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tions de la douceur et de la paix. Vous aviez une faim et une soif insatiables de la justice ; et comblés de la plénitude de l'Esprit saint, la surabondance de vos biens se répandoit au loin] sur tout ls monde. Dans la joie de la bonne conscience, et d'une confiance juste et raisonnable, vous étendiez vos bras vers le Tout-Puissant, à qui vous n’aviez à demander le pardon que des péchés de fragilité. Mais vous le pressiez jour et nuit par des gémissements ineffables, afin qu'il ne périt aucun de ceux qu'il a donnés à son Fils. Vous conversiez dans la sincérité et l'innocence, sans malignité et sans ressentiment. Si quelqu'un péchoit contre vous, c'étoit sa chute que vous pleuriez : vous estimiez que les fautes du prochain étoient les vôtres. Le premier germe de la division , l'ombre de la sédition vous faisoit horreur.
Par ces derniers mots, le saint pontife rentre dans son objet direct, et s'étend fort au long , toujours avec la même éloquence, sur les maux de la discorde. En s’élevant contre les troubles et les téméraires entreprises qui lui donnent naissance, il nous apprend l'ordre établi de toute antiquité dans le ministère ecclésiastique. Nous devons, dit-il, faire avec ordre tout ce que le Seigneur nous a commandé. Il nous a ordonné d'accomplir dans le temps et de la manière convenable les offices et les oblations : il a déterminé lui-même quand et par qui elles devoient être faites. Dans le culte mosaïque, il y a des fonctions particulières au souverain pontife; les sacrificateurs ont leur place réglée; les lévites sont chargés du service qui leur est pronre; le peuple est astreint aux préceptes qui lui conviennent. Chacun de vous, mes frères, doit à cet exemple se tenir dans son rang, avec modestie, sans sortir des bornes qui lui sont marquées. Dieu a envoyé Jésus-Christ, et Jésus-Christ a envoyé les apôtres, selon l’ordre et la volonté de Dieu. Ils ont annoncé l'Evangile dans les provinces et dans les villes, où ils ont établi les premiers d'entr'eux pour évêques et pour diacres de ceux qui devoient croire. Ils ont aussi connu par les lumières du Seigneur, qu'il y auroit de la contention pour la dignité de l'épiscopat ; c'est pourquoi, après avoir institué les premiers pasteurs, ils ent encore stitué qu'après leur mort d’autres hommes éprouvés succéderoient au ministère des premiers.
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DE L'ÉGLISE. (AY 56.) 143 Ceux donc qui ont été établis par eux, ou ensuite par d’autres, avec l'approbation de l'Eglise, et qui ont régi sans reproche le troupeau de Jésus-Christ, on ne peut, sans injustice, les rejeter du ministère. Voilà ce qui se trouve de plus relatif à notre dessein dans la précieuse épître de saint Clément, qui nous est parvenue tout entière.
Il reste des fragments considérables d'une seconde lettre, dont il est regardé comme l’auteur par de bons critiques, et qui n’est pas indigne de lui. Mais il est étonnant qu'après des ouvrages de ce caractère, on lui ait encore attribué lelivre des Reconnoissances ou l’Itinéraire de saint Pierre, avec d’autres écrits visiblement supposés. Pour les canons apostoliques qu’on a voulu aussi lui prêter, ils ne sont pas plus de ce pontife que des apôtres. C’est une collection, ancienne à la vérité, de divers réglements de discipline établis dans plusieurs conciles du second et du troisième siècles. Mais quoique respectables à cet égard, ils sont néanmoi”s comptés parmi les écrits apocryphes, pour plusieurs défauts , et en particulier pour avoir favorisé l'erreur des rebaptisantes. La lettre de saint Clément aux fidèles de Corinthe, en leur proposant des exemples propres à inspirer l'horreur de la discorde, fournit un témoignage formel du martyre des apôtres saint Pierre et saint Paul à Rome sous les gouverneurs, suivant ses expressions, c’est-à-dire, tandis que Néron étoit absent. Elle nous apprend en même temps, que c'est per la jalousie des faux-frères que ces deux saints furent mis à mort, après avoir été très-souvent persécutés, pendant leur vie, par les mêmes intrigues,
Clément occupa neuf ans le saint Siége, c'est-à-dire, depuis l'an gr, jusqu'à ia fin du premier siècle de l'ère chrétienne. Les écrivains les plus anciens et les plus dignes de foi, tels qu'Eustbe et saint Jérôme, ne disent rien de particulier touchant sa mort, On ignore où les actes si bien circonstansiés de son exil et de son martyre peuvent avoir été puisés,
L'empereur Vespasien étoit mort dès l'an 79 de Jésus- Christ, en marquant d'une manière digne d'attention tout le fond , qu'il faisoit sur les superstitions romaines, Comme tout le monde paraissoit fort affligé de sa mort inévitable, le prince conservant toute la gaieté naturelle de soo Humeur, et voulant
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l'inspirer à ceux qui l’environnoient, s'écria tout: à-coup : Je pense que je deviens dieu. C'est ainsi qu’il traitoit l’apothéose qu'on devoit faire de lui après sa mort. Quoiqu'on ne compte pas Vespasien au nombre des persécuteurs, il périt néanmoins sous son règne un assez grand nombre de chrétiens, que l'on confondoit avec les Juifs, alors extrêmement odieux dans l’empire.
Tite son fils aîné lui succéda. Il avoit fait malgré lui le malheur de la nation juive. Quand il put se livrer en souverain à toute la bonté de son naturel, il ne se plut qu'à compter ses jours par ses bienfaits. Mais ilne demeura qu'environ deux ans sur le trône, où il fut remplacé par son frère Domitien. On conçoit à peine qu'il soit sorti du même sang deux empereurs de mœurs si différentes. Domitien fut un second Néron pour l'impudicité et la cruauté. Plus semblable dacs ses goûts à un bourreau qu'à un empereur , un de ses plus doux amusements éloit le supplice des criminels, qu'il fuisoit mourir la plupart sous ses yeux. Il ne manqua point d'imiter Néron dans sa haine contre les chrétiens, qu'il proscrivit par des édits en forme, dès la seconde année de son règne. Flavius-Clément, son cousingermain, s'étant converti avec toute sa famille, il le fit exécuter à mort, au sortir du consulet, quoiqu'il l’eût affectionné au point de destiner l'empire à ses deux fils, enfants, dont il avoit changé les noms en ceux de Vespasien et de Domitien. Flavie- Domitille, fenume de ce consul , et de son propre chef parente de l’empereur aussi-bien que son époux, fut condamnée au bannissement. On relégua comme elle, mais dans un lieu séparé, une autre Flavie-Pomitille, nièce de Clément. Achille et Nérée, deux de ses gens, aussi chrétiens, la suivirent, et eurent la tête tranchée.
Or déféra au tyran le disciple bien-aimé du Sauveur, le dernier qui rendit encore témoignage sur la terre à ce qu'il avoit vu et entendu dans la compagnie de ce Dieu fait homme. Il étoit revenu à Ephèse, lieu le plus ordinaire de sa demeure, après avoir consumé ses années et ses forces à porter l'Evangile bien avant dans la Grande-Âsie, Tertullien nous apprend 1 que
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