‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 77 sur 159 · RE · texte numérisé non relu

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190 (AN 166.) HISTOIRE par des édits en forme, il donna lieu à de tyranniques vexations en plusieurs provinces.

Quadrat, proconsul d'Asie, fit exposer aux hêtes, dans l’amphithéâtre de Smyrne , Germanicus et dix autres chrétiens. Leur courage confondit les idolâtres, et le peuple se mit à crier dans son dépit : Qu'on extermine tous les ennemis des dieux, en commençant par leur chef Polycarpe.

Disciple de l'apôtre saint Jean, et préposé au gouvernement de la florissante église de Smyrne , cet homme vraiment apostolique, ne se bornoïit point à sa mission, pas même aux églises nombreuses de l'Asie, où il perpétuoit les enseignements et les usages qu'il tenoit presque immédiatement du Seigneur. Il avoit fait le voyage de Rome quelques années auparavant, quand il fut question du différend touchant le jour de la Pâque. Les progrès que fit Marcion dans cette capitale de l'univers, devenue aussi le premier siége de la religion , y rendirent la présence du saint docteur encore plus nécessaire que n’avoit fait l'intérêt de la discipline.

Cet hérésiarque étoit d'autant plus séduisant , qu'il prenoit une route opposée en apparence à tout ce qu'on avoit vu jusque-là de faux docteurs. Il affectoit la plus grande sévérité, obligeoit ses sectateurs à s'abstenir, par pénitence, du vin et de la viande, à faire des jeûnes fréquents et rigoureux, à se présenter d'eux-mêmes au martyre. J1 ne recevoit aucun disciple, qu'il ne fit profession de continence, et condamnoit absolument le mariage ; se fondant sur la doctrine des deux principes, qui fut plus développée dans la suite par les manichéens, mais qu'il enseigna le premier. Par cette affectation d'austirité, il vouloit faire oublier ce qui avoit donné lieu à sa honteuse défection. Fils d'un saint évêque, il s’étoit fait chasser de l'église, pour un péché d'incontinence. N’en ayant pu obtenir le pardon aussi vite qu'il vouloit, il étoit allé jusqu'à Rome, où les trésors des satisfactions du Christ se dispensant avec plus d'abondance, il espéroit de trouver plus de facilité à la réconciliation. Mais on ne put qu'y approuver la conduite d'un évêque plus sensible à l'honneur de l'Eglise qu'aux im pressions de la chair et du sang. Le dépit et le désespoir emportèrent le mauvais pénitent, qui menaça hautement de déchirer la religion pure où on le traitoit avec tant de rigueur.

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D'abord il se fit disciple de Cerdon ; de qui il emprunta les extravagants et sacriléges principes sur la nature et la division de la divinité, assez semblables à ceux de Valentin; puis il s’érigea lui-même en chef de parti. Entre ses disciples, le plus fameux fut Apelles, pareil en tout à son maître, engagé comme lui dans l’erreur par un péché d'incontinence dont il ne put soutenir la pénitence humiliante, et, comme lui, de pécheur aveuglé, devenu séducteur en chef. Ainsi que Marcion, il reconnoissoit deux dieux, l’un bon et l’autre mauvais : mais il n’en faisoit pas deux principes. Il prétendoit au contraire que le mauvais avoit été formé par le bon. Par rapport à Jésus- Christ, il enseignoit que ce divin réparateur n'avoit pas eu seulement l'apparence d'un corps, comme le soutenoit Marcion, ni une véritable chair, comme le dit l'Evangile; mais qu’en descendant des cieux, il s’étoit fait un corps céleste et aérien, et qu'en y remontant après sa résurrection, il avoit rendu à chaque ciel ce qu’il en avoit pris, de manière que l'esprit seul étoit retourné au sein de la divinité. Aussi nioit- il la résurrection de la chair; il n’admettoit au salut que les âmes seules, et leur attribuoit une différence de sexe; en sorte que les corps mêmes n'en avoient de déterminés que par les âmes qui les animoient. Il donnoit pour des révélations dignes du plus religieux respect, les rêveries d’une fille nommée Philumène, qui se disoit inspirée par un ange, et que l’on croit avoir été possédée. Malgré cette association suspecte, il évita ou cacha si bien tout ce qui en pouvcit résulter au préjudice de ses mœurs, que Rhodon, docteur catholique, qui confondit ses erreurs, le traite de vieillard vénérable par son âge et par sa manière de vivre. Ce docteur orthodoxe nomme encore Potius et Basilique, qui admettoient deux principes, à l'exemple de Marcion, et Syneros, qui en admettoit jusqu'à trois. Un jour que Rhodon poussoit plus vivement la dispute contre Apelles, ce malheureux vieillard, trouvant qu'il étoit trop tard pour changer, fut réduit à dire qu'il ne faut point examiner la religion ; que chacun doit persister dans celle qu'il a une fois embrassée; et que tous ceux qui auront mis leur espérance en Jésus crucifié, et qui auront opéré le bien, seront sauvés. Pour en revenir à Marcion , il ne mettoit que trop bien à

