosélytes agrégés au peuple de Dieu, qu'ils édifioient par une vie fortretirée et leur constance religieuse à suivre les coutumes de leurs pères; un de ces hommes droits et vertueux s'écria : Que faites-vous, Israélites ingrats et dénaturés ? N’entendezvous pas le juste qui prie pour ses bourreaux? Rien n'arrêta la fureur. Enfin un foulon acheva de lui ôter la vie, en Jui déchargeant sur la tête de grands coups de son maillet. Le martyr fut enterré au même endroit. Peu après on y érigea un monument qui ne fut ruiné qu'avec Jérusalem , et dont il subsistoit même encore une colonne au temps de l'historien Eusèbe, dans le quatrième siècle de l'Eglise. Il y eut plusieurs fidèles massacrés avec cet apôtre et pour la méme cause, c'est-à-dire en haine du christianisme , mais toujours sous le prétexte du mépris de la loi judaïque.
Le pontife profitoit de la vacance du gouvernement, pour assouvir sans gêne son dépit sanguinaire ; mais les citoyens modérés ne voyoient ces attentats qu'avec indignation. Les 7 ‘
plus estimés d'entr'eux attribuërent à cette cause, avec l'historien Josèphe, les horreurs du siége de Jérusalem, et toutes les calamités qui ne tardèrent point à se faire sentir. Grand nombre allèrent au-devant du gouverneur Albin qui venoit par Alexandrie, et portèrent leur plainte contre le grand-prêtre. Albin lui écrivit une lettre remplie de reproches amers et de menaces terribles. Le roi Agrip pa, secondant les vues du gouverneur , dépouilla honteusement Ananus du pontificat, après trois mois seulement d'exercice, en vertu du pouvoir que les empereurs avoient donné à ce prince sur le temple.
Saint Jacques de Jérusalem avoit écrit une épître adressée aux fidèles convertis des différentes tribus d'Israël et répandus par tout l’univers : c'est pourquoi on la nomme catholique ou universelle. De son temps, il s’étoit élevé une erreur contre la nécessité desbonnes œuvres, à l'occasion de quelques passages mal entendus de saint Paul, dont le frère du Seigneur , aussibien que le prince des apôtres , s'apercevoit déjà qu'on abusoit. Ce fut principalement pour combattre ce priacipe de relâchement et de corruption, qu'il composa son épître, où il insiste fortement sur cet article. Il y donne aussi la notion la plus précise que nous ayons dans les divines Ecritures, touchant le sacrement de l'extrème-onction. C’est pourquoi les sacramentaires, avec tous ceux qui veulent que la foi nous sauve indépendamment des œuvres, ne pouvant soutenir leurs sentiments hérétiques , après que le Saint-Esprit les avoit condamnés si expressément par cet écrit divin , l'ont d'abord retranché du catalogue des livres canoniques, quoique la force de la vérité les ait obligés en grand nombre à l'y replacer par la suite. Il est vrai qu'on a douté autrefois si cette épitre étoit de saint Jacques le Mineur. L'historien Eusèbe la croyoit donnée, sous le nom de cet apôtre, par un autre écrivain : mais il attestoit en même temps, que dès lors elle étoit reçue dans la plupart des églises. Sur la fin du quatrième siècle, elle acquit une autorité universelle. Tous les saints docteurs de ce bel âge et des suivants la citent avec le respect que le doute seul où l'on fut de son auteur, empêcha de lui marquer aussi généralement d'abord.
Il en est de même de l'épitre de saint Jude, frère de saint Jacques, adressée pareïllement à tous les fidèles en général et
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composée un peu plus tard contre les mêmes erreurs, que de nouveaux sectaires rendoient de jour en jour plus communes ; c'est-à-dire, contre les principes corrompus des nicolaïtes, des simoniens et des gnostiques, qui tous se contentoient d’une foi morte et infructueuse. Elle fut à la vérité suspecte à quelques anciens, parce qu'elle cite le livre d'Hénoch, et qu'on ne faisoit pas attention, qu indépendamment des écrits qui couroient faussement sous le nom de ce prophète, on pouvoit le citer d’ailleurs. C'est la réflexion de saint Augustin, qui conclut même , d'après cette citation faite par un apôtre, qu’on ne sauroit douter qu'Hénoch n'ait composé, par l'inspiration divine, quelque ouvrage qui ne sera point parvenu jusqu'à nous. Aussi l'épitre de saint Jude, comme celle de l'apôtre son frère, étoit-elle généralement comptée parmi les Livres saints, avant la fin du quatrième siècle.
