‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 79 sur 159 · RE RE · texte numérisé non relu

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200 . (AN 177.) HISTOIRE les tourments, vous monterez au ciel, et y trouverez le dé-

dommagement de ce que vous aurez perdu sur la terre? Ce

n'est point une imagination , dit Justin ; mais je le sais d’une science si certaine, qu'elle exclut toute ombre de doute. Rustique dit : Laïssons là toutes ces illusions, et venons au fait. Sacrifiez aux dieux, tous tant que vous êtes, ou je vous fais expirer dans les supplices. Tous répondirent : Hâtez-vous d'en venir à l'exécution : nous sommes chrétiens, nous ne sacrifierons point aux idoles, et nous ne souhaitons rien avec tant d'ardeur que de souffrir pour le nom de Jésus-Christ. Le préfet dit enfin : Que ceux qui ont refusé de sacrifier aux

dieux soient battus de verges, puis décapités. Les . saints

martyrs bénirent Dieu de cette faveur ; et la sentence fut exécutée à la lettre sur Justin même, quoique citoyen romain.

Il nous reste des écrits de saint Justin, outre ses deux apologies de la religion, la seconde partie de son traité de l'unité de Dieu, intitulé la Monarchic; deux discours pour engager les Gentils à embrasser le christianisme, et presque tout son dialogue intéressant avec le Juif Tryphon. C’est un traité de controverse contre les Juifs, où il est à remarquer que, selon son auteur, les ébsétrancéé légales n’étoient pas encore univeréellement rejetées, comme nuisibles au salut, quand il le composa, € ‘est-à-dire, peu après sa première apologie , sous l'empire d'Antonin. L' authenticité des autres ouvrages qui portent le nom de saint Justin, est justement suspecte, même de la lettre à Diognète, qui ten est ni moins belle, ni moins utile à la religion, et qui paroît encore antérieure aux écrits de ce saint docteur.

On peut regarder néanmoins saint Justin comme le prenrier ou le plus ancien des Pères de l'Eglise, après les disciples du Sauveur et des apôtres. Quoiqu'il eût donné beaucoup de temps à la philosophie profane, il parle de nos mystères avec une exactitude remarquable entre les auteurs de cette première antiquité ; et il entend bien les Ecritures, excepté ce qui concerne le règne du Messie, qu’il prend dans le sens de ces mil- Jénaires , qui ne favorisoient point la corruption des mœurs. Il donne aussi dans de fausses opinions sur la nature des anges et des démons. Par rapport au mystère de la Trinité, il use

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DE L'EGLISE. (AN 167.) 201 d'expressions qui paroissent singulières. En observant néanmoins la suite des choses avec attention, on reconnoit quil n’a prétendu que revêtir de termes philosophiques la doctrine que l'Eglise a constamment enseignée. Ce pieux ct solide écrivain néglige assez habituellement les ornements et l’élégance de la diction ; mais il ravit ses lecteurs par l'éclat de la lumière , avec lequel il leur présente la vérité. Ainsi, quoique extrêmement persuasifs , pleins de force et d'instruction ,ses discours sont bien plus marqués au coin du philosophe qu'à celui de l’orateur. Il paroît avoir eu peur de corrompre la beauté simple et naturelle de la philosophie, par des couleurs empruntées de la réthorique. Son caractère propre est une science profonde des matières philosophiques, avec une vaste érudition , et une ample connoissance de toutes sortes d'histoires. Comme, depuis son baptême surtout, il avoit beaucoup plus étudié les maximes des prophètes, suivant l'expression de saint Basile, que les préceptes d’Isocrate ou de Démosthène; il se re:contre souvent dans son style un certain genre de digressions et des endroits rompus, qui demandent une grande application pour être bien saisis.

Mais tandis que ces talents supérieurs donnoient à l'univers un spectacle aussi édifiant, l’ostentation fournit un exemple bien étrange de l'excès où elle peut se porter. Un homme singulier, s’il en fut jamais, Pérégrin, en poussa l’extravagance jusqu'à se brûler publiquement aux jeux olympiques". Né à Parium dans la Troade, il en avoit été banni pour cause d'adultère, et pour d’autres crimes encore plus infâmes. On dit encore qu'il avoit étouffé son père, qui à son gré vivoit trop long-temps. Cherchant un endroit où son déshonneur n'eût pas pénétré, il alla en Palestine, se fit chrétien, et se déguisa si habilement, qu'il parvint aux places même de confiance parmi les fidèles. Sa réputation le fit emprisonner pour la foi, et il soutint parfaitement cette épreuve. Les frères le visitoient , passoient les nuits avec lui, ct lui faisoient trouver l'abondance dans les prisons. Quelques églises d'Asie envoyèrent des députés pour le consoler ct lui fournir de nouveaux

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