‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 60 sur 159 · ÉPRRRAE NT PU UNE PE · texte numérisé non relu

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11 Suétone, ceux que le vulgaire appelle chrétiens, et leur fit suat bir des tourments inouïs2. Non-seulement on les attachoit à 4? des croix, poursuit cet historien , mais on revêétoit les uns de LR peaux de bêtes, pour les faire dévorer par les chiens; on endui- Al: soit les autres de cire, ou on les couvrait de tuniques trempées A5 dans la poix, auxquelles on mettoit le feu ; ensorte que ces A. victimes gémissantes servoient comme de torches pour éclairer af les passants durant la nuit. Ce dernier genre de cruauté étoit | al surtout assorti au goût du tyran, Il en fit un jeu public dans ses Me jardins, où lui-même conduisit son char à la lueur funèbre de à,

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DE L'EGLISE. (AN 68.) 121 ces flambeaux animés. La persécution s’étendit hors de Rome, et c'est alors qu'endurèrent le martyre les saints Gervais et Protais , ainsi que saint Celse et saint Nazaire, à Milan. Saint Vital fut tourmenté à Ravenne. Néron prodiguoit, d'autant plus volontiers , le sang chrétien , quil n’avoit rien à craindre de gens qui ne savoient qu obéir et souffrir.

Mais ses sujets idolâtres n'étoient pas dans les mêmes principes. Le mécontentement fermenta surtout pendant son voyage le Grèce. Comme il en revenoit, il apprit que Galba, Gouveraeur de l’Espagne- T'aragonoise, avoit été proclamé empereur par les peuples et par les troupes qu’il commandoit. Aussi lâche que cruel, l'excès de la frayeur sembla lui ravir le jugement. Il attendit le coup du destin dans une stupide inaction , sans donner aucun ordre ; en sorte que ses propres gardes proclamèrent Galba. Alors il s'enfuit de Rome au milieu de la nuit, couvert d'un méchant manteau , pour mieux se déguiser, et se retira à une lieue et demie de la ville, dans la maison de campagne de Phaon, l'un de ses affranchis. Dans sa fuite, pressé de la soif, il se vit réduit à boire de l’eau bourbeuse dans le creux de sa main, et il ne puts’empêcher de gémir, en disant : Sont-ce là les liqueurs de Néron? Le lendemain, il fut averti que le sénat ne venoit pas seulement de le proscrire, mais qu'il l'avoit condamné à être fouetté jusqu’à expirersous les coups. Peu de moments après, il vit le lieu de sa retraite investi de gens qui le cherchoïent. Pour se dérober au supplice, il se perça la gorge d’un poignard, et mourut lan 68 de Jésus-Christ, le 9 de J'uin , à pareil jour qu'il avoit fait mourir sa mère. Il régnoit depuis treize ans et demi, et n’en avoit pas tout-à-fait trente et un : monstre de cruauté, qui, dans le cours d'une vie sicourte, trouva le moyen d'imprimer l'horreur de son nom aux tyrans mêmes.

Galba, âgé de soixante et dix ans, fut généralement reconnu; mais il ne jouit de l'empire que neuf mois. Son esprit d'épargne et de sévérité le rendit odieux aux troupes, qui le massacrèrent par les intrigues d'Othon. Celui-ci fut sur-lechamp proclamé empereur. L’armée de la Basse-Germanie proclama presque en même temps Vitellius qui la commandoit, Il marcha en Italie, et vainquit Qthon, qui se tua lui-

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même après un règne de trois mois. Cependant les légions de Syrie, apprenant, avec la mort du dernier empereur du sang des césars , les entreprises des autres armées, et qu'un homme tel que Vitellius avoit osé s’arroger la souveraine puissance, la déférèrent à Vespasien, leur général, qu’elles forcèrent de l’accepter. Il partit aussitôt de la Palestine, laissant à Tite, son fils, le soin de réduire la capitale de Judée. Le voluptueux et débauché Vitellius n’étoit pas un rival à résister au seul nom de Vespasien. Il fut défait au milieu de Rome, que Vespasien étoit encore en Orient. On le massacra; et, après mille outrages exercés sur son corps, on le jeta dans le Tibre. Il n’avoit pas régné une annéeentière. Assuré de l'estime et de l'affection des Romains, le chef du parti vainqueur attendit à Alexandrie un temps propre à s embarquer.

