‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 8 sur 159 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

la matière. Les premiers prédicateurs de l'Evangile, et leurs dignes successeurs , cette nuée de généreux témoins qui signoient leurs témoignages de leur sang , et qui lui donnoïient par là tant d'énercie; comment peindre tous leurs combats, si ce n’est dans un tableau consacré à ce seul objet, ct assez étendu pour y ménager à chacun de ces héros un champ suffisant ? Donner une narration circonstanciée de tous leurs travaux, de toutes leurs tortures, avec les interrogatoires et les réponses copiés dans toute leur longueur, c’est faire l'histoire particulière de ces martyrs, plutôt que l'Histoire générale de l'Eglise ; c'est courir le risque de rebuter une multitude de lecteurs , dès l'ouverture de la carrière où ces longueurs se rencontrent.

Nous n’aurons garde cependant de tromper la pieuse attente des fidèles. Nous fournirons même une ample matière à cette partie de l'édification, en rapportant des actes originaux tout ce que le goût et la piété en désirent. Pour satisfaire jusqu'à la curiosité, .concernant un objet aussi saint que la cause des premiers défenseurs du christianisme , nous donnerons la traduction littérale d’un bon nombre, et de tous les plus beaux traits de ces actes.

. Nous en userons de même par rapport aux canons des conciles, aux règlements des premiers pasteurs, et aux œuvres des Pères. T'out est infiniment précieux dans les monuments des premiers siècles , auxquels on en appellera toujours, comme aux années les plus heureuses de l'Eglise : ces écrits inestimables font véritablement partie, et peut-être la partie capitale de son histoire , puisque ses lois fondamentales s’y trouvent consignées , qu'ils en font connoître les aoutumes, les mœurs originales et le caractère ; c'est-à-dire ce qu'il y a de plus essentiel dans notre objet, à n’en juger même que par analogie avec l'histoire de quelque peuple que ce soit. Mais prévenu que l'excès est principalement à craindre dans les choses les meilleures de leur nature, nous userons encore ici de sobriéte : procédé d'autant plus convenable, que, pour acquérir la vraie science des Pères et des conciles , le secret unique est de puiser infatigablement dans les sources, et qu'en ce genre la présomption qu'inspirent les extraits et les analyses, est plus dangereuse qu'en tout autre. Ainsi, loin d'offrir à tout propos des morceaux détachés d'érudition , nous lierons au corps de l'histoire tout ce qu'il est à propos d'extraire des Pères et des conciles, de tous les dépôts de ce genre. Nous apporterons une attention toute particulière à discerner, à rédiger, à presser, à n'entasser jamais les pièces de même marque , à donner, autant qu'il est possible, un air aisé à cette

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PRÉFACE. xXTL1 partie doctrinale de l'ouvrage. Par ce moyen, nous pourrons reduire la collection de tant de choses précieuses à de justes bornes, qui, sans rebuter aucun lecteur, seront suffisantes pour instruire ceux à qui nous prétendons particulièrement être utiles.

Nous nous resserrerons beaucoup plus encore, pour le second âge, qui comprend néanmoins cinq siècles, à compter depuis le sixième , le dernier qu'on puisse rapporter au bel âge de l'Eglise. Mais que serviroit de s’appesantir sur bien des espaces ténébreux, où, par une prolixité et des répétitions qui semblent affectées, quelques écrivains renommés font des impressions désavantageuses à l'Eglise dans les esprits foibles, et laissent à la plupart des lecteurs de vraies tentations à combattre ? On a peine, quand on y réfléchit, à ne pas savoir mauvais gré à ces auteurs d'avoir chargé de tant d'ombres le tableau de cet âge : temps nébuleux à la vérité, mais, par comparaison, comme on ne sauroit trop l'inculquer, avec des temps plus heureux , et dans lequel l'épouse de Jésus-Christ ne fut pas moins sûrement guidée par l'Esprit saint, que dans ses jours les plus sereins et les plus brillants. C’est même à travers ces ténèbres, que la direction céleste est, à quelques égards , le plus sensiblement marquée. Voilà ce que nous ferons sentir en toute rencontre, sans manquer nulle part à la sincérité que l'histoire exige. Nous savons qu'elle n’est point un panégyrique, et que nous n'avons pas à faire l'éloge de l'Eglise, quoiqu'elle n'ait rien qui n'en soit digne, ni des grands hommes où des saints personnages qui ont le mieux mérité d'elle, et qui mêlent toujours aux dons parfaits d’en-haut quelques imperfections de l'humanité. Nous ne flatterons pas les portraits des premiers princes que la foi se glorifie d'avoir soumis à son joug, moins encore ceux de leurs favoris ou de leurs adulateurs. Nous laisserons voir le monstrueux mélange des idées de religion, et quelquefois des pratiques de piété, avec l'ambition romaine, avec la férocité des nations septentrionales , avec la corruption, la perfidie, la sacrilége hypocrisie des Grecs.

Depuis l'invasion des Barbares , et surtout des Musulmans, sous l'oppression où ils tinrent pendant plusieurs siècles des régions entières, toutes peuplées de chrétiens, l'instruction fut gênée, le culte sans éclat ; le don de ia parole et l'art du raisonnement se ressentirent au loin de la grossièreté des dominateurs. Les docteurs, les pasteurs prirent le goût d'une éloquence dégradée; et, à leur manière de traiter les sciences mêmes du sanctuaire, ils firent assez connoître l'étrange décadence de tous les talents naturels. Les règnes brillants de quelques princes chrétiens , tels que Charlemagne, re-

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