‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 81 sur 159 · #3;- L'AFT AE · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (AN 177.) 215 moindre attouchement, ils l’appliquèrent à de nouvelles tortures; se flattant, ou qu'il succomberoit à la fin, ou qu'au moins il intimideroit ses compagnons en expirant dans les douleurs. Mais, par un effet sensihle de la divine puissance, ces nouveaux tourments servirent de remède aux premiers , et son corps parut entièrement guéri. 1ls attaquèrent ensuite des sujets plus aisés à vaincre.

Entre ceux qui avoient renoncé à la foi, il y avoit une femme nomméeBiblis. On ne doutoit point que les douleurs de l1 question ne l’engageassent à charger les frères qu’elle abandonnoit, des erimes qu’on leur vouloit trouver. Elles servirent au contraire à li rappeler le souvenir des peines éternelles, et elle s'écria : Comment peut-il se faire que ces gens mangent leurs enfants propres, puisque l'horreur extrême qu'ils ont de la eruauté ne leur permet pas seulement de manger le sang des animaux? Ayant ensuite protesté que la seule crainte avoit causé sa ehute , et qu'elle ne cesseroit plus de se dire chrétienne, elle fut remise avec les martyrs. Alors tous furent jetés dans un cachot affreux, qui seul égaloit tout ce qu’ils avoient encore souffert, et fit périr en effet ceux qui n’avoient pas été endurcis aux souffrances par les tortures.

Cependant on se saisit du saint évêque Pothin , âgé de plus de quatre-vingts ans , et alors malade. IL étoit si foible, qu'il fallut le porter au tribunal. Le président lui demanda ce que c’étoit que le Dieu des chrétiens. À cette question insultante, Je vénérable vieillard répondit : Si vous en êtes digne, vous le connoîtrez. Il fut accablé tumultuairement de coups et d’injures. On le tira demi-mort des mains de ces furieux, et on le mit en prison, où il expira deux jours après.

Mature, Sancte, Attale et Blandine furent condamnés aux bêtes ; et pour cela on donna un spectaele tout exprès. Sancte et Mature servirent, durant toute une journée, d’amusement aux spectateurs. On commença par les faire passer successivement par toutes sortes de tortures ; on les déchira de verges; on les exposa aux bêtes, qui ne parurent point assez furieuses ; on les abandonna à une populace féroce, qui les fit asseoir dans une chaise de fer rougie au feu, et passer par tous les jeux barbares qu'elle inventoit dans les caprices de sa cruauté.

216 ÇAn 157.) HISTOIRE

Comme on vit aprés tout cela qu'ils respiroient encore, on les égorgea dans ampbithéâtre, Blandine fut suspendue à un poteau, et ainsi exposée à la voracité des animaux. Mais aucun ne | ayant touchée, on la réserva pour un autre jour. Au moment qu’on alloit faire combattre Attale, le président apprit qu'il: étoit citoyen romain. Il le fit conduire en prison, et il écrivit à Marc-Aurèle au sujet de tous ces confesseurs , donnant à leur affaire la face qu'il jugeoit à propos.

Les saints prisonniers usèrent du temps pour convertir les apostats , et ils y réussirent presque pour tous. Leur zèle ne se borna point là : ils écrivirent aux chrétiens d'Asie, d’où plusieurs d'entr'eux étoient originaires , et tâchèrent d leur inspirer pour l'hérésie de l'hypocrite Montan , qui y faisoit de grands ravages, l'horreur extrême qu'en avoient les fidèles de (raule. Ils écrivirent aussi au pape saint Eleuthère , afin de l'engager plus efficacement à pacifier les provinces asiatiques. Le prêtre Irénée, qui jouissoit déjà de la plus haute estime, fut chargé de porter les lettres.

Dans cet intervalle, le gouverneur ou président reçut la réponse de l'empereur, au sujet des prisonniers détenus pour cause de religion. Elle ordonnoit de mettre en liberté ceux qui renieroient la foi, et de faire mourir tous ceux qui persisteroient à la confesser. En conséquence, on interrogea de nouveau les accusés. Ils persévérèrent , et la sentence fut prononcée. Elle condamnoit les uns, comme citoyens romains, à avoir la tête tranchée, les autres, à être dévorés par les bêtes. Durant l’interrogatoire, un médecin , nommé Alexandre, qui s'étoit placé près du tribunal,encourageoit les confesseurs par des signes éloquents et animés. Le peuple s’en aperçut et le dénonça. Le président lui demanda quelle religion il professoit : il confessa qu'il étoit chrétien, et fut sur-le-champ condamné aux bêtes. Le lendemain on le conduisit à l’amphithéâtre avec Attale, que le juge inique, pour flatter le peuple par la qualité de la victime, condamna à la même peine, quoique très-bien connu pour citoyen romain. Mais la haine qu'on avoit pour le nom chrétien, l'emportoit sur les formes et sur la déférence qu'on devoit à l’ordre récemment donné par César. Attale souffrit encore avec Alexandre les trurments qui servoient

