‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 61 sur 159 · PRE RE RE EE · texte numérisé non relu

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Tite, resté en Palestine pour en réduire les rebelles, procéda avec cette sagesse et cette clémence qui firent dans la suite les délices de Rome. Il étoit secondé dans son amour pour la paix par tout ce qui restoit entre les Juifs de gens estimables pour leur prudence et leur maturité. Mais la multitude emportée ne respiroit que le trouble et la violence, colorant sa fureur du beau nom de liberté et de zèle pour la rdligion. Ainsi s'affermit et s'accrédita l’horrible faction des zélateurs, qui s’étoit élevée avec la révolte. C’étoient d’abord différents partis qui déchargoient leur animesité sur tous ceux qui les contredisoient , principalement dans les bourgs et dans les campagnes. Ils se réunirent insensiblement entr'eux, et avec les gens de guerre qu'ils trouvèrent moyen de débaucher ; puis ils vinrent tous ensemble fondre sur Jérusalem abandonnée à l'anarchie, et s’y emparèrent sans peine du souverain pouvoir. Dans ces brigandages publics, le vol et les insultes journalières étoient les moindres maux auxquels on fût exposé. L'esprit de sédition ne respectoit pas plus la vie des citoyens, que les propriétés ou les droits communs. Toutefois le pontife Ananus, encore révéré du peuple, soit pour son expérience, soit pour son âge et son air vénérable, anima la multitude contre les séditieux ; mais il ne put les empêcher de s'emparer du temple, poste aussi avantageux par la situation que par la construction, où ils se fortifièrent en règle. On vint à bout de les forcer dans l'enceinte extérieure, Craignant de l'être encore dans la seconde, ils appelèrent les Iduméens à leur secours.

Ces barbares, toujours prêts à combattre ou à piller, acconrurent au nombre de vingt mille. Il ne leur étoit pas facile de pénétrer jusqu'au poste de ceux qui les appeloient ; mais, à la faveur d’un orage effroyable qui survint pendant la nuit, ils s'avancèrent assez, pour que les zélateurs, en faisant une sortie, pussent les joindre, Alors accablant tous ensemble leurs ennemis, qui ne savoient de quel côté faire face, il y eut un si horrible carnage, que le sang inonda tous les dehors du lieu saint. Huit mille cinq cents personnes périrent dans l'horreur de cette nuit. Les Iduméens se répandirent ensuite dans a ville, où ils ne signalèrent pas moins leur férocité. Mais s'ils étoient capables d'un premier emportement de fureur, ils n'avoient pas

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DE L'EGLISE. (AN 69.) 125 contracté cette scélératesse habituelle et de sang froid que donne l'excès du crime, et qui ne pouvoit convenir qu'aux meurtriers d’un Homme-Dieu. Sitôt qu'ils les eurent bien connus, ils se retirérent avec exécration , et délivrèrent même deux mille personnes de marque que les zélateurs tenoient dans les fers.

La faction raffermie par ce secours passager, et devenue plus effrénée par leur retraite, ne mit plus de bornes à l'iniquité. On vit bientôt immoler, sous différents prétextes, tout ce qu'il y avoit de distingué parmi les citoyens. L’accusation la plus fatale c’éloit de vouloir passer au camp des Romains. Bien ou mal fondée, elle coûtoit infailliblement la vie à tous ceux qui en étoient chargés. On les poursuivoit jusqu'après la mort; on empéchoit de leur donner la sépulture ; on aimoit mieux s’exposer à l'infection la plus contagieuse, que de déroger à la sévérité de la proscription, en faisant retirer les cadavres, dont tous les lieux étoient couverts.

Enfin ces scélérats se divisèrent entr eux. Jean, qui étoit venu de Giscale se joindre à leur parti, s'y arrogeoit insensiblement la plus grande autorité : ce que ses anciens ne voyoient qu'avec un dépit qu'ils ne purent contenir, de manière qu'il fallut faire deux bandes. Eléazar, qui étoit à la tête des uns, se confina dass l’enceinte intérieure du temple, avec deux mille quatre cents hommes. Jean de Giscale occupa la grande enceinte avec le reste, qui montoit à six mille.

D'un autre côté, Simon, fils du prosélyte Giora, et par conséquent étranger d'origine, mais qui s’étoit signalé dans la défaite de Gallus, ayant appris la mort du grand-prêtre, porta l'ambition jusqu’à vouloir se faire chef du peuple de Jérusalem, à la place du souverain pontife, afin de contre-balancer le pouvoir des zélateurs. Il sortit de Massade où il étoit en sous-ordre parmi les sicaires, et alla se cantonner pour un temps dans les montagnes de Judée. Là, cet aventurier se fit bientôt une armée considérable, tant de brigands qui infestoient la campagne, que des esclaves qu'il attiroit par l'appât de la liberté. Ses premiers maîtres, c'est-à-dire, les sicaires devenus ses rivaux, s'opposèrent à ses progrès. Il leur livra plusieurs combats, où il eut l'avantage ; après quoi il vint camper aux portes de la capitale avec trente mille hommes.

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