Ces deux apôtres avoient untroisième frère, nommé Siméon, proche parent de Tésus-Christ aussi-bien qu'eux, et lui appartenant de même par l'esprit ou la vertu, d'une manière plus recommandable. C’est à ce titre qu'aussitôt après la mort de saint Jacques, il fut élevé sur le siége épiscopal de Jérusalem , par le choix unanime des apôtres et des disciples qui purent alors se rassembler. La patience et le courage de ces hommes débonnaires , tels au milieu de leurs ennemis que des agneaux parmi les loups, triompha de la violence et de la perfidie des Juifs, soit pharisiens, soit sadducéens, qui ne purent empêcher le ministère épiscopal de se perpétuer jusque dans leur capitale.
D'un autre côté, l’Apotre des nations ne conservoit pas seule ment son ascendant sur les Juifs de Rome ; mais il acquéroit de la célébrité jusqu’à la cour de Néron, et formoit de vrais chrétiens parmi les courtisans du plus vicieux des césars. Sa qualité de prisonnier , envisagée avec une foi vive, ne leur inspiroit que le respect, la docilité, l'esprit de charité. C'est ce qu'il écrivit aux chrétiens de Philippes en Macédoine ; disciples distingués par les preuves effectives de leur attachement pour lui, et qui ne l’avoient pas plus tôt su dans les prisons de Rome, qu'ils lui avoient envoyé Epaphrodite leur apôtre, c’est-à-dire leur évêque, avec des largesses dignes de leur générosité. Mais Épaphrodite ayant fait à Rome une dangereuse maladie, dont
102 (AN 62.) HISTOIRE la nouvelle porta l'alarme dans son troupeau, Paul le renvoya aussitôt après son rétablissement, et le chargea d'une lettre pour les Philippiens.
Gette Epître est adressée aux fidèles, aux prêtres qu'il appelle évêques ou surveillants , comme il nomme les évêques apôtres, et aux diacres, tant de sa part, que de celle de son disciple Timothée, qui se trouvoit à Rome avec lui. Après leur avoir marqué les progrès que faisoit le christianisme dans la ville et jusque dans le palais impérial , il les prémunit contre la séduction des faux apôtres, ennemis de la croix de Jésus-Christ. C'est ainsi qu'il s'exprime au sujet des Juifs endurcis et des hérétiques , tels que Simon le magicien , et peut-être l'apostat Cérinthe , qui soutenoient tous ensemble que le Christ n'avoit été crucifié qu'en apparence. Voilà pourquoi cette Epitre éloquente relève avec tant de noblesse le mystère de la croix. Sur la fin , le saint remercie de nouveau les Philippiens de leurs pieuses libéralités; mais avec la noble élévation d’une âme qui n'est sensible au bienfait, qu’en vue du profit spirituel qui en revient au bienfaiteur. Ce qu'on eût pris pour un tour ingénieux dans la bouche d’un autre, ne parut en lui qu'une expression ingénue du fond de son âme , depuis qu on l'avoit vu tant de fois user de tout sans attache, et s’en priver sans regret, et, comme il s'en explique ailleurs, supporter également la faim et l'abondance, l'indigence et le superflu. On commence à connoître dans l’Epitre aux Philippiens, les vertus desaint Clément, son attachement à la personne et à la doctrine de l’Apôtre, avec toutes les grandes qualités qui, dans la suite, élevèrent cet illustre disciple sur le siége apostolique.
Une des plus belles œuvres de saint Paul, captif, fut la conversion d'Onésime , qui, d’esclave déserteur et voleur , devint un des plus dignes serviteurs de Jésus-Christ. Il appartenoit à un citoyen de la ville de Colosse en Phrygie, appelé Philémon, fidèle distingué, qui de sa maison avoit fait une église, et qui, assez peu de temps après , sous l'empire même de Néron, couronna sa pieuse charité par le martyre. Paul dans les fers se servit utilement de l'esclave repentant, qui avoit des talents fort supérieurs à sa condition, ensuite il le renvoya accompagné de T'ychique, médiateur habile et affidé, avec une lettre pour le
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DE L'EGLISE. (AN 62.) 103 maître d'Onésime, et une autre pour l'église de Colosse. L’Epître à Philémon, dans sa brièveté, est un chef-d'œuvre de cette éloquence de sentiment, qui ne part que du cœur. Aussi produisit-elle tout son effet. Le maître ne fit pas seulement grâce à son esclave, mais il le renvoya libre au saint Apôtre, qui en cultiva soigneusement les rares dispositions, et en fit un des ornements de l'Eglise dans son plus bel âge.
