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DE L'EGLISE. (AN 95.) 145 cet illustre évangéliste fut conduit à Rome, et par sentence, plongé, près la porte Latine, dans l'huile bouillante, dont il ne reçut aucun mal. Après quoi on le relégua dans l'ile de Patmos, l’une de l’Archipel. Là, dans le silence de la retraite, il eut des révélations prophétiques qu'il communiqua aux sept principales églises de l'Asie, plus spécialement commises à ses soins, c’est-à-dire, aux églises d'Ephèse, de Smyrne, de Pergame, de Thyciire, de Sardis, de Philadelphie et de Laodicée. Le prophète y adresse la parole aux anges de ces églises ; c’est ainsi qu'il en nomme les évêques. Mais on présume très-plausiblement que les avis qu'il leur donne, et qui laisseroient, sans cette explication, des impressions assez désavantageusces touchant quelques-uns d’entr'eux, concernent plutôt l’état général du troupeau que celui du pasteur. Dans la suite de l'ouvrage, l'auteur inspiré et ravi par l'Esprit du Seigneur, s'élève avec la rapidité de l'aigle à qui on le compare, au plus haut des cieux, où sous des images aussi nobles qu'extraordinaires , on Jui donna connoissance de la fin de l’idolâtrie et du triomphe de l'épouse de l'Agneau, ou de l'Eglise.
Quelques interprètes ont tenté de faire l'application de ces oracles aux âges modernes : mais il paroît que l'Apocalypse, à l'exception de quelques articles , tels que la prophétie des premières persécutions , est jusqu'ici un livre scellé, et chacun de ses emblèmes couvert d’un voile imptnétrable. On y voit généralement et très-clairement le souverain domaine de Dieu sur l'univers et sur les nations ; maïs on a mal réussi jusqu’à présent à spécifier les événements , les temps et les personnes ; et plusieurs de ceux qui l'ont entrepris n'ont pas échappé au reproche de fanatisme ou d'enthousiasme. Après les victoires du Christ sur les derniers ennemis qui lui restoient à combattre , on trouve encore dans ces visions mystérieuses une peinture effrayante du jugement dernier, et de la destruction du monde visible par l'élément du feu. Suit le tableau magnifique de la résurrection générale et de la gloire de l'Eglise triomphante, sous le nom de la céleste Jérusalem , ou sous d’autres expressions symboliques accommodées à la foiblesse, du langage humain.
Si Jean l’évangéliste, en sa qualité dedisciple de Jésus-Christ,
Le 10
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avoit donné des inquiétudes à Domitien, les parents de cet Homme-Dieu, issus de la famille royale de David, inspirèrent de tout autres soupçons au tyran. Il se les fit amener du fond de la Judée : mais il les trouva si simples et si mal pourvus detout ce qui peut favoriser les soulèvements, qu'il ne put s'empêcher de rire de ses appréhensions ,et les laissa retourner en toute liberté à leurs hameaux et à leurs chaumières; mais il chassa de Rome tous les philosophes et tous les hommes indociles revêtus de ce titre superbe.
Apollone de Thyane surtout , avec ses vertus spécieuses , ignoroit les principes de l'obéissance due aux puissances établies de Dieu. L'empereur fut informé qu'il fomentoit dans l'Asie une conspiration en faveur de Nerva. Il ordonna d'arrêter le philosophe séditieux. Celui-ci étoit déjà sur le chemin de Rome. Il avoit plus de quatre-vingt-dix ans. Il vint se présenter lui-même, à ce que rapporte son historien Philostrate, Son air et son habit extraordinaire, sa longue barbe , ses cheveux blancs, causèrent un saisissement subit à Domitien, qui l’aperçut , comme il alloit avec ses gardes sacrifier à Minerve. C'est un démon, s’écria-t-il avec effroi. Je vois bien, reprit froidement Apollone , que la déesse ne vous a point encore fait la même grâce qu'à Diomède, puisque vous ne savez pas discerner les mortels d'avec les immortels, Domitien l’interrogea sur la conjuration : il n'y avoit point de preuves ; Apollone nia tout. Mais pour l’arrogance qu’il avoit montrée , on lui coupa les cheveux et la barbe, et on le mit en prison. Il ne parut point avoir peur. Mon destin , dit-il à son confident Damis, est au-dessus de celui du tyran ; il ne pourra me nuire, En effet, Domitien le déclara innocent , et lui défendit cependant de s’absenter.
