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2372 (AN 180.) IISTUIRE
parce que rien ne lui manque. Il ne désire rien ici-bas, parce qu'il y est déjà uni, autant qu'il est possible, à l’objet de ses désirs. Ainsi le vrai gnostique, le chrétien parfait, tels que furent Pierre, Paul et les autres apôtres, est plus souvent libre des passions, qu’occupé à les réprimer. Les biens célestes, dont il se repaît par la contemplation, le rendent peu sensible aux plaisirs de la terre. Son esprit habite avec le Seigneur, quoique son corps soit arrêté dans ce monde. Il ne quitte pas Ja vie, parce qu'il ne doit point abandonner le poste où le maître l’a placé ; mais il use des choses nécessaires à sa conservation , précisément pour la conserver, et son corps subsiste des productions terrestres , sans que son âme ni ses affections en contractent la bassesse et la corruption.
Clément avoit encore fait un ouvrage, intitulé les Hypotyposes, dont ilnenous reste que peu de fragments. C’étoitune explication abrégée de toute l'Ecriture : plan fort utile sans doute, mais exécuté au jugement dePhotius,d'une manière à nous le faire moins regretter. On présume, ou qu ‘il avoit été corrompu par les hérétiques, ou du moins composé avant quel auteur fût bien instruit des vérités de la foi. Il faut aussi convenir que saint Clément fait partout un peu trop d'usage de la philosophie de son temps, à laquelle il s’étoit totalement livré dans sa jeunesse, Il avoit encore nourri ce goût dans l’école d'Alexandrie , où il s'étoit introduit avant lui, et où bientôt après il écarta de la simplicité de la foi, des savants si estimables d'ailleurs.
Plusieurs autres grands personnages édifioient l'Eglise du vivant même de saint Clément. Saint Narcisse , évêque de Jérusalem , fut calomnié sans pudeur , quoiqu'il passit pour un homme à miracles. Il étoit constant que l'huile ayant manqué aux lampes des lieux saints la veille de Pâques, il avoit par ses prières, converti en huile l’eau d'un puits voisin. Eusèbe alteste que, quand il écrivoit son histoire, on voyoit encore de cette huile, conservée par miracle, comme elie avoit été produite. Quelques ouailles vicieuses, que leur saint pasteur ne lassoit pas tranquilles dans leurs désordres, conspirérent ensemble , et l'accusèrent d’un péché honteux. Il y eut trois de ces imposteurs audacieux qui confirmèrent la calomnie par serment, el par de terribles imprécations contre eux-mêmes.
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Que les flammes me dévorent, dit le premier, si ce n'est la vérité que je soutiens. Le second se dévoua à la plus triste maladie , et le troisième à perdre la vue. Le peuple qui connoissoit la vertu de son saint prélat, n’ajouta nulle croyance aux dépositions ; et plus on faisoit de serments, plus il concevoit de défiance et d'indignation contre ces accusateurs sacriléges. Narcisse, qui gémissoit sous le poids des charges de l'épiscopat , et soupiroit depuis long-temps après la solitude , profita de l'occasion pour se dérober à son peuple. Il passa plusieurs années dans des retraites ignorées, laissant le soin de son honneur à la Providence. Elle le vengea avec une rigueur qu’il étoit bien éloigné de demander. Les trois parjures éprouvèrent chacun la malédiction particulière à laquelle ils s'étoient dévoués. La maison du premier fut incendice , et il y périt avec sa famille. Le second fut couvert d'ulcères , depuis les pieds jusqu'à la tête, vit tout son corps tomber en pourriture et en lambeaux. Epouvanté de la punition des deux autres, le troisième rentra en lui-même, pleura son crime si amèrement et si constamment , qu'il en perdit les yeux.
Ces punitions exemplaires servirent moins à la justification de Narcisse, qui n’en avoit aucun besoin, qu'à augmenter les regrets de son troupeau. Îls ne purent se résoudre à élire un autre évêque , que quand ils s’y virent presque forcés par les prélats voisins, et qu'après les plus diligentes perquisiticns, ils désespérèrent de retrouver leur saint pasteur. 11 ne re) rnt à Jérusalem que sur la fin de ses jours. L’affcetion pabique pour lui n’étoit nullement diminuée, On le pressa de seu: dre la conduite de son église, malgré son grand âge et sa foiblesse. T1 ne put s'en défeuure, et il y consentit, À condition qu'on lui accorderoit pour coadjuteur, un évêque de Cappadoce, nommé Alexandre, qui étoit venu visiter les saints lieux, et dont les excellentes qualités lui avoient été manifestées d'une manière surnaturelle. C’est le premicr exemple d'un évêque coadjuteur, ainsi que d'un prélat transféré d’un siége à un autre, Saint Narcisse de Jérusalem , présida avec Théophile de Césarée, au concile qui se tint en cette dernière ville, au sujet de la célébration de la Pâque.