Dans l’Epitre aux Colossiens, il insiste avec autant de force que de dignité si-rles grandeurs de Jésus-Christ, parce qu'il se trouvoit à Colosse de faux docteurs qui rendoient un culte superstitieux aux anges, et qui les faisoient nos médiateurs auprès de Dieu, d’une manière injurieuse au Rédempteur. I] paroit que ces corrupteurs de la doctrine évangélique étoient, ou des disciples de Simon le magicien, ou des chrétiens philosophes toujours entêtés de rêveries platoniciennes, dont ils faisoient un mélange informe avec nos mystères. C'est pourquoi l'Apôtre s'efforce d’inspirer à ses lecteurs l'esprit de la vraie piété, dégagée d'une erainte basse et servile, ainsi que de toute vaine observance. Il leur donne dans le troisième chapitre un excellent abrégé de la vie chrétienne. Il comble d'éloges Jeur évêque Epaphras, alors prisonnier à Rome avec lui, sans toutefois nous apprendre la cause de cette détention. L’estime et l'affection de Paul pour cet évêque ne pouvoit qu'accroître l'intérêt que prenoit Epaphras à l’église de Colosse, comme à celles d'Hiéraples et de Laodicée, capitale dela province. Epaphras avoit le premier prêché l'Evangile aux Colossiens ses compatriotes, et apparemment encore aux habitants d'Hiéraples et de Laodicée, très-proches voisins de Colosse. Entre les disciples dont l’Apôtre fait ici mention, on retrouve Jean- Marc, ce parent de Barnabé, dont Paul avoit eu autrefois sujet d'être peu content. Ce jeune homme avoit pris avec le temps l'esprit de ses illustres maîtres ; et il s'étoit si bien formé au minislère évangélique et à la constance qu'il exige, que nous le voyons ici compté entre les trois autres principaux coopérateurs de l'Apôtre des nations.
Il y a toute apparence que l’Epiître aux Ephésiens fut écrite de Rome dans le même temps, et envoyée par la même occasion, c est-à-dire, quand Tychique, ce disciple distingué, ap-
porta la lettre de son maître à Colosse, dont la route ordinaire passoit par Ephèse. Tychique ne partoit pas sur le pied de simple commissionnaire, mais plutôt en qualité e visiteur, chargé d'examiner l’état des églises, et même de statuer par provision sur ce qui pourroit s’y trouver de pressant. Telle est l'antiquité du droit et de la coutume des visites épiscopales par ” délégués. Comme les deux églises d'Ephèse et de Colosse se trouvoient dans la même contrée, ayant les mêmes mœurs et les mêmes besoins, les lecons faites à l’une et à l’autre diffèrent très-peu, quant au fond des choses. L’Epître aux Ephésiens comprend toutefois un point important qu’on ne lit pas dans l'autre, touchant le mariage érigé en sacrement. L'écrivain sacré dit ici tout ce qu'il y a de plus noble et de plus expressif en faveur des conjonctions de la loi nouvelle, qu'il compare à l’union de Jésus-Christ avec son Eglise.