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DE L'ÉGLISE. (AN 179.) 217 comme de prélude en pareillerencontre. On ne lui fit grâce de rien, après tout ce qu'il avoit précédemment enduré. Enfin tous deux furent égorgés.

Chaque jour d'exécution l'on avoit conduit à l'amphitlikâtre la jeune Blandine, et un chrétien nommé Pontique, âgé de quinze ans seulement, afin de les intimider. Le dernier jour ils devinrent eux-mêmes l'objet du spectacle. D'abord on les pressa de nommer avec honneur les dieux des païens : ee qu'ils refusèrent avec mépris. On les appliqua aussitôt après à toutes Jes tortures, et on leur proposa pour la seconde fois d’attester ou d’invoquer le nom des dieux. Leur constance demeura invincible. Pontique consomma le premier son sacrilice, encouragé jusqu'au dernier soupir par son héroïque comp:gne. Après que celle-ci eut enduré les fouets et la chaise de fe, on l'enferma dans un filet, et on la présenta à un taureau furieux qui la secoua long-temps; mais elle parut int:sble, et on l'égorgea. Les idoltres assuroient eux-mêmes «u'ils n'avoient jamais vu de femme souffrir avec cette constance. Leur haine ne fut point assouvie par la mort de tant de victimes. Ils en distribuèrent lés membres aux chiens, et gardèrent les restes nuit et jour, de peur qu'on. ne les inhumôât. Ils les brûlèrent enfin , et jetèrent les cendres dans le Rhône pour leur ôter, à ce qu'ils prétendoient , l'espérance même de la résurrection : ces martyrs étoient au nombre de quarante-huit.

On voit encore à Lyon les restes de l’amphithéâtre où ils combattirent, sur la montagne de Forvière qui tire son nom du latin forum vetus, Lyon étant aucunement bâti sur cette montagne. Ils furent nommés les martyrs d'Aisnay, parce qu'on jeta leurs cendres dans le Rhône, vers le lieu appelé pour lors Athénée , à cause des exercices de littérature qui s’y faisoient.

L'église de Lyon choisit le prêtre Irénée pour son évêque, aussitôt après la mort de saint Pothin. Il étoit né en Asie vers l'an 120. Ses parents le mirent, encore enfant, sous la conduite desaint Polycarpe. Ilreçutaussi des leçons de Papias, autre maître saint et célèbre, quoique l’un des principaux auteurs de l'opinion des millénaires qu’il communiqua à son disciple. Irénée cultiva encore ses dispositions supérieures , par l'étude des

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a18 (As 178) HISTOIRE

auteurs profanes , indispensable alors , soit pour combattre les païens par leurs propres armes, soit pour confondre les hérétiques qui faisoient grand usage des notions philosophiques. I] n'est pas élonnant que, par tant d'application, son esprit, naturellement vif et pénétrant, plein de force aussi-bien que de sagacité, lui ait mérité l'estime des plus grands docteurs de l'Eglise, particuliérement de saint Augustin, qui recouroit sans cesse à ses écrits contre les hérétiques. Avec un caractère marqué de modération, digne du nom de pacifique qu'il portoit, Irénée ne laissa pas de se rendre partout formidable aux ennemis de la foi, tant par ses paroles que par ses ouvrages. Mais jamais pasteur n'eut un plus grand besoin de si grands talents et de si grandes vertus. L'orage qui avoit désolé le troupeau dont il prenoit la conduite n’étoit qu'assoupi, et il recommença bientôt.

