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238 (AN 202.) HISTOIRE présenté lui-même aux persécuteurs, si ses parents ne l’eussent retenu. Mais quand Léonide fut arrêté, les prières et les caresses maternelles se trouvant insuffisantes, il fallut renfermer ses habits pour l'empêcher de sortir. Ne pouvant aller joindre son père, il lui écrivit une lettre pleine des plus beaux sentiments de Ja religion, et l'exhorta à n'envisager que la couronne qui l’attendoit dans le ciel. N'ayez aucun souci de nous, lui disoit-il, en parlant de sept jeunes enfants près de tomber dans la dernière indigence, et dont lui-même, âgé de moins de dix-sept ans, étoit l'aîné : le Seigneur sera notre héritage. Nous sommes trop heureux d'avoir un père martyr. Léonide eut la têtetranchée; et ses biens ayant été confisqués, toute sa famille fut réduite à la plustriste indigence , mais sans rien perdre de ses grands sentiments. Origène trouva une sorte d'asile dans la maison d'une dame très-riche, qui logeoit en même temps un hérétique; et celui-ci avoit gagné l'affection de la dévote opulente , au point de s’en faire adopter. Le fils du martyr resta le moins qu'il put dans cette société ; et tout le temps qu'il y demeura, il ne communiqua jamais avec le dangereux favori, Bientôt il ouvrit une école de grammaire, afin de subsister sans le secours d'autrui, et de se soustraire à une périlleuse dépendance. Son génie et ses connoissances établirent sa réputation avec tant de rapidité, qu'en moins d'un an on le jugea capable de tout ce qu’il y avoit de plus important, On lui confia, qu’il n’avoit encore que dix-huit ans , le soin des catéchumènes, à la place de Clément. Aussitôt il vendit tous ses livres profanes, tant pour se livrer uniquement à l'Ecriture sainte, que pour se faire ur: ressource, la seule qui pût fournir à sa subsistance ; ayant toujours usé d’un désintéressemeut unique dans l'instruction de ses disciples. Il obligea l'acquéreur de ses livres à lui fournir sur ce fonds environ six sous de notre monnoie par jour; et ce peu suffit à la vie pénitente qu'il menoit. Ses anis voulurent bien des fois lui faire des présents. Ils colorèrent même leurs libéralités, de manière à ménager la plus scrupuleuse délicatesse. Toujours il remercia , avec autant d'efficacité que de
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DE L'ÉGLISE. (AX 202.) 230 sensibilité et de gratitude. Malgré cette élévation de sentiments, et tant de goût pour la pénitence, il n'étoit ni moins humble, ni moins affable. Les charmes de son commerce, autant que ses talents, lui attiroient une foule prodigieuse d’auditeurs et de sectateurs zélés, non-seulement parmi la jeunesse, mais parmi les savants et les philosophes gentils ainsi que chrétiens. Plusieurs d’entr’eux devinrent des saints illustres et des martyrs, dans le cours même de la persécution qui avoit commencé par lui enlever son père.
Parmi les martyrs d'Alexandrie même, on distingua une jeune esclave appelée Potamienne, et renommée pour sa beauté. Elle fut dénoncée par son maître, furieux de n'avoir pu, ni par promesse, ni par menace, l’obliger de condescendre à sa passion. Le magistrat ne rougit point d’enjoindre à la vertueuse Potamienne, d'être plus soumise aux volontés de son corrupteur, et cela sous peine d’être jetée dans une chaudière de poix ardente, qu'on prépara sur-le-champ pour l’épouvanter. Non, dit-elle à la vue d'un supplice si effrayant, je ne dois point écouter un juge assez inique pour me pousser au vice et à l'infamie. Le magistrat emporté ordonna de la dépouiller pour h plonger dans la chaudière. La chaste Potamienne fut plus effrayée de la manière que du genre de supplice; et l'amour de la pudeur la rendant ingénieuse : qu'on me descende, dit-elle comme par bravade, et pour en venir à ses fins en piquant le tyran ; qu'on me descende avec mes habits dans la chaudière, et l'on verra si le Dieu que j'adore ne me fera point triompher de toutes les inventions de votre cruauté, On la prit au mot, et on l’enfonça si lentement dans la poix ardente, que son tourment dura trois heures entières. Sa mère, appelée Marcelle, fut aussi brûlée.
Le soldat Basilique, l’un des gardes de Potamienne , l’avoit traitée avec beaucoup de réserve, avoit même empêché la populace de l'insulter. Elle lui promit de s'intéresser à son bonheur quand elle seroit auprès du roi du ciel, À peine la sainte fut expirée, que le garde prédestiné confessa le nom de Jésus-Christ. On crut d'abord qu'il plaisantoit. Mais enfin on le conduisit vers le président qui le fit mettre en prison. Il dit aux fidèles qui vinrent l'y visiter, que Potamienne avoit
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