Il écrivit encore de Rome son Epttre aux Hébreux, c'est-àdire aux Juifs convertis de la Palestine, afin de les prémunir contre les séductions ou les vexations des autres Juifs. Quoique la mission propre de Paul eût pour objet les gentils, rien n'échappoit à sa charité sans bornes. Il s’efforça d'épurer enfin Ja foi des chrétiens de la circoncision, et de leur bien persuader que toute la loi de Moïse n'étoit qu'une ombre dont le christianisme est la réalité. Dans cette lettre, comme dans celle qu'il avoit écrite autrefois aux Galates, il tend surtout à prouver que la vraie justice ne vient pas de la loi; mais il montre spécialement aux fidèles de la Galatie l’inutilité des cérémonies et de la circoncision ; aux Hébreux, celle des sacrifices anciens et figuratifs. Pour cela il établit la vertu surabondante de l’ineffable sacrifice du Verbe incarné , et la suréminence de son sacerdoce : après quoi le sacerdoce d’Aaron, et les sacrifices multipliés, n'ayant plus aucun effet à produire, tomboient d'eux-mêmes. Partout on voit ce divin auteur enflammé d'un zèle dévorant et d'une sorte de passion ‘our la gloire du Rédempteur et de sa grâce. Mais, contre sa coutume, il ne mit pas son nom à La tête de cette Epitre au traité, de peur de rebuter, tout en commençant, un grand nombre d Israélites qui conservoient , quoique convertis, de fâcheux préjugés contre sa personne. On observe même que le style est ici difitrent de
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X L'EGLISE. (AN 63.) 105 celui de ses autres écrits, les pensées étant cependant de ia même force et de la même noblesse. Quelques anciens se sont persuadés que l’Apôtre n'avoit pas composé lui-même, ni dicté not à mot l'Epiître aux Hébreux ; mais qu’un de ses disciples l'ayant écrite par son ordre, il l'avoit revue et adoptée ; ou que l’auteur l'ayant composée en syriaque , ur de ses disciples l’avoit traduite et publiée en grec. On prétend même trouver de la ressemblance entre le style des Actes des apôtres de la main de saint Luc, et celui de cette Epitre. Il est du moins incertain en quelle langue, de la grecque ou de l’hébraïque, elle parut d'abord.
Après la publication de cet ouvrage, Luc ne demeura pas long-temps avec son maître, quoiqu ils se soient rejoints par la suite. Voilà pourquoi l'histoire des Actes ne va pas jusqu'au temps où saint Paul, au bout de deux ans de prison à Rome, obtint son élargissement. Nous n'avons aucun autre monument sûr qui nous apprenne comment cela arriva, ni ce que fit l'Apôtre depuis qu'il fut libre. Il avoit eu dessein d'aller en Espagne, comme nous l'apprenons par son Epitre aux Romains, écrite cinq ans auparavant : mais dans ses lettres postérieures, datées de Rome même , il n’exprime qu'un dessein vif de revoir les fidèles du Levant, sans plus parler de s'avancer davantage chez les Occidentaux. Il est vraisemblable qu'il leur envoya quelqu'un des grands ouvriers qu’il avoit formés de sa main , savoir, Trophime, aux peuples d'Arles dans les Gaules ; Crescent à ceux de Vienne: peut-être même Serge Paul , à Narbonne. Quoique le détail des travaux et des succès de ces fondateurs de nos premières églises paroisse fort incertain , le fait même, ou la réalité de leur mission porte néanmoins sur de très-bonnes preuves. Au moins est-il sûr, en général, que l'Evangile , porté dans les Gaules du temps des apôtres, s'y étendit fort au loin avant l'institution des églises en règle dont nous avons des histoires suivies et dignes de foi.
Quoi qu'il en soit, en suivant avec attention la lecture des écrits apostoliques , on ne sauroit douter que le docteur des nations, aprés son voyage de Rome, ne soit retourné en Asie et jusqu’en Judée. 11 commença même par accomplir la promesse qu'il avoit faite, en écrivant aux Hébreux , de les aller
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106 (An 64.) HISTOIRE
voir ; après quoi il visita différentes églises de l’Asie-Mineure, Antioche de Pisidie, Icône, Lystre, Ephèse, Milet, Troade; en Macédoine, Pbhilippes et Nicopolis. Il parcourut encore de nouvelles contrées, fonda des chrétientés nouvelles, et il eut de nouveau à essuyer les violences, les embüches, les persécntions de tout genre ; tout cela dans un affoiblissement extrême de sa santé, dans une sorte de décrépitude causée par l'excès de ses fatigues et de ses travaux, plutôt que par son âge, qui n’étoit guères que de soixante ans. Saint Athanase dit que cet Apôtre apprit, par une révélation positive, qu’il souffriroit le martyre en retournant à Rome, et que cette connoissance, loin de l’effrayer , rappela cette grande âme vers la nouvelle Babylone, qui devoit bientôt se baigner dans le sang des saints. Alors Paul se rencontra dans Rome, avecle prince des apôtres, qui n’y demeura pas toujours depuis qu'il y eut établi la chaire apostolique.
