‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 72 sur 159 · RER ES · texte numérisé non relu

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règnes, que comme une seule et même persécution. L'aversion qu'avoit Adrien pour toute autre religion que celle des Romains et des Grecs, son amour pour la divination, pour l’astrologie judiciaire et pour la magie, l’indisposoient étrangement contre les adorateurs sincères du vrai Dieu, qu'il confondoit d’ailleurs avec les différentes sectes des gnostiques.

1 s’étoit depuis peu élevé, sous ce nom, un essaim de sophistes corrompus , qui autorisoient les vices les plus infâmes. Saturnin , Basilide, Carpocrate, avoient pris les leçons de Ménandre, disciple de Simon le magicien. Rien de plus affreux que les dogmes et la morale de ces sectaires, qui faisoient un mélange monstrueux des vérités de l'Evangile avec les chimères du paganisme. La noble simplicité de notre religion ne leur suffisoit pas : ils vouloient enchérir sur elle dans le goût des initiations des observances idolâtres ; ce qui forma un fantôme de religion plus extravagant même que le paganisme. Ainsi privèrent-ils le christianisme de l'avantage que lui donnoit sur toutes les petitesses de la superstition, ce caractère de sagesse et de dignité qui en est si différent. Saturnin soutint le premier que le mariage étoit une conjonction impure et damnable, Basilide avança que le corps de Jésus-Christ n’étoit que fantastique, et n’avoit pas été véritablement crucifié. Carpocrate tint à peu près la même doctrine, regardant le Sauveur comme un pur homme distingué seulement par l’éminence de ses vertus,

Tous ces gnostiques ou illumines , car ils prenoient indifféremment ces deux noms qu'ils ont rendus également méprisables , tous , à l’envi les uns des autres, joignoient à leurs folles spéculations les plus abominables maximes de conduite. Ils posoient pour principe qu'il est inutile, et même défendu de résister à la concupiscence; qu'on en devoit tôt ou tard suivre les impressions, que la chair est l'ennemi à qui l'Evangile ordonne de céder dans le voyage de cette vie; qu'ainsiles œuvres de la chair ne sont pas seulement permises, mais recommandées. Ils avoient le jeûne en horreur, vivoient voluptucusement, passoient tout ce qu'ils pouvoient de leur temps dans la licence et la mollesse. Ils privient nus, tous ensemble. Les

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DE L'ÉGLISE. (AN 117.) 106 femmes étoient communes entr'eux : cet usage faisoit partie de l'hospitalité qu'ils exerçoient envers leurs frères. Ils donnoient de somptueux festins dans leurs assemblées de religion. Après les excès de bouche, l’un des ministres , à ce qu'on assure, jctoit un morceau de pain à un chien attaché aux chandeliers qui éclairoient l'assemblée; et la lumière étant éteinte, chacun assouvissoit ses désirs charnels, sans nulle distinction d'objet. Ils empéchoient néanmoins la génération autant qu'ils le pouvoient, faisant à cet effet une étude exécrable des pratiques les plus honteusss, où ils méloient Je sacrilége. Ils soutenoient expressément que toutes les actions sont indifférentes de leur nature, et qu'il n'y en a aucune de bonne ou de mauvaise en soi mais uniquement dans les préjugés des hommes. Ce que saint Epiphane rapporte de ces novateurs, ne trouveroit aucune croyance, si l'on ne savoit d’ailleurs quelle étoit la corruption de la doctrine des anciens philosophes ; faits si bien confirmés par les exemples de ceux qui, prenant de même leur imagination ou leurs passions pour guides, au sein d’une religion si lumineuse, au moins quant à la morale, font consister dans les noms ou les préventions toute la différence des vices et des vertus. Or, ces premières hérésies n'étoient qu'un mélange informe de la philosophie mal conçue, avec la religion.