Deux jeunes hommes, Epipode de la ville même, et Alexandre ,Grec de nation, l’un et l’autre de naissance distinguée, illustrèrent de nouveau l'église de Lyon par leur martyre. Ils étoient liés entr'eux d'une étroite amitié, qu'ils avoient formée dans les écoles dès leur enfance, et que la ressemblance des vertus avoit toujours augmentée. Ils travaïllèrent aussi de concert à l'encouragement des confesseurs. À la fin, ils furent eux-mêmes dénoncés. Pleins de l'humilité évangélique, ils prirent la fuite, et allèrent se cacher dans la cabane d'une pauvre veuve, auprès de l'endroit nommé dès lors Pierre- Encise. On les trouva après de longues perquisitions, et on les présenta les mains liées au président. Ils confessèrent à l’envi le nom de Jésus-Christ. Le juge les fit séparer , et prit d'abord Epipode comme le plus jeune et le plus facile à gagner. Mais le magistrat idolâtre fut tellement confondu par les réponses de ce jeune chrétien, que cédant à une basse colèreil lui fit brutalement frapper la bouche à coups de poing. Epipode, en crachant ses dents mélées avec des flots de sang, fit sans cesse entendre ces paroles : Je confesse que Jésus-Christ est Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. Quoi de plus juste que de faire hommage de ma vie à celui qui m'en va rendre une meilleure ! On l'étendit sur le chevalet , et on lui déchira les flancs avec les ongles de fer. La populace forcenée trouvoit

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DE L'ÉGLISE. (AN 178) 21Q la cruauté des bourreaux trop lente, et d&.mandoit à grands cris qu'on lui abandonnät le saint jeune homme pour être mis en pièces. Le président lui fit trancher la tête.

Après un jour d'intervalle, il tira de prison Alexandre, et tenia vainement de l’effrayer par le souvenir de ce qu'avoient souffert les autres martyrs. On l’étendit sur le chevalet, et on le fit frapper par trois bourreaux, dont trois autres prenoient la place quand les premiers étoient fatigués : ce qui dura fort long-temps, sans qu'il lui échappât jamais un signe de foiblesse. Il fut enfin condamné à mourir en croix : mais il ne tarda point à rendre le dernier soupir. Son corps avoit été tellement déchiré par les tortures, qu'à travers ses côtes dé-

” pouillées de chair on lui voyoit les entrailles. Les saints Sé-

verin, Exupère et Félicien furent martyrisés à Vienne vers le même temps.

Marcel et Valérien s'étoient échappés, comme par miracle, des cachots de Lyon. Marcel se tint caché pendant quelque temps, sans néanmoins tenir son zèie oisif, et l'exerçant toujours en secret. Mais ayant trouvé une occasion de le faire avec plus d'éclat, et s’en promettant un grand effet, il crut devoir s’écarter des règles de la circonspection ordinaire. Il aborda le président Prisque qu'il rencontra près de Châlons-sur-Saône , et il lui parla fortement en faveur du christianisme. Aussitôt il fut saisi et attaché à des branches d'arbres que l’on courba de force et qu'on lâcha ensuite, afin qu'en se rétablissant avec violence dans leur état naturel, elles lui arrachassent les membres. Cette invention barbare n'ayant pas eu tout l'effet qu'on en attendoit, on l'enterra vif jusqu'à la ceinture, et il mourut le troisième jour en cet état. De fréquents miracles ont rendu son culte fort solennel à Châlons , où, dans la suite, le roi Gontran bâtit un monastère en son honneur. Valérien fut pris à Tournus où, après les ongles de fer et d'autres tortures, il eut la tête tranchée.

Mais nul martyre n'eut plus d'éclat que celui d'un jeune homme d'Autun, appelé Symphorien. Il étoit d’une famille illustre et chrétienne qui lui avoit donné une éducation digne de sa naissance. Un jour que ses concitoyens étoient rassemblés pour célébrer la fête de Cybèle, il témoigna fort librement son