Cette fameuse question avoit déjà été agitée sous le pon-
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üficat d'Anicet, et traitée d'une manière assez sérieuse pour aitirer d'Ephèse à Rome le docteur apostolique saint Polycarpe. L'Eglise romaine, comme la plupart des Eglises, étoit dans l’usage immémorial de faire la Pâque le dimanche d'après le quatorzième jour de la lune de mars. Les églises de l'Asie- Mineure, au contraire, la faisoient le quatorze même de la lune, quelque jour de la semaine qu’il tombât.Anicet et Polycarpe ne purent se persuader l’un l’autre de prendre le même jour : mais l'union ne fut pas pour cela rompue, et chacun retint, dans la paix et la concorde, la coutume de sa propre église. Alors la dispute n'étoii qu'entre les catholiques. Sous le pontificat de Victor, la diversité en ce point parut favoriser l'hérésie, les montanistes enseignant qu'on ne pouvoit, sans erreur, célébrer la Paque un autre jour que le quatorzième précis de la lune, et qu'ainsi l’ordonnoit leur Paraclet. Blaste, prêtre de l'Eglise romaine, avoit fait schisme pour cette cause, et entraîné à sa suite un grand nombre de personnes. Le pape se persuada que ce n'étoit plus le cas du ménagement, et, résolu à user de rigueur, il commença par assermbler un concile à Rome. On en tint un autre par ses ordres, selon le témoignage du vénérable Bède, ou de ce concile même, dont il rapporte un fragment : ; et Théophile, évêque du lieu, qui ne peut être que Césarée, y présida avec le saint évêque de Jérusalem dont nous venons de parler. Dans la province du Pont en Achaïe, et dans les Gaules, la même discipline fut aussi réglée par des conciles.
Les évêques d'Asie, ayant à leur tête Polycrate d'Ephèse, ne se rendirent point à tant d’autorités respectables 2. Polycrate le déclara au pape Victor par une lettre très-forte, et qui présente un esprit bien résolu à ne poir: céder. Il exalte d'abord la tradition de son église, qu'il rapporte à saint Polycarpe et même à saint Jean l'évangéliste. Puis il reprend en ces termes : Moi qui vis au Seigneur depuis soixante-cinq ans ; moi qui ai communiqué avec les frères répandus dans toutes les parties du monde, et qui ai soigneusement approfondi toute l'Ecriture sainte , jene m'effraie nullement des menaces
à Concil, Palest, erea ann. 196. — 2 Eus. Hist. V, 43 et 24.
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DE L'EGLISE. CAN 196.) 255 qu’on nous fait : car ceux qui étoient plus grands que nous ont dit qu’il falloit obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Je pourrois étaler ici les noms des évêques que j'ai rassemblés à votre requisition. Vous seriez étonné de leur multitude, et des approbations qu'ils ont données à la lettre que je vous adresse : car, quoiqu'ils voient ma petitesse , ils savent que je ne porte pas en vain ces cheveux blancs, et que toujours je me suis conduit selon Jésus-Christ. Cette déclaration ne put être que fort mal accueillie du pape, qui, soupçonnant quelque chose de plus que de l’attacheraent à une ancienne coutume, répondit aux Asiatiques d'une manière fort dure. I] refusoit de communiquer désormais avec eux, en cas qu'ils s’obstinassent; etilse mit en devoir de les priver de la communion de l'Eglise. Cette rigueur ne fut pas du goût de plusieurs évêques, unis toutefois de sentiment avec le souverain pontife. Ils désapprouvèrent qu'il usât de la dernière sévérité contre un si grand nombre d’églises, auxquelles on ne reprochoit que cet attachement à leur ancienne coutume.
Le saint et savant évêque de Lyon, Irénée, fut un de ceux qui lui en écrivirent avec le plus de force. 11 commença par confirmer le décret de Victor, dans une assemblée des prélats de Gaule, donnant d’abord l'exemple, pour intercéder ensuite avec plus de succès, et pour ne montrer d'autre intérêt, en cette affaire, que celui de la paix et de l'union entre tous les princes de la maison de Dieu. Il dit après cela, que ses collègues et lui n'approuvoient nullement qu'on excommuniit des églises entières, pour une coutume qu'elles tenoient de leurs Pères ; que les pontifes Anicet, Pie, Hygin, ‘lelesphorce , et Sixte, de sainte mémoire, n'avoient eu garde de rompre, pour ce sujet, avec les évêques d'Asie; qu'il faudioit élever bien d'autres disputes , si l'ou prétendoit ramener tout ce qui n'étoit qu'usage à une parfaite uniformité; que non-seulement pour la fête de Pâques , mais pour l'observation des jeûnes, on suivoit des pratiques différentes dans les églises mêmes des Gaules, dont le pontife paroissoit néanmoins si content. Xl ÿ a toute apparence que le pape Victor ne pous.a pas le zèle plus loin. Il mourut peu après, l'an 202. Zéphirin lui succéda, et chaque église conserva ses anciennes coutumes.