La sollicitude de toutes les églises , dans ces premiers temps où le régime ne pouvoit être aussi fixe quenousle verrons bientôt, rendoit souvent la présence du vicaire de Jésus-Christ, nécessaire au loin. Aussi est-il hors de doute que Pierre, depuis la translation du saint Siége, fit différents voyages en Orient, et jusqu'en Palestine. On sait par les Livres saints, qu'il assista au concile de Jérusalem, postérieur à cette translation. On croit encore, sur des autorités respectables, qu'il se transporta en Judée, pour élire et ordonner saint Simon, évêque de Jérusalem , après le martyre de saint Jacques. De retour à son siége, ileut connoissance qu'il seroitbientôt immolé lui-même, en la manière que lui avoit annoncée le Fils de Dieu pendant sa vie mortelle. |
Il profita du peu de temps qui lui restoit à vivre, pour transmettre à la portion des fidèles la plus difficile à régir , l'abrégé des leçons qu'ils avoient toujours bien reçues de sa bouche. Tel est le but de la seconde Epitre du prince des apôtres, adressée comme la première aux chrétiens de la circoncision, qui étoient dispersés en Asie, dans le Pont, la Cappadoce et les provinces voisines. Il s’attache surtout , dans cette seconde lettre, à confirmer dans la foi les Israélites convertis, en leur rappelant que plusieurs d’entr'eux avoient été les témoins oculaires
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DE L'EGLISF. (An 65.) 107 des miracles et de l’état glorieux du Sauveur. Il les prémunit contre les fausses doctrines qui commencoient à se répandre, et qu'il prévoyoit devoir prendre un cours bien plus rapide, sitôt que les séducteurs ne seroient plus gênés par la présence des apôtres. 1] fait l'éloge des Epîtres de saint Paul, en observant qu'il s’y-rencontre des passages difficiles à entendre, dont les ignorants abusoient. On a voulu douter que cette épître fût de saint Pierre , parce qu'elle ne paroît pas du même style que la première. Mais, en supposant cette diversité de style, que la plupart des critiques n'aperçoivent point, ne pourroit-elle pas provenir de ce que Marc, interprète ordinaire du prince des apôtres, n'étoit plus alors avec lui? Aussi cette foible présomption n'a-t-elle point altéré le respect de l'Eglise pour un écrit vraiment digne de son auteur, et placé avec la distinction qui lui est due, dans le canon des divines Ecritures.
On attribue encore à Pierre différentes prophéties qu'il publis de concert avec Paul, peu avant le martyre qu'ils souffrirent ensemble. Instruits par Jésus-Christ même, ces deux apôtres prédirent queles Juifs alloient être punis de leur aveuglement volontaire ; que Dieu leur préparoit un maître qui les subjugueroit, le fer à la main; qui feroit de leur ville un vaste amas de ruines , et les réduiroit à de telles extrémités, qu'ils se mangeroient les uns les autres ; que ceux qui survivroient, seroient mis aux mêmes usages que les bêtes de somme; qu'ils auroient la douleur de voir écraser leurs jeunes enfants et prostituer publiquement leurs femmes; qu’enfin on mettroit à feu et à sang toute l'étendue de leur pays. Ces terribles prédictions demeurèrent par écrit à Rome, et ne manquèrent pas d’être communiquées aux fidèles de Jérusalem, qu'elles firent souvenir d'abandonner à temps ce lieu d'anathème.
Après cet avertissement, les saints apôtres parurent avoir rempli leur mission. Mais au terme de leur carrière, ces deux grandes lumières de l'Eglise n’en eurent que plus d'éclat et plus d’ardeur. Pierre osa prêcher. non-seulement l'équité et la modération, mais la piété, la pénitence, l’austère chasteté aux esclaves et aux adulateurs du plus impur et du plussanguinaire des césars. Paul ayant percé jusque chez les favoris de Néron',
1 Chrys. én vitup, mon. ; Ambros, in aux.
avoit. converti son grand échanson , et persuadé à l'une de ses concubines d’embraiser, avec la foi, les règles étroites de la pureté qu'elle prescrit.