Carpocrate eut pour disciple un certain Prodicus, qui devint chef d’une secte nouvelle, appelée des adamites ; parce qu'ils prétendoient imiter la vie d'Adam et d'Eve dans l’état d’innocence. Mais tout en se permettant les plus licencieuses privautés, ils ne laissoient pas de rejeter le mariage , qui suivant eux n'auroit jamais eu lieu, sans le péché du premier homme. Carpocrate laissa un fils, nommé Epiphane, qui ne passa point l'âge de dix-huit ans, et toutefois se rendit plus célèbre encore que son père. Après sa mort, il fut honoré comme un Dieu. On alla jusqu'à lui consacrer des temples dans l’île de Céphalonie, et l’on célébra sa fête par des sacrifices et des libations : car le culte des gnostiques étoit mêlé d'idolâtrie aussi-bien que de magie.

Mais personne ne contribua plus que Valentin à répandre la doctrine des sectes connues sous le nom de gnostiques'. Il

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avoit élé fort attaché à la vraie foi, avoit marqué son ztle en Egypte, d'où on le croit natif, puis à Rome; et partout il s’étoit fait admirer par son esprit, son éloquence, et plusieurs autres qualités propres à l'épiscopat. Malheureusement il ambitionna cette dignité sainte : ce qui suflisoit dans cet heureux temps de ferveur , pour avoir l'exclusion. On ne sait avec certitude, ni quel siége il brigua, ni quel fut le digne ministre qu'on y jugea le plus propre. Certains auteurs prétendent qu'il s agissoit de Ja chaire apostolique, et nomment saint Pie, ou saint Eleuthère , comme le pontife élu au lieu de Valentin. Ils s'appuient sur un passage de Tertullien, qui attache en termes formels la primauté de l’épiscopat à ce siége : ce qui fait voir que la primauté pontificale étoit reconnue d'une manière expresse dans les temps les plus antiques. Quoi qu'il en soit des autres circonstances qui concernent Valentin, on fit un évêque moins savant peut-être que ce compétiteur, mais beaucoup plus humble et mieux affermi dans la foi. De dépit, Valentin se mit à combattre la doctrine de l'Eglise, dont il se croyoit méprisé. Il avoit beaucoup étudié la philosophie grecque, et surtout celle de Platon , ainsi que tous les sophistes du même temps. Mélant donc la science des idées, les mystères imaginaires des nombres, et la génération des dieux d'Hésiode avec l'Evangile de saint Jean , le seul qu'il révérât, il bâtit un svstème de religion tel qu'il pouvoit résulter de ce bizarre assrmblage. Il y confondoit la notion des corps avec celle des esprits prenoit au pied de la lettre les termes les plus métaphoriques et des mots faisoit des personnes auxquelles il attribuoit des corps et même des sexes différents,

Les chimères de Valentin roulent principalement sur ses ones, qui ne sont autre chose que le nom des siècles, répété fort souvent dans les Livres saints, et que la langue grecque rend par le mot aiones. Ces aiones ou éones étoient pour notre visionnaire autant de personnes, tant pères et mères qu'enfants, qu'il distinguoit jusqu'au nombre de trente; ce qui formoit la plénitude invisible, ou le mystérieux pléroma, ainsi que l'on s'exprimoit dans la secte. Valentin prétendoit prouver toutes ces rêveries par les divines Ecritures. On voit cependant à travers ces profanes et ridicules emblèmes, que lenovateur rctenoit

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DE L'ÉGLISE. (AN 120.) 171 la foi des premiersmystères. Par les éones de la profondeur et du silence, il entendoit la première personne de la Trinité , Dieu le Père ; le Fils, par l'intelligence et la vérité; et le Saint- Esprit, par la vie et le discours. Il prétendoit même, suivant une découverte moderne, ou une conjecture que nous ne garantissons point:, que l’intellect ou intelligence procédoit de la profondeur, comme étant son fils ; et que de ces deux éones ensemble procédoit la vie ; c'est-à-dire, que la seconde personne de Trinité recevoit sa naissance éternelle de Dieu le Père, et en même temps le pouvoir de produire la troisième personne, conjointement avec lui, comme étant de la même nature; ce qui montreroit contre les Grecs modernes l’ancienneté de la foi universelle touchant la procession du Saint-Esprit, provenant du Fils aussi-bien que du Père. Mais toute la majesté de nos saints mystères se trouvoit dégradée par cette étrange manière de les énoncer : la vérité même y prenoit l'air de la mythologie et des superstitions païennes.