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L'empereur Sévère avoit laissé les chrétiens tranquilles pendant tout le temps qu'il avoit eu des compétiteurs à l’empire. Il oublia leurs services et les bons effets de leur obéissance, quand il fut seul et paisible possesseur du trône. Peutêtre que les calomnies qu'on publioit sur leur compte avec plus de malignité que jamais, firent impression sur son esprit naturellement austère et d’une roideur inflexible. Peut-être aussi que sa politique fut effrayée du nombre prodigieux des fidèles ; ou qu'elle feignit de partager les alarmes de ceux qui s'intéressoient, par état, au soutien de l’idolâtrie. Déjà plus de l1 moitié de l'empire étoit chrétienne, et l'on imaginoit que les chrétiens avoient un charme infaillible pour engager ceux qu'ils vouloient, dans leur parti. Les prêtres gentils, et les philosophes, qui n'avoient pas la moindre idée des opérations surnaturelles de la grâce, ne pouvoient concevoir comment des personnes, comblées de tous les dons de la nature et de la fortune, les sacrifioient journellement à une religion, qui n'avoit pour perspective que les souffrances et le mépris, pour chefs, que des hommes simples et modestes, bien inféricurs en apparence ou en ostentation aux docteurs du paganisme. Quoi qu'il en soit, ce fut vers la dixième année de son règne, et la cent deuxième de Jésus-Christ, que Sévère donna des édits contre les chrétiens. 11 n’en vint pas là tout d'un coup. La persécution s’éloit échauffée peu à peu; et il est difficile de fixer, comme dans toutes ces persécutions de la première antiquité, à quelle époque précise il faut rapporter les faits particulicrs.
L'empereur, après avoir terminé la guerre avec les princes d'Orient, alliés de son concurrent Niger, alla de Syrie en Eygpte. Entraversant la Palestine, il punit les Juifs qui avoient encore profité des derniers troubles pour remuer, ct il leur défendit, sous les plus terribles peines, de faire aucun prosélyte. Il é ‘tendit la défense aux chrétiens, qu'il affectoit, contre ses lumières, de confondre avec des Juifs séditieux. Ainsi commença la persécution que nous croyons devoir nommer la cinquième. Elle devint générale et si violente, qu'on crut toucher au fatal avénement del'Antechrist. 1 y eut néanmoins diverses provinces où le sanx des fidèles fut épargné. On com-
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DE L'ÉGLISE, (AN 202.) 237 mençoit à trop les connoître, pour déférer comme autrefois, à des clameurs aveugles et grossièrement intéressées. Les gentils les plus vertueux ou les plus raisonnables, s'ils n'avoient pas le courage de les imiter, les plaignoient au moins et les admiroient, et les grands du siècle leur accordoient quelquefois leur protection assez hautement.
La persécution déclarée commença par l'Egypte, d'où elle se répandit dans les autres provinces. Comme on défendoit surtout de faire de nouveaux chrétiens, ily eut un grand nombre de martyrs à Alexandrie, dont l’école célèbre attiroit des disciples, non-seulement de toute l'Egypte et la T'hébaïde, mais des contrées les plus éloignées. Clément, leur ancien maître, couroit un risque d'autant plus manifeste, qu'il s'étoit fait un plus grand nom. C’eût été se perdre inévitablement et sans fruit, que de rester dans Alexandrie. Cette constance téméraire eût même été un scandale, dans un temps où les hérétiques vouloient que les fidèles se livrassent contre les règles ordinaires de la prudence évangélique et l'exemple des apôtres , à quiJésus-Christavoit ordonné, en cas de persécution, de fuir d’ur iieu dans un autre. Alors Clément se retira jusqu'en Cappadoce, sa célébrité l'obligeant de s'éloigner beaucoup. Sa retraite fut digne d’un confesseur; il y prit le soin d'une église, dont l’évêque étoit déjà détenu pour la foi.
On arrêta Léonide, père d’Origène et citoyen d'Alexandrie, où il couronna par le martyre une vie sanctifiée par tousles devoirs de son état, et spécialement par un soin extraordinaire de l'éducation de son fils. 11 Jui avoit appris la science du salut et les saintes lettres, avec encore plus de zèle que les arts libéraux, Un esprit de foi, et presque de prophétie, l'aniünoit sans relâche dans ce pieux exercice 1] prévoyoit combien de grands sujets et de grands saints seroient formés par ce merveilleux erfant, plus admirable encore par les bérédictions dont le prévenoit la grâce, que pour ses talents naturels. Souvent il s'approchoit de lui tandis qu'il dormoit , et lui découvrant la poitrine, il la baisoit avec un respect religieux, comme le temple dn Saint-Esprit.
Le jeune Origône , avant le sacrifice de son père, se seroit
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