La nouvelle en parvint au tyran, qui fit jeter l’Apôtre dans un cachot, avec tant de marques d’indignation, que de tous les sectateurs de l'Evangile, ou de ses admirateurs , qui avaient queique crédit, et auroient pu assister le saint persécuté, pas un seul ne laissa paroître le moindre attachement pour lui. Alors vraisembhlablement arriva ce qu'il écrit peu après, que tout le monde l’avoit abandonné. Mais le Seigneur le secourut d'une façon d'autant plus merveilleuse, que , contre toutes les apparences, il amortit soudainement la fureur de Néron : non que le confesseur vit briser ses chaînes; mais, commeil est plus vraisemblable, it échappa pour cette fois à la mort qui le menaçoit prochainement. Pendant une année que dnra encore sa détention , il eut assez de liberté pour mettre la dernière main à l'œuvre de Dieu.
Dans cet intervalle à ce que prétendent la plupart des chronologistes , il écrivit sa seconde Epître à Timothée. Il y annonce sa mort prochaine d’une manière si positive, qu'on ne sauroit douter que l'événement n’ait suivi de fort près la prédiction. Après avoir fait connoître à Timothée la tranquillité qu'il conservoit, nonobstant ses chaînes et les poursuites des faux-frères autant que des païens, il l’exhorte à résister de même aux contradictions et à toutes les tentatives des ennemis de la foi. Sûr de quitter bientôt la vie, et fort incertain s’il reverroit ce disciple, quoiqu'il le pressât d'arriver , il l'exhorte plus instamment que jamais, à conserver religieusement le dépôt de la sainte doctrine, et à s’employer de tout son pouvoir à la perpétuer. En pressant Timothée de le venir joindre, il se proposoit beaucoup moins sa consolation propre, que l'assistance des fidèles dans les troubles que sa mort et celle de Pierre pouvoient occasionner : conjoncture où la présence des disciples les plus distingués, après les apôtres, devenoit infiniment avantageuse. Il recommandeà Timothée de veniravant l'hiver, et de lui rapporter un gros manteau qui étoit resté à T'roade : exemple bien touchant du détachement de ce pasteur illustre, qui, ayant pu se procurer l'abondance par les largesses de plusieurs pros-
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DE L'ÉGLISE. (AN 65.) 109 élytes fortunés, se trouvoit à Rome dans la nécessité de redemander un ancien vêtement resté en Asie.
Cette Epiître fournit encore une des plus fortes preuves en faveur de la tradition. Ge que vous m'avez ouï dire, écrivoit l’Apôtre, représentez-le à des hommes religieux et capables de J'inculquer à d’autres après vous. Ainsi voyons-nous qu'outre la doctrine écrite, il est des vérités non moins salutaires ni moins sûres, qui doivent se transmettre debouche en bouche, par une succession non interrompue jusqu'à la consommation des siècles. L'Apôtre n'établit pas moins solidement la nécessité de la résidence pastorale, d'une résidence active et laborieuse, en avertissant son disciple que les pasteurs sont dans l'étroite obligation d'enseigner sans relâche. Ce fut ici sa dernière Epttre, dans l’ordre des temps, et elle paroît se ressentir de la force et de la véhémence que la proximité du martyre imprimoit à son zèle,
Bientôt après, la confusion dont les saints apôtres, Pierre ainsi que Paul, couvrirent Simon le magicien, fit prononcer la sentence de leur proscription 1. L'’imposteur de Samarie avoit porté la séduction à Rome, où l’on dit que le prince des apôtres fit son dernier voyage pour en arrêter les progrès. Simon étoit digne de la protection de Néron. Sous cet empereur abandonné à tous les vices, et passionné en particulier pour la magie, il parvint à un tel degré de vénération, qu'on lui éleva une statue dans l'île du Tibre, avec les titres de saint et de dieu , dont Rome à la vérité n’étoit pas avare. On en avoit de même élevé une à Hélène, cette T yrienne prostituée qu'il appeloit Minerve, tandis qu'il se nommoit Jupiter. Souvent aussi il se nommoit le Cbrist; faisant un monstrueux mélange des religions les plus insociables , et s accommodant de tout ce qui facilitoit la séduction. Entre les secrets qui piquoient la curiosité de Néron, ce prince étoit surtout curieux de voir un homme voler. Déjà plusieurs enthousiastes avoient fait en sa présence l'essai de cet art périlleux; mais toujours avec une issue funeste. Simon, au plus haut point de sa renommée, promit que non-seulement il voleroit, mais qu'il alloit péné-
+ Arnob. in Gent, 1, 2. Cyril. Catech. 6. Séver. Hist. 1, 2. Aug. Hær, 1.