‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 66 sur 159 · TT · texte numérisé non relu

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140 (AN 76.) HISTOIRE pour porter à la sainteté des mœurs. La seconde comprend, en douze chapitres ou préceptes, les règles principales de la mo rale chrétienne : c'est cette seconde partie qui a fait donner à tout l’onvrage le nom de livre du Pasteur, parce que l'ange tutélaire d’Hermas y apparoît sous cette figure afin de l’instruire; ce qui prouve l'antiquité de la doctrine chrétienne touchant les anges gardiens. L'auteur dit formellement que tous les hommes ont chacun deux anges’, l'un bon et l'autre mauvais. Ce qu'il ajoute , que les apôtres après leur mort ont prêché Jésus - Christ aux saints, ne nous est pas assez intelligible pour le trouver aussi remarquable que le font certains auteurs. Quoiqu'on attribue communément le livre du Pasteur à saint Hermas, car il est compté au nombre des saints, quelques savants pensent qu'il a été composé contre le montanisme, et par conséquent dans le second siècle de l'Eglise,

Le pape saint Clément communiqua des lumières bien plus pures encore aux fidèles de son temps. Il avoit succédé à saint Clet ou Anaclet, successeur de saint Lin, environ vingt-quatre ans après la mort de saint Pierre, c'est-à-dire, l'an gt, Je 13 janvier, jour auquel on célébroit autrefois la fête de sa chaire , comme celle du prince des apôtres. I s'éleva sous Clément des factions très-vives dans la florissante église de Co: rinthe. Des gens de cabals ayant fait déposer injustement quelques prêtres , ceux-ci eurent recours à l'Eglise romaine, la mère et La maîtresse de tous les autres. Clément, pape alors , comme le dit Eusthe, envoya vers les Corinthiens, Claude, Ephèbe, Talère, Viton et Fortunat, chargés d'une lettre bien propre à pacifier les esprits, et si digne de vénération, qu'on la lisoitpubliquement à Corinthe plus de soixante et dix ans après.

Cette épître , accueillie avec le plus grand honneur après celles des apôtres, mérite cette distinction , et soutient parfaitement le ton apostolique qu'y prend le pontife. On n'y trouve pas sans doute ce degré d élévation, ce sublime, cet enthousiasme divin qui se rencontre dans les auteurs inspirés : mais une grande clarté dans les idées, beaucoup de pureté et d'élégance dans le style, tout ce qui annonce la eulture de l'esprit , un enchaînement admirable dans les raisonnements et toute la

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DE L'ÉGLISE. (AN 76.) 141 suite des matières. Pour en donner une idée convenable, il en faudroit transcrire la plus grande partie. Les bornes que nous nous sommes prescrites ne nous le permettent pas. Mais ce qu’elle contient de relatif aux mœæm1rs et à la discipline, doit trouver place dans une Histoire de l'Eglise, et donnera quelque connoissance de la manière noble et ingénieuse de l’auteur, sans nous écarter de notre plan,

Pour inspirer aux fidèles de Corinthe l'horreur qu'ils devoient avoir de la division : Il est honteux, mes très-chers frères, leur dit-il. il est indigne des disciples de l'Evangile, que le bruit des troubles de votre église (de l’église de Corinthe), si ancienne et si respectable, soit parvenu non-seulement jusqu'ànous, mais jusqu à ceux qui en tirent contre nous des sujets de triomphe. Par votre déférence inconsidérée pour un petit nombre de téméraires et de séditieux, le nom du Seigneur est blasphémé parmi les gentils. La renommée des illustres enfants de Paul, si respectés et si chéris de tout le monde, en a souffert de la flétrissure : car qui n’estimoit votre foi ettoutes vos vertus, pour peu qu'il eût demeuré parmi vous? Qui ne bénissoit votre hospitalité, et n’en étaloit ou n'en publioit la magnificence? Qui n'admiroit votre sagesse, votre modération, l'esprit de science et de conseil selon lequel vous vous conduisiez? Vous faisiez tout sans acception de personne , et vous marchiez à grands pas dans la carrière de la loi ds Dieu, sous le gouvernement paisible de vos pasteurs. Vous rendiez l’honneur convenable à vos anciens ; vous donniez aux jeunes gens l'exemple de l'honnêteté et de la modestie; vous avertissiez les femmes de s'attacher à leurs époux comme elles le doivent, de bénir leur dépendance dans l'humilité et la simplicité de leur cœur, de s'appliquer à la conduite de leur maison dans la retraite et la réserve, d'ennoblir toutes leurs œuvres par la pureté et la sainteté de leurs intentions. Vous étiez tous dans des sentiments d'humilité et sans aucune présom tion, plus enclins à obéir qu'à commander, à donner qu à recevoir, contents de la subsistance pour ce monde, que vous regardiez comme un heu de passage, et allant sans détour à votre patrie, la loi du Seigneur toujours sous les yeux, et les oreilles du cœur incessamment ouv'rtes à sa parole. Ainsi jouissiez-vous des bénédie-

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