Il vit en Egypte Apollone de Thyane. Ce philosophe revenoit d'Espagne, où il s’étoit retiré quelque temps auparavant, quand Néron obligea tous les philosophes à sortir de la capitale de l'empire. Il n’avoit point eu d'égards pour les opérations extraordinaires d'Apollone, qui n'eut pas le bonheur de plaire: à un tyran aussi capricieux qu'inhumain. D'ailleurs ce philosophe, par un genre d'inconséquence ou de fourberie trop ordinaire à de pareils sages, blämoit hautement les magiciens, qu'il mettoit au rang des impies et des homicides. La magie, selon lui, consistoit à sacrifier à la façon des barbares, en employant le secours des démons ; au lieu qu'il prétendoit, en pratiquant les cérémonies grecques, opérer ses prodiges par l'intervention des dieux. Tel étoit le vertige du préjugé et de l'orgueil national! Mais la supercherie paroït avoir au moins égalé, dans Apollone, l’aveuglement ou la prévention. Ainsi eut-on lieu d'en juger à l'occasion de l'événement le plus merveilleux qu'on raconte de lui.

Une jeune personne de famille consulaire, au moment de se marier, tomba dans une léthargie si profonde, qu'on la crut morte. Comme on la portoit au tombeau sur un lit découvert, selon la coutume, et suivie de son fiancé tout en pleurs, Apollone s’approcha, et promit de tarir bientôt ces larmes. Après qu'il eut proféré quelques paroles inintelligibles, la jeune per-

sonne sorlit peu à peu de son assoupissement , recouvra la pa-

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role et les forces, enfin se sentit en état de marcher et de retourner à la maison paternelle. Mais plusieurs témoins oculaires, inspecteurs très-attentifs du prétendu thaumaturge, attestèrent qu on avoit remarqué quelque apparence de respiration avant le moment du prodige, et prétendirent que la fraîcheur de la rosée avoit pu suffire pour ranimer les sens de la léthargique.

Apollone, comme tous les séducteurs, aimant les grands théâtres , eut soin de se trouver des premiers, auprès de Vespasien. Les partisans du nouvel empereur s’efforçoient de lui procurer une célébrité, qui, malgré la médiocrité de sa naissance, lui assurât un sort différent de celui de tant d’:mbitieur qui avoient été précipités, en si peu de temps, du trône des ct. sars. Alexandrie, où il alloit s’embarquer pour Rome, étoit la première ville de l'Orient, et la seconde de l’empir:. Ses habitants, mêlés de Grecs et d'Egyptiens, c'est-à-dir, des plus superstitieux de tous les peuples, devoient révérer surtout un empereur ami des dieux. On érigea Vespasien en homme à miracle. Il en rit d'abord : mais il laissa faire. On peut croire qu'Apollone, rompu dans ces sortes de pratiques, ne fut pas inutile au prince, qui, dit-on, guérit, au nom du dieu Sérapis, un aveugle et un homme dont la main étoit disloquée. Les médecins , qu'on avoit eu la sage précaution de consulter, assuroient que ces infirmités n’étoient pas incurables.

Quels que fussent ces prestiges ou ces artifices, ils n’en contribuèrent pas moins à affermir la puisse de Vespasien 1. Tout l'Orient , ainsi que la Judée, étoit dans la ferme persuasion, originairement fondée sur les divines écritures, qu’en ce temps-là il devoit sortir de la Palestine un conquérant qui régneroit sur l'univers. Ainsi confondoit-on la puissance tempo relle avec le règne spirituel du Messie. Les charnels Israélites appliquoient les prophéties entendues de la sorte, au libérateur d'Israël, qu'ils attendoient avec impatience. Les courtisans de Vespasien les appliquoient à ce prince; et le savant Josèphe 2, tout juif qu'il étoit, ne rougit point de se prêter à cette sacrilége adulation.

1 Suet. Vesp.c. 4. Tacit, hist. v. — 2 Jos. Bel. 11, 17.

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