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240 (AN 202.) HISTUIRE
obtenu la conversion de son cœur, et venoit de lui a pparoître pour l'en assurer. La sainte apparut à plusieurs autres personnes, qui se convertirent pareillement. Basilide reçut le baptême dans les fers, et le lendemain il eut la tête tranchee. Plusieurs disciples d'Origène, entre lesquels on nomme Plutarque et Serein, parvinrent à la couronne du martyre par le même tourment.
La persécution n'éloit pas moins violente dans le reste de l'Afrique. Elle y avoitmêmecommencé deux ans avant l’édit, par la mauvaise disposition du proconsul Vitellius-Saturnin, le premier, à ce qu'on observa, qui eùt employé le glaive dans la cinquième persécution. Il fut exemplairement puni du ciel parla perte de la vue. Lespremières victimes deson impiécté furent prises dans la ville de Scillite, puis amenées à Carthage, au nombre de douze, tant de l’un que de l’autre sexe : illustres prémices du sang chrétien dans l'Afrique, au moins les plus anciens martyrs dont on y ait connoissance. Leurs actes sont des plus authentiques, et revêtus de tous les caractères de la sainte et vénérable antiquité. Ainsi, pour présenter en ce genre un monument intéressant à la pieuse curiosité du lecteur, nous croyons ne pouvoir rien choisir de mieux.
Entre ces généreux athlètes, on célèbre principalement Spérat, Narzal, Gittin , et trois femmes , Donate, Séconde et Vestine. Ils avoient déjà subi un premier interrogatoire, lorsque reparoissant devant Saturnin, il leur dit à tous en général : il est encore temps d'obtenir votre pardon, si vous voulez enfin revenir au bon sens, et rendre vos hommages aux dicux. Spérat prit la parole, et dit : Nous ne nous eonnoissons coupables d'aucun crime contre les lois. Loin de mal faire à qui que ce soit, nous avons rendu le bien pour le mal. Ceux mêmes qui nous poursuivent à mort sont un des premiers objets pour lesquels nous offrons des vœux à notre Dieu. T'elie est la règle prescrite par notre religion. Le proconsul reprit : Nous avons aussi une religion simple et raisonnable. Nous jurons par le génie des empereurs ; et pour leur conservation , nous adressons des vœux aux dieux de l'empire : 11 faut que vous nous imiliez. Spérat répondit : Si vous me voulez en-
tendre, je vous apprendrai en peu de mots, ce que c'est que
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la loi chrétienne. Saturnin dit : Penses-tu que je sois d’humeur à te laisser vomir un torrent d'injures contre nos dieux ? Puis s’adre::nt à la troupe entière : jurez plutôt, leur dit-il, . tant que vous êtes, par le génie des empereurs nos mat-
es, pour vous assurer a vie avec ses plaisirs. Spérat reprit et
di. Je ne connois pas le génie des empereurs de ce monde; mais j'adore l'Esprit créateur et tout-puissant, qui, bien qu’invisible , n’en règne pas moins dans le ciel et sur tout l'univers. Je n’ai commis aucune faute qui mérite l’animadversion des magistrats. Jamais je ne fis injure à personne : et l’on n’a aucunc plainte à former contre moi. Quoique je reconnoisse pour maîlre suprême, pour premier empereur de toutes les sations, mon Dieu et mon adorable Seigneur , je ne laisse pas de garder la plus exacte fidélité aux princes qu'il a étah is sur nos têtes; et si j'achète la moindre chose sujette aux droits, je la paie religieusement aux receveurs. Le proconsul se tourna vers les compagnons de Spérat, et leur dit : Ne suivez past exemple de cet insensé ; mais plutôt craignez notre prince, et obéissez à ses nandenent Alors Cittin dit : Espérezvous donc tirer meïlleure composition de nous que de Spérat ? Corume lui, nous craignons le Seigneur notre Dieu, et ne craignons rien autre chose. Le proconsul ordonna de les. meltre en prison, et de les tenir :ux ceps jusqu’au lendemain. Le lendemain, en effet, # urnui se fit représenter les martyrs, et du haut de son tr