Les dogmes qui influent directement sur les mœurs n'étoient pas moins corrompus. Valentin établissoit formelleruent l'inarissibilité de la justice : dogme aussi digne de son premier auteur que de ses restaurateurs. Il en concluoit qu’en vertu de la seule adoption divine, on pouvoit se sauver, même en reniant sa foi à l'extérieur, et «z'on ne devoit pas la confesser au péril de sa vie. Mais nous ne prétendans pas exposer ici toutes les absurdes impiétés de cette secte. L'on en a bien assez vu pour concevoir à quel point d’extravagance peut se porter l'esprit humain, lorsqu'il abandonne larègle prescrite pour l'interprétation desEcritures. Toutefois ces absurdités avoient un nombre prodigieux de partisans, qui sé subdivisèrent bientôt en une multitude de partis divers et souvent opposés: les uns voués aux observances les plus superstitieuses ; les autres, par l'excès diamétralement contraire, rejetant toute cérémonie et tout culte extérieur. Entre ces derniers, quelques-uns nommés Séthiens, se montroient pénétrés d'un respect suprême pour Seth, fils d'Adam, dontils faisoient leRédempteur. Les Caïnites affectoient d'honorer Caïn, et tous les méchants condamnés par les

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172 (AN 120.) HISTOIRE divines Ecritures. D’autres enfin adoroïent un serpent, qu'ils prenoient pour le Sauveur : et, selon l'étymologie grecque du nom de serpent, ils se nommoient ophites.

Des génies supérieurs donnoient dans ces écarts. T'atien, disciple de l'illustre docteur saint Justin, et célèbre lui-même par un fort bon traité contre les gentils, tomba dans l'hérésie de Valentin, qu'il s’efforça de répandre en différentes contrées de l’Asie-Mineure et de la Syrie. Il fut chef des sectaires, qu’on nomma encratiques ou continents, pour l’abstinence outrée qu’ils affectoient. Ils n’usoient jamais de viandes ni de vin, pas même dans la consécration de l’eucharistie, où ils n'employoient que l’eau pour le calice. Comme les adamites, ils traitoient le mariage de débauche et de corruption.

Cassien ajouta aux erreurs de Tatien , et acquit un nouveau

om à ces sectaires, qu'on appela docètes ou apparents, parce qu'ils soutinrent avec lui que le corps du Sauveur n'avoit été qu'apparent ou fantastique. Ge furent ces étranges visionnaires qui avancèrent les premiers que le fruit défendu dans le paradis terrestre n’étoit autre chose que le mariage.

La malignité des païens leur faisant confondre les vrais fidèles avec tant de vicieux hérétiques, ils ne conçurent pour tous les chrétiens en général que du mépris et de l'horreur. De là les calomnies dont on les chargea si souvent, à l’occasion de leurs agapes et de leurs assemblées religieuses. À ce que nous venons de rapporter touchant les gnostiques, on ajoutoit, et les Juifs étoient les principaux auteurs de cette nouvelle imposture, que quand les chrétiens vouloient initier un prosélyte à leurs mys-. tères, ils étendoient sur une table un enfant couvert de farine, et tellement disposé, que l'initié comptant couper un pain, égorgeoit l'enfant ; qu’à l'instant ils achevoient tous ensemble de mettre en pièces cette innocente victime, que chacun en mangeoit un morceau, et s'abreuvoit de son sang ; que par cet artifice le prosélyte, se voyant malgré lui coupable d'homicide, se trouvoit intéressé à garder le secret. Le vulgaire ne doutoit point de la vérité de ces imputations, et les hommes qui auroient dû se montrer supérieurs à la crédulité populaire, avoient leurs raisons pour n'être pas plus équitables envers les fidèles. Gelse, fameux philosophe, les attaqua violemment dans se

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