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220 (An 176.) HISTOIRE

aversion pour ce culte sacrilége. On l’arrêta sur-le-champ , et on le présenta au consulaire Héraclius qui avoit l'autorité judiciaire dans le canton. Il le fit comparoître, et lui demanda en premier lieu , selon l'usage, son nom et sa condition. Je m’appelle Symphorien, répondit -il, et je suis chrétien. Tu es chrétien, reprit le juge ! Et comment as-tu échappé jusqu'ici à nos recherches; car elles devroient avoir exterminé cette secte impie ? Mais pourquoi manques-tu de respect à la mère des dieux? Symphorien répondit : Je vous l'ai déjà dit, je suis chrétien, et n'adore que le seul vrai Dieu qui règne dans le ciel. Pour l'idole du démon , si vous le permettiez , je la mettrois sans balancer en poudre. Le juge dit : Ce n’est point assez pour celui-ci que le crime d’impicté ; il y veut joindre la rébellion. Que le greffier voie s’il a rang de citoyen. Le greffier dit : Il est de cette ville, et même d’une famille distinguée dans le corps de la noblesse, Le juge reprit : Jeune homme, tu t'en fais accroire à cause de ta naissance. Peut-être ignores-tu le contenu des ordonnancés de nos princes. Que le greffier en fasse la lecture, Le greffier lut le rescrit suivant : L'empereur Aurèle à tous ses officiers et gouverneurs : Nous avons appris que les dispositions des iois sont méprisées par ceux qui, de nos jours, se disent chrétiens. C'est pourquoi faites-les arrêter, et, s'ils ne sacrifient à nos dieux, qu'on les applique à diverses tortures; en sorte qu'ilssoient inexcusables en s'attirant par leur obstination le dernier châtiment, et qu'avec eux le mal tarisse dans sa source. Après cette lecture le juge ajouta : Qu'en penses-tu, Symphorien ? Pouvons-nous, quand nous le voudrions, déroger à des ordres si formels ? Ton arrogance te rend tout à la fois coupable et envers les dieux et envers l'empereur. Si tu ne prends le parti de te soumettre, on ne peut laver ce double crime que dans ton sang. Symphorien répondit: Je ne regarderai jamais cette statue que comme un simulacre diabolique, comme un instrument de l'enfer pour perdre les hommes. Vos :.enaces ne me feront point changer; je sais 7 qu'un chrétien dont le courage se dément seprécipite dans le plus funeste abîtme. Mais si notre Dieu a des châtiments terribles pour une pareille lâcheté, il n'a pas de moindres récompenses pour la persévérance et

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DE L'EGLISE. (AN 278.) 221 la vertu. Il m'est infiniment plus avantageux de lutter quelques moments contre l'orage, que de faire, comme vous me le conseillez, un triste naufrage à la vue du port. Le juge voyant la constance du jeune confesseur ordonna à ses licteurs de le frapper, puis l'envoya en prison.

On le ramena quelques jours après, et le juge lui dit : Symphorien, si tu veux aujourd'hui adorer la statue de Cybèle, et offrir de l’encens au grand Apollon et à Diane, tu recevras, avec une gratification du trésor public, un grade militaire digne de ta naissance, Prends enfin une résolution convenable : veux-tu qu'on orne l'autel pour le sacrifice? Symphorien répondit : En m'adressant ces promesses frivoles, c'est perdre un temps qui doit être précieux au magistrat chargé des affaires publiques. Le juge, sans paroïtre encore piqué, insista et dit : À une condition aussi facile et aussi juste que de sacrifier aux dieux, obtiens les honneurs du palais. Symphorien reprit : Qu'il est messéant au chef de la justice de se servir, pour corrompre la vertu, de l'autorité que la loi ne lui met en main que pour punir le crime? Nous devons tous rendre tôt ou tard nos vies à celui qui en est l’auteur; pourquoi n’offririonsnous pas, comme un don , à Dieu et à son Fils Jésus-Christ, ce qu'il faut indispensablement leur payer un jour comme une dette ? Vos faveurs nesont qu'un poison caché sous une amorce perfide. Le temps, ainsi qu'un torrent rapide, entraîne tous vos biens. Notre félicité au contraire est aussi sûre et aussi immuable que le Dieu suprême qui en est la source. L’'antiquité la plus reculée n'a pas vu le commencement de sa gloire, et la révolution des siècles à venir n’en amènera jamais la fin. Le juge lui dit encore : Jeune audacieux, il ya trop long-temps que j'ai la patience d'entendre les éloges de ton Christ. Enfin, si tu ne sacrifies à la mère des dieux, je te condamne aujourd hui à la mort, après t'avoir fait souffrir les plus horribles tourments. Symphorien dit : Je ne crains que le Dieu toutpuissant qui m a créé, et je n’adorerai que lui. Cette masse de chair et d'os est en votre pouvoir; mais non cette âme qui après la destruction de mon corps retournera à son origine. Considérez vous-même le culte honteux dont vous honorez vos idoles. Envisagez, de l'œil de la vertu et de la raison, le

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222 (AN 179.) HISTOIRE cérémonial infame, les gestes impurs de ces jeunes eunuques.

Ainsi faites-vous da libertinage un exercice de religion. Voyez

les transports fanatiques et toutes les extravagances de ces

corybantes. Qui ne sait que votre Apollon ne fût qu’un pâtre

rusé et dissolu de Thessalie; que ses couronnes de laurier

sont les monuments de sa lubricité ; que, par les artifices de la, friponnerie, il a su contrefaire le mugissement des bœufs et

la voix des démons ? Pour Diane, c’est évidemment le démon

du midi qui erre par les rues, par toutes les routes et les

forêts mêmes , pour dresser en tout lieu ses embûches; et c’est

de là qu’on l'appelle la déesse des carrefours.