Il n’obéit pas, disparut subitement, et se trouva le même jour sur le soir à Pouzzol, à cinquante lieues de Rome. Damis, qui l'y attendoit par ses ordres, mais sans avoir beaucoup de foi à ses promesses , se promenoit avec un autre philosophe sur le bord de la mer. Eh quoi! lui disoit - il, ne reverrons-nous plus Apollone? Vous le voyez, lui dit à l'instant Apollone même, en lui touchant sur l'épaule. Damis pensa mourir de fraveur, Son compagnon un peu plus assuré , demanda au
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(AN 95.) 147 revenant s’il étoit vif ou mort. Serrez-moi bien, lui dit-il, et si je vous échappe, alors vous me prendrez pour un fantôme. Il ne fut pas long-t:x1ps à converser avec eux ; maïs il alla se coucher, en leur avouant qu'il étoit prodigiensement fatigué ,
comme il arrive, ajoute Philostrate, à tous ceux que les génies transportent d'un lieu en un autre. Il passa quelques jours après dans le Péloponèse, pour repaître son orgneil des hon-
‘ neurs qu’il attendoit des Grecs assemblés pour les jeux olym-
piques ; après quoi il retourna chez les Ephésiens les plus aveugles de tous ses admirateurs.
Un jour qu'il les haranguoit, selon sa coutume, entre onze heures et midi, il interrompit brusquement son discours. Ses yeux parurent égarés, puis étincelants ; et faisant d'un mouvement convulsif trois ou quatre pas en avant : frappe, s'écria t-il, frappe le tyran. Puis il garda quelques moments un profond silence. Ensuite il dit au peuple : Le tyran vient d'être mis à mort; j'en jure par Minerve. On lui crut le cerveautroublé. Mais quand la nouvelle arriva que Domitien avoit été assassiné ce même jour , et à cette heure précise, on regarda le devin comme un Dieu. Nerva lui-même, qui pensoit lui avoir obligation de l'empire auquel il succédoit , lui écrivit pour prendre ses conseils. Mais le philosophe lui fit réponse qu ils ne se reverroient que dans l’autre vie. "| mourut en effet l'année suivante, après avoir pris ses mes ‘rés Dour que personne ne fût témoin de sa mort. Son apoth. »2 en devenoit plus facile, et ses disciples ne manquèrent pas de publier, qu'ii avait été enlevé dans les cieux. Il fut reconnu pour un dieu , sans :utre examen. La ville de Thyane lui bâtit un temple, et diflérents empereurs lui décernèrent un culte religieux. Toutefois cette divinité si bien protégée , eut peu d’adorateurs , et en moins de deux siècles tomba dans l’oubli.
Toutes les choses changèrent de face sous le successeur de Domitien. Une des premières attention: ‘le Nerva, ce fut desoulager les citoyens opprimés par la tyrannie du règne précédent, et de rappeler tous ceux qui avoient été bannis. Saint Jean l évangéliste, en vertu de l'amnistie générale, retourna à Ephèse. I n'y trouva plus l évêque Timothée, qui avoit été martyrisé celte année-là même, dans un : ‘te populaire des idolâtres
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dont il reprenoit les vices. Jean jouissoit d’une bonne santé, quoiqu'âsé de quatre-vingt-dix ans, employés à des travaux continuels. 1l ne reprit pas seulement l’mspection de l’église d'Ephèse, mais usant de son autorité supérieure et apostolique, il visita les provinces voisines pour y entretenir la ferveur primitive, et lui-même établit son disciple Polycarpe à Smyrne.
