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132 (AN 50.) HISTOIRE | manqua pas de prendre les précautions que l'expérierice avoit montrées nécessaires. Les machines étoient presque finies , quand les rebelles firent une sortie nouvelle pour les ruiner. Les assiégeants les défendirent avec une vigueur proportionnée à la peine qu’elles leuravoient coûté. Le succès répondit à leur constance. Dès le lendemain ils firent jouer le bélier, allèrent à la sape, et le mur ébranlé s’écroula pendant la nuit. Ts entrèrent par les brèches, s’établirent de manière à ne pouvoir plus être délogés, et se rendirent maîtres de toute la ville basse.
Déjà la famine, devenue générale, se faisoit sentir aux factieux mêmes. Ils couroient comme des loups affamés, sur la moindre apparence de nourriture, pour forcer l'entrée des maisons. Tout leur manquant à la fin, ils mangèrent le cuir de leurs ceintures et de leurs boucliers, après quoi l’on mit sous a dent ce dont la seule idée fait horreur. Les ronces et les orties, des restes foulés de vieux foin, étoient des mets recherchés, et quelques brins s'en vendirent jusqu'à quatre dragmes, c'est-à-dire, plus de trente sous de notre monnoie.
Une femme, nommée Marie, fille d’Eléazar, d’une naissance et d'un rang distingués, étoit venue du pays situé au delà du Jourdain , pour célébrer la Pâque dans la ville sainte , où elle se trouva inopinément renfermée avec la multituder, Les séditieux lui eurent bientôt enlevé tout ce qu'elle avoit apporté, sans lui laisser la moindre chose pour se nourrir, elle et un jeune enfant qu'elle allaitoit. Dans le désespoir où ils la réduisirent, elle les accabla d’injures, ne cherchant qu'à les mettre en fureur pour se faire égorger. N'y ayant pu réussir, elle se retire avec son enfant, fixe un moment les yeux sur cet innocent, qui suçoit en vain ses mamelles desséchées. Malheureux, lui dit-elle, à quoi te réservé-je? À souffrir mille horreurs avant d'expirer, ou à subir, pour plus grand bonheur, un indigne esclavage. Elle l’égorge, le fait rôtir, en mange la moitié, et serre le reste. Bientôt l'odeur eut attiré les factieux. Ils lui mettent l'épée sur la gorge, en lui demandant ce qu'elle a caché. Je vous en ai gardé une bonne part, leur dit-elle: voyez et mangez. Ils furent saisis d'horreur, et demeurèrent immobiles.
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DE L'ÉGLISE. (AN 70.) 135 C'est mon enfant, reprit-elle, c'est moi qui l'ai mis dans cet état ;: vous en pouvez bien manger après sa mère. Ils s'éloignérent en frissonnant, et le bruit de ee forfait se porta jusqu'au camp des Romains, qui avoient peine à le croire.
La pitié de Tite redoubla; mais la plus grande partie de son armée résolut d’exterminer une nation qui engendroit de pareils monstres. Les chrétiens, qui apprirent ces horreurs jusqu ä Pella, y reconnurent avec un religieux effroi l'accomaplissement littéral des paroles adressées aux femmes de Sion par le Rédempteur portant sa croix : Qu’un jour viendroit où l’on estimeroit heureux les seins stériles, et les mamelles qui n'auroient point allaité. |
Tl'restoit aux Juifs le temple et la ville haute, ce qui fornoit comme une seconde place avec sa citadelle. Les Romains, pour les forcer dans ces postes, profitèrent de la consternation où la cessation du sacrifice perpétuel jeta tout à coup les différentes factions. Ce peuple maudit ne reconnut qu'avec effroi, le dixième de juillet, l'impossibilité de sacrifier selon la loi ; parce
il ne se trouvoit plus ni pontife, ni sacrificateur dans aucun parti. Mais vérifiant, d’une manière encore plus fatale, ce qu'avoit ajouté le prophète : Qu'ils auroient des yeux inaccessible: : la lumière; en voyant la prophétie la mieux caractérisée de leur réprobation tournée en événement , ils n'y reconnurent pas leur réprobation même. Ils s'aveuglèrent, par la confiance qu’ils avoient dans la solidité et la hauteur extraordinaire des murs du temple, et dans les accompagnements également forts et superbes, que le vieil Hérode avoit ajoutés au corps de l'édifice. Ces bâtiments étoient immenses, et de magnifiques galeries de communicatiun s’étendoient depuis latour Ant-"inne jusqu’au lieu saint. Les assiégeants ne purent en effet, ai escalder les murs, niles abattre avec le bélier.
Ainsi Tite se vit contraint, le huitième d'août, de mettre, contre son inclination, te feu aux portes de la seconde enceinte du temple. La flamme gagna les galeries, qui brülèrent le reste du iv et toute la nuit suivante. Les légions vouloient tout cor. 1er; mais le général, avec ses principaux officiers, ne pouvoit se résoudre à détruire ce monument unique par sa beauté, et qui faisoit l'objet de la vénération comme l'idmira-
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tion de tous les peuples. Il command l'assaut, et marcha le premier. Les soldats montoient avec d'autant plus d'assurance, que no ne paroissoit pour défendre les murs : mais à peine les leg i: »rires y eurent-ils arboré quelques-unes de leurs sigles, qu'ils furent chargés avec une furie qui n’avoit point encore eu d’exemple; toute la valeur romaine ne put résister. Les Juifs précipitèrent les assaillants du haut de l'édifice, après leur avoir arraché les drapeaux qu'ils remportèrent en triomphe.
Alors un soldat romain ne se possédant plus, et par une impulsion que Josèphe nomme divine ou surnaturelle, prit un tison du feu qui embrasoit l'enceinte extérieure, et que le prince s’efforçoit d'arrêter; puis se faisant soulever par ses compagnons , il le jeta par une fenêtre des appartements qui tenoient au temple, du côté du septentrion t. Le feu prit en une multitude d’endroits à la fois, avec une rapidité qui ne parut point naturelle aux idolâtres mêmes. Les Juifs, en voyant brüler les sacrés parvis, demeuroient immobiles comme autant de statues. Tite accourut bien vite pour arrêter l'incendie. Il sembloit n'avoir pas moins à cœur la conservation du temple que la réduction des rebelles ; maïs il ne put se faire obéir. Le soldat ne vouloit que confusion, pour piller à son aise. Les dehors du temple étoient couverts de lames d’or: ils jugeoientpar-là des richesses du dedans. T'ite se fit néanmoins jour, à travers les Ro- | mains et les étrangers. Il aperçut en effet, dans l’intérieur du ; lieu saint, un amas étonnant de choses inestimables, bien supérieures encore à tout ce que la renommée en publioit,
Mais tandis qu'il apaisoit l'incendie dans un endroit, le feu reprenoit ailleurs avec plus d'activité. Ainsi ce fameux temple, le plus beau, le plus grand et le plus riche de l’univers, en exécubot des dénrets du Tout-Puissant > malgré les vaincus et le vainqueur , fut réduit en cendres le même mois et le même jour, que le premier i :ple bâti par le roi Salomon avoit été brûlé par Nabuchodonosor , c’est-à-dire, le dixième jour du mois judaïque qui correspond à notre mois d'août, l'an soixante et dix de Jésus-Christ.
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