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192 (AN 166.) HISTOIRE exécution ses menaces contre l'Eglise, quand saint Polycarps se rendit à Rome. Ces docteurs si différents s’y étant un jour

rencontrés face à face, l'hérétique demanda au saint s’il le

“ounoissoit. Oui, lui répondit-il, je te connois pour le fils aîné de Satan 1. Polycarpe avoit tant de zèle pour la foi de l'Eglise, que, quand il entendoit quelque propos contraire, il avoit

coutume de se boucher les oreilles, en se retirant avec préci-

pitation et en s'écriant : À quel temps, Ô mon Dieu ! m'avezvous réservé ? Valentin se trouvoit à Rome en même temps que Marcion ; et l'autorité du saint évêque de Smyrne ramena au sein de la catholicité une foule de personnes que ces deux sectaires avoient perverties, Ils feignirent même d'abjurer leurs erreurs, et furent reçus dans l'Eglise romaine, jusqu'à ce que, manifestant leur hypocrisie, ils s'en firent chasser sans retour.

On conçoit, par ce crédit et ces œuvres de saint Polycarpe, combien les fidèles étoient fondés à le regarder comme l’une des principales colonnes de la religion qu'ils haïssoier IL

uitta Rome dès que sa présence cessa d'y être nécessaire à l'Eglise universelle, et il se trouva à Smyrne lorsqu'on y amena plusieurs chrétiens du voisinage pour les tourmenter. Ils le furent si cruellement, qu'ils excitèrent d'abord la pitié d’un bon nombre d'idolâtres. On les flagella avec tant de barbarie qu'on découvroit tout le tissu de leurs veines et de leurs artères. Après quoi on les étendit nus et sanglants sur des coquilles pointues. Mais enfin la honte d'une atrocité dont chaque spectateur se rendoit complice, changea tous les autres sentiments en dépit et en fureur, et alors l'assemblée demanda unanimement la mort du chef des chrétiens.

Le proconsul Quadrat donna des ordres pour chercher Polycarpe; mais les fidèles qui s’y attendoient, avoient fait retirer l'évêque à la campagne, presque malgré lui : car rien ne l'intéressoit plus dans le monde que le soin de son Eglise. Dieu lui fit connoître ce qui devoit lui arriver; et trois jours avant qu'il fût pris, il dit aux disciples qui l'accompagnoient qu'il consommeroit son sacrifice par le feu. Un vendredi soir, des cavaliers armés qui le cherchoient, se susirent d'un jeune

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DE L'ÉGLISE. (AN 166.) 193 homme instruit du lieu de sa retraite, et ils le forcèrent par jes tortures à les y conduire. On y arriva fort tard. Le saint éloit déjà couché. T'outefois il fut encore éveillé à temps pour se retirer dans un autre endroit. Mais croyant au-dessous de lui de défendre ainsi le terrain, et que le Seigneur vouloit au contraire qu'il marquât un détachement exemplaire dela vie: Que la volonté de Dieu soi’ faite, dit-il en se levant pour aller au devant de ceux quile poursuivoient. Ces émissaires, touchés de son âge vénérable et de la douceur avec laquelle il leur parla, se disoient avec étonnement : C'étoit bien la peine de venir en force et de tant courir pour arrêter ce bon vieillard. Il leur fit servir à souper; et pendant qu'ils mangeoient il ne s'occupa que de la prière.

On le mit sur un âne pour le conduire à la ville, Chemin faisant, il rencontra un magistrat de Smyrne, nommé Hérode, qui le connoissant particulièrement, le prit dans son char, tâcha de l'engager à sacrifier, et à lui faire nommer l'empereur du nom sacré de Seigneur. Polycarpe fut quelque temps à délibérer, non sur la proposition de sacrifier, qu'il ne put ouir sans horreur mais sur le genre d'honneur, qu'on lui vouloit faire rendre à César. Il répondit enfin : « Je ne saurois faire ce que vous me conseillez » ; voyant qu'on prenoit le nom de Seigneur dans le sens qui ne convient qu'à l'Etre suprême, non comme un hommage des sujets envers leurs princes , et dont les chrétiens ne s'étoient jamais départis. À cette réponse inattendue, le magistrat changea sa bienveillance en une dureté brutale , fit descendre l'évêque de sa voiture avec tant de précipitation que le saint se blessa à la jambe ; ce qui ne l'empécha pas de suivre gaiement ses gardes qui le menèrent droit à l'amphithéâtre. Plusieurs témoins assurèrent depuis que, lorsqu'il entra, ils entendirent proférer ces mots par une voix céleste : Polycarpe , ne te démens pas.

Le proconsul à qui on le présenta lui dit du tribunal où il étoit assis, de ne pas se perdre imprudemment lui-même , dans un âge qui devoit avoir la sagesse en partage; puis il lui ordonna de jurer par la fortune de Césur, et de crier avec la multitude : Qu'on Ôte les impies , c'est-à-dire, les chrétiens, dont on prétendoit aivsi lui ire abjurer la doctrine. Le saint,

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au contraire, regardant d’un œil sévère le peuple idolitre , et le montrant de la main, s'écria, les yeux levés au ciel : Otez ces impies. Le proconsul irrité dit : Jure au plus tôt, et maudis ton Christ. Le saint répondit en souriant : Ïl y a quatre-vingtsix ans que je sers ce bonmaître, et n’en recois que des faveurs; quelle odieuse ingratitude ne seroit-ce pas de le blasphémer avec vous! Et pourquoi vous fatiguer plus lang-temps par des soins inutiles? Vous feignez d'ignorer qui je suis. Je vous le déclare hautement : Je suis chrétién. Que si vous voulez savoir quelles sont lesmaximes des chrétiens, donnez-m'’en le temps, et je vous épargnerai la honte d'opprimer des vertus que vous devez révérer. Le proconsul lui dit : Calme plutôt ce peuple, et le persuade. Le saint répliqua : Notre religion nous apprend à rendre surterre aux puissances établies de Dieu les déférences et les services qui dépendent de nous. Quant à ce peuple, la fureur qui le met hors d'état de profiter de ce que je lui dirois, le rend indigne de m'entendre. Le proconsul, voulant faire montre de son pouvoir , le menaça des bêtes féroces et du feu : ce qui ne servit qu'à donner plus d'éclat à la gloire comme au courage du martyr.

Peu après, le crieur public dit par trois fois; Polycarpe a confessé qu'il étoit chrétien. Toute la multitude, composée de païens et de Juifs, répondit en tumulte : C'est le père des chrétiens, l'ennemi de nos dieux, le suborneur de l'Asie; qu'on le livre aux bêtes. Mais celui qui avoit la police de la religion, dont les spectacles faisoient partie, représentoit que cela ne se pouvoit, les jeux venant de finir. Ils s’écrièrent donc qu'il le falloit brûler vif. En même temps ils coururent chercher du bois et des sarments, dans les bains et sur les chantiers, Les Fuifs, à leur ordinaire , marquèrent plus d'empressement que les idolâtres. En peu de moments le bûcher se trouva prêt. Polycarpe ôta sa ceinture et ses principaux vêtements. On le

” vouloit attacher, suivant l’usage, avec des chaînes et des cram-

pons : il leur fit entendre que la précaution étoit inutile, et l'on se contenta de lui lier les mains derrière le dos. Dieu toutpuissant, s’écria-t-il en regardant le ciel, Père de Jésus- Christ, notre Seigneur, par qui nous avons reçu le don de votre connoissance el de votre amour, je vous rends grâce de

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ce que vous m'avez fait arriver à ce jour el à celte heure fortunée , où je dois participer au calice d'amertume de votre Fils, et au sort de vos martyrs qui se laissent dépouiller d'une vie périssable pour ressusciter à la vie éternelle, Accomplissez aujourd'hui ce que vous avez préordonné, et que je sois admis avec eux au pied de votre trône. Il achevoit de parler, quand on alluma le bûcher. Les flammes formèrent comme une voûte autour de lui, sans le toucher, et il s’exhala du feu une odeur semblable à celle de l’encens et des plus doux parfums. Les spectateurs restoient dans l'admiration , en observant la différente manière de mourir des chrétiens et des malfaiteurs. Gependant on fit donner au martyr uni coup d'épée au travers du corps; et le sang jaillit avec tant d’abondance, qu'il éteignit le feu qui l'entouroit.

Nous tenons toutes ces circonstances d'une lettre écrite par l'église de Smyrne à celle de Philadelphie en Phrygie. Elle ajoute que les infidèles ne permirent pas d'emporter le corps du saint; mais que le centenier chargé de présider à l'exécution le fit consumer après sa mort, de peur que les chrétiens ne l'adorassent au lieu de Jésus-Christ. Insensés qu'ils étoient, ajoute l’auteur de cette lettre, de ne pas concevoir, que si nous adorons Jésus-Christ, c'est uniquement parce qu'il est Fils de Dieu; et que nous donnons simplement aux martyrs des marques d'amour et de révérence , à cause de leur qualité d'imitateurs et d'amis de Jésus-Christ, T'el étoit dès lors le sentiment de l'Eglise sur les honneurs rendus aux martyrs et à leurs reliques, également éloigné de l'irrévérence et de la superstition. Le nom de saint Polycarpe doit être d'autant plus cher à l'Eglise de France, qu'elle lui est originairement redevable de la foi qu'il envoya prêcher dans les Gaules por saint Pothin, saint Irénée, et quelques autres de ses disciples.

Il nous reste une épttre de cet illustre martyr , adressée aux chrétiens de Philippes, à laquelle saint lrénée rend témoignage dans son troisième livre contre les hérésies. Elle leur fut écrite, comme on l’a vu en son lieu , à l’occasion de saint Ignace d'Antioche , qui avoit passé chez eux en allant à Rome pour y consommer son martyre, et dont Polycarpe leur de-

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196 (AN 166.) HISTOIRE mandoit des nouvelles, comme à des hôtes plus à portée d'en savoir. Mais ce récit n'occupe que la moindre partie de l’épitre. À limitation des écrits des apôtres et de tous les grands hommes de ces temps sacrés, elle contient des instructions étendues pour tous les fidèles parcourt tous Îles rangs et les états, pour apprendre à chacun ses devoirs; et à tous en générel , elle inspire la plus grande horreur des doctrines nouvelles , et des hérétiques qui dogmatisoient alors. On eut tant de respect pour cette pièce touchante qu’elle se lisoit encore publiquement dans les églises d'Asie, trois cents ans après. Un des plus célèbres martyres du nue règne fut celui de sainte Félicité, immolée avec ses sept fils, comme autrefois sainte Symphorose. Plusieurs monuments portent qu'elle souffrit sous l'empire d'Antonin. Mais il faut observer que les anciens donnent souvent à Marc-Aurèle lenom d'Antonin qui l’avoit adopté. Félicité, dame de marque dans la ville de Rome, devint veuve, et consacra sa viduité au Seigneur, ne s’occupant que de sa sanctification et de celle de sa nombreuse famille. Cette conduite édifioit autant les fidèles qu'elle irri-

toit les prêtres du paganisme. Ceux-ci se soulevèrent contre :

les chrétiens, et persuadèrent à l’empereur que les dieux se trouvant offensés de la décadence de leur culte, il falloit, pour les fléchir et récupérer leurs anciennes faveurs, obliger les chrétiens célèbres, tels que Félicité, à leur offrir des sacrifices.

Le soin de cette affaire fut coramis à Publius, préfet de la ville. T1 employa sans succès la douceur et les menaces. L'esprit de Dieu , répondit la sainte, me rend supérieure à la séduction; vous ne me vaincrez pas ‘tandis que je respirerai ; et si vous m'ôtez la vie, la victoire que je remporterai en mourant, me sera encore plus avantageuse. Le lendemain le préfet parut sur son tribunal, dans la place de Mars. Il fit amener Félicité avec ses enfants, et lui dit en leur présence d'avoir au moins pitié d'eux, si sa propre vie lui étoit indifférente. Elle répondit : La compassion à laquelle vous me por-

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ses enfants , et de la main leur montrant les cicux : Regardez là haut, leur dit-elle, c’est là que Jésus-Christ vous attend

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DE L'EGLISE. (AN 166 ) 197 avec sos saints qui nous en ont tracé la route. Montrez-vous fidèles à ce rémunérateur magnifique, et combatlez avec un courage digne du prix qui vous est proposé.

Le préfet la fit souffleter , en lui reprochant sa témérité. Ii appela ses sept fils l'un après l’autre ; ét tous ayant confessé la foi avec la plus héroïque assurance , on les condamna à divers genres de mort. L’aîné fut fouetté cruellement, jusqu'à ce qu'il expirât sous les coups. On assomma les deux suivants à coups de bâtons. Te quatrième fut précipité d'un lieu élevé. Les trois autres ex: "ent la tête tranchée avec leur mire, qu'on exécuta la dernière, pour faire éprouver à sa tendresse les douleurs de tous ses enfants.

Les saints Ptolomée et Lucius furent martyrisés sous le même règne. Ptolomée avoit converti à Rome une femme dont le mari croupissoit dans la plus infâme débauche, et pour qui elle avoit eu souvent de criminelles complaisances. Cette femme faisant enfin de sérieuses réflexions, et ne pouvant ni corriger son époux, ni le réduire à ne rien exiger d'elle de contraire à sa conscience , elle se crut obligée de s’en séparer, et lui dénonça le divorce conformément aux lois romaines. Le mari, furieux, l’accusa de christianisme par-devant l'empereur. Elle présenta requête, demanda en premier lieu de régler ses affaires domestiques, promit de répondre ensuite à l'accusation. Cet homme, irrité. du délai, tourna son dépit contre Ptolomée, et le traduisit comme un chrétien zélateur au tribunal d'Urbicius, qui le fit aussitôt arrêter par un centurion. Impatient dans sa vengeance , l'accusateur engagea cet officier à demander simplement à Ptolomée s'il étoit chrétien. 1! connoissoit, par sa femme, la candeur ct la sincérité des fidèles, principalement sur cet article; et il ne trouva point de moyen plus facile que celui-ci, pour abréger les longueurs de ja procédure.

En effet, Ptolomée confessa sans détour. I] fut aussitôt jeté dans une rigoureuse prison, où il souffrit néanmoins trèslong-temps avant que le préfet portât la sentence capitale. Comme on conduisoit enfin le martyr au supplice, un autre chrétien, nommé Lucius, qu'on présumc d'un rang ainsi que d'un nom distingué, demanda au magistrat pourquoi il faisoit

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