Ce fut aussi dans ce temps-là qu’il convertit un fameux chef
de voleurs , qui avoit été son disciple dans un âge encore tendre. L’Apôtre, surchargé d’affaires capitales, avoit confié l’instruction de ce jeune homme à un évêque, qui n’#pargna pas ses soins, tandis que l'élève n’étoit que catéchumène; mais il le négligea depuis son baptême , comme si tout eût été fait après l'administration de ce sacrement. Le néophyte se débaucha, devint voleur de grands chemins, et chef de brigands. En revenant à Ephèse, l’Apôtre demandé compte à l'évêque du dépôt qu'il lui avoit confié ct très-particulièrement recommandé. La nouvelle de l’égarement du jeune homme accabla de douleur le saint vieillard qui, retrouvant sa première vivacité, . demar:da aussitôt un cheval pour courir après la brebis égarée. I vole par les vallées et les montagnes, il s'enfonce dans les foréts , 11 sémit, il appelle. Le bon pasteur découvre enfin l'ouailie fugitive. Mais ie jeune homme, confus à la rencontre de son ancien maître, ne put soutenir sa présence et reprit la fuite. Le vieillard je suivit, en criant de toutes ses forces : Pourquoi me fuyez-vous, mon fils? Je suis prêt à donner mon sang pour vous. Revenez à votre père, revolez dans le sein de k plus tendre des mères ; et si je ne puis vousattirer par aucun de ces titres, revenez à Jésus-Christ : c'est lui qui vous tend les bras, c’est lui qui vous parle par ma bouche. Le voleur s’arrêta, laissa tomber ses armes, et fondit en pleurs. Le saint l’embrassa avec tendresse, ne lui fit aucun reproche, ne lui donna que des signes de contentement; et, le ramenant à l'église , il fit pénitence avec lui jusqu’au terme d'une réconciliation parfaite.
Jean écrivit alors son évangile, à la sollicitation des chrétiens d'Asie, à qui il fit faire des prières publiques avant d’entreprendre ce divin ouvrage, dont le but principal étoit d'établir
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DE L'EGLISE, (AN 97.) 149 la divinité de Jésus-Christ contre les impiétés d'Ebion et des Nicolaïtes. C’est le plus sublime des évangiles : mais sa sublimité ne lui ôte rien de son onction. Partout on sent la charité tendre et engageante que l’auteur avoit puisée comme immédiatement dans le cœur du Fils de Dieu, sur lequel il reposa. Ses épitres respirent de même les 1"leurs du pur amour. La première, qui roule presque tout r cet objet, a le ton noble, la diction douce, et tous l::: es de son évangile. Elle fut adressée aux Parthes. Li re, adressées à des personnes particulières , Electe et 5 amis, sont fort courtes, et plutôt des lettres familière: des épîtres apostoliques. Il n° y prend pas le titre d’apôtre , mais Le nom de vieil lard, qu’on lui donnoit alors communément.
Il survécut assez long-temps à ses écrits. Dans ses dernières années , il étoit d’une foiblesse extrême. Ne pouvant plus marcher, il se faisoit porter à l'église où sa seule présence suffisoit pour l'édification publique. Alorstoutes ses exhortations se réduisoient à répéter sans cesse : Mes chers enfants, aimez-vous sincèrement les uns les autrest. Ses auditeurs. s’ennuyoient d'entendre perpétuellement la même chose; et quelques-uns s’imaginoient que la tête du saint vieillard étoit affoiblie. Un jour on lui demanda pourquoi il tenoit si souventle mêmelangage. Mais il répondit d'une manière bien propre à les convaincre, qu'il n’avoit pas cessé d’être l'organe de la sagesse incréée, C’est là, dit il, le commandement du grand maître, et il vous suffit, pourvu quil soit bien observé. Sa vertu et sa vieillesse n’étoient pas chagrines. Il vouloit qu’on:prît des récréations innocentes , et en donnoit l'exemple. Comme il s’amusoit d’une perdrix apprivoisée, un chasseur , peu sensible à ce genre d'amusement , le trouva indigne d’un si grand saint, et lui communiqua assez librement sa manière de penser. Cet homme avoit àla main son arc débandé. L’Apôtre lui demanda pourquoi il ne tenoit pas toujours son arme prête à tirer. C'est, dit-il, afin qu'elle ne perde point sa force. Hé bien, ne trouvez pas mauvais, répartit lesaint, que pour la même raison l’on accorde quelque relâche à l'esprit.
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