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périr un homme qui n'étoit convaincu d'aucune action punissable selon les lois, mais seulement d'être chrétien; d'autant que cette rigueur s'écartoit des principes d'humanité de plusieurs empereurs qui s’en étoient expliqués. Il paroît, dit pour toute réponse l'arrogant Urbicius, que tu es aussi de cette secte; et Lucius ayant courageusement avoué qu'il étoit chrétien, fut sur-le-champ, et sans autre forme de justice, condamné à perdre la vie. Il survint un troisième chrétien, dont le nom n'est pas connu, et qui fut proscrit de la même manière.
Saint Justin étoit à Rome, où ilavoit même établi sa demeure, Il fut indigné d’un abus d'autorité si criant, puisqu'il étoit formellement défendu de dénoncer.un chrétien, précisément pour être chrétien, et qu'il étoit même ordonné d'en puuir les délateurs. C’est pourquoi il composa une seconde apologie, qu'iladressa aux empereurs Marc-Aurèle et Luce- Vère, au sénat et au peuple romain. Mais ils’ efforça sans succès de lever les vieux préjugés, et de disculper les assemblées chrétiennes des horreurs dont on les flétrissoit, I] demanda qu'au moins on Jaissât parvenir la vérité à la connoissance du public, et qu'on ne fit pas un crime à de malheureux accusés de prouver leur innocence. Ce qui fait croire que l'empereur avoit défendu la lecture, non-seulement des Ecritures saintes, mais de tous les écrits des fidèles en faveur de leur religion. Notre doctrine, dit Justin, n’a rien qui doive ainsi la faire proscrire. Elle est bien différente des leçons d'Epicure, de Sotade, de Philénis, et d’autres semblables documents, dont la lecture est permise à tout le monde. Philénis, dont il est ici question, passoit pour l'auteur d'un ouvrage de détails sur tous les raffinements d'impudicité dans le commerce des femmes, Les poésies de Sotade étoient un répertoire d’infamie, dans un genre encore plus honteux.
La seconde apologie n'eut pas, à beaucoup près, le succès de la première. Marc-Aurèle avoit un foible étonnant pour les philosophes de sa religion, hypocrites habiles qui abusoient de sa confiance pour assouvir leurs passions particulières. Crescent le Cynique étoit le plus irritécontre Justin. Us avoient eu ensemble une conférence, où l'orgueil du cynique n'eut pas
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lieu d’être satisfait. Le saint docteur en sentit d’abord toutes les conséquences, puisqu'il annonça que Crescent lui procureroit la mort. Ma: sien ne put l'empêcher de rendre témoignage aux vérités du salut. Il fut en effet dénoncé, et avec lui on arrêta plusieurs chrétiens, ses disciples ou ses coopérateurs.
Rustique, alors préfet de Rome, les fit comparoître au pied du tribunal , et les somma d'obéir aux ordres du souverain, en adorant les dieux. Justin prit la parole, et répondit qu’on n'étoit pas répréhensible pour obéir au Seigneur Jésus, À quel genre de science vous appliquez-vous, demanda Rustique, qui lui voyoit le manteau et tout l'extérieur des philosophes ? Justin répondit : J'ai long-temps cherché la vérité dans toutes les sectes philosophiques. À la fin je me suis mis au-dessus du préjugé qu’on avoit contre les chrétiens, et j'ai trouvé cette perle inestimable chez eux. Rustique s'écria : Quoi ! misérable, vous faites estime et profession de cette doctrine? Justin dit : Ce n'est point être philosophe que de ne pas s'attacher à la vérité partout où on la découvre. Le préfet lui demanda en quel lieu les chrétiens s'assembloient. Le saint indiqua sa demeure particulière. Mais à l'ordre d'un magistrat qui abusoit de son pouvoir contre le ciel d'où il émanoit , il ne crut pas devoir marquer tous les lieux d’assemblée des fidèles. Faisant donc diversion , et répondant au préfet en l'interrogeant lui mêue : Imaginez-vous, lui dit-il, que nous nous assemblions toujours au même endroit? Notre Dieu n’est renfermé dans aucun lieu particulier. 1l est immense, quoiqu'invisible : et comme il remplit toute l'étendue du ciel et de la terre, nous lui rendons en tout lieu l'honneur qui lui est dû, Enfin, ajouta Rustique, vous êtes donc chrétien; Justin repondit : Oui, je le suis. Incontinent le préfet interrogea les compagnons du saint confesseur, Cariton , Hiérax, Péon, Evelpiste, Libérien , et une femme qui s'appeloit Caritine. Chacun d'eux subit son interrogatoire particulier , et confessa la foi chrétienne avec la même intrépidité.
Le magistrat revenant encore à leur chef : Vous Justin, lui dit-il, vous qui avez de la pénétration et l'esprit versé dans la philosophie, vous vous figurez donc qu'après avoir passé par
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