Le juge interrompit ce discours avec emportement , et prononca la sentence en ces termes : Que lesacrilége Symphorien, si clairement convaincu, meure par le glaive, pour venger les dieux et les lois. Comme on le conduisoit hors de la ville pour l'exécution, sa mère, vraiment digne d'un. pareil fils, accourut sur le rempart de ce côté-là, et lui cria en le voyant passer : Lève les yeux au ciel, mon cher Symphorien , et rappelle-toi les promesses du Tout-Puissant : on te prive moins de la vie, qu'on ne te l'assure pour l'éternité. Après qu’on lui eut tranché la tête, les fidèles prirent leur moment , et enlevérent secrètement son corps, qu'ils enterrèrent près d’une fontaine voisine du lieu de l'exécution. Les miracles s’opérèrent en foule à son tombeau, et le rendirent des plus célèbres par toutes les Gaules.

Saint Symphorien avoit été instruit et baptisé par le prêtre saint Bénigne, qui avoit été disciple de saint Polycarpe, et qui étoit venu porter la foi en Occident avec Andoche, aussi prêtre, et le diacre Thyrse. Ils avoient passé quelques années à Autun, dont ils sont les premiers apôtres , et où Fauste, père de Symphorien, leur fit baptiser sa famille. Bénigne alla d'Autun à Langres, ensuite à Dijon; et ce fut dans cette dernière ville qu'il termina sa carrière apostolique par un trèslong martyre. Andoche et Thyrse furent pris à Saulieu avec un marchand nommé Félix, chez qui ils logeoient. Après plusieurs tourments , on les assomma à coups de bâtons. Sainte Pascasie, qui souffrit dans un âge avancé, avoit aussi reçu les leçons de saint Bénigne. Il y eut une infinité d'autres martyrs

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DE L'ÉGLISE. (AN 183.) 223 dont le sang fertilisa enfin cette terre, et prépara l'abor dante moisson que l'Eglise en recueillit bientôt : après.

Mais les hérétiques faisoient contre la pureté du christiapisme des efforts infiniment plus dangereux que les persécuteurs. Les nouveautés impies s'étoient répandues de l'Asie jusqu'au sein des Gaules, par les artifices d’une secte particulière de gnostiques, disciples d’un certain Marc qui l’avoit été de Valentin, et nommés pour cela marcosiens. Saint Irénée s’efforça de prémunir tous les fidèles contre la séduction.

IL écrivit une lettre intitulée du Schisme, à Blaste, prêtre de l'église romaine, déjà déposé avec Florin , pour avoir embrassé les erreurs nouvelles. Il composa de plus deux traités contre Florin ; le premier , de la Monarchie, c'est-à-dire, de l’unité du principe de toutes choses, ou d’un seul créateur, afin de montrer que Dieu n'est pas la cause du mal. Il y rappelle à Florin qu'ils avoient été ensemble disciples du grand Polycarpe, qui ne témoigna jamais que de l'horreur pour de telles nouveautés , inconnues à Jean l'évangéliste et à tous ceux qui avoient conversé avec le Seigneur. Le second traité est intitulé de l'Ogdoade, c'est-à-dire, des huit éones, qui faisoient le fond du système de Valentin. Le zélé docteur publia plusieurs autres écrits , qui ne sant pas venus jusqu ‘à nous; et il ne nous reste même que des fragments des premiers.

Mais ce qui nous console de tant de pertes, c'est son excellent ouvrage contre toutes les hérésies, quoiqu'on ne nous en ait conservé qu'une version latine, bien éloignée de l’élégance et de la délicatesse de l'original grec, que nous font si justement regretter quelques morceaux échappés en petit nombre au naufrage des temps. Cet ouvrage :r:stimable commence par retracer les visions des valentiniens. Après quoi il expose dans toute sa pureté la foi reçue des disciples immédiats du Sauveur : exposition qui n’est autre chose que le «ymbole des apôtres, dont pur-là on reconnaît la sainte antiquité, et dont le savant docteur assure que cha: ucarticleétoit cru i:: lors unanimement par toutes les églises de l'univers. Il oppose d'une façon lumineuse, l’unifonnité de cette foi aux variations innombrables des hérésies qui se sont élevées depuis Simon le Magicien jusqu'à Valentin et à ses sectateurs. Il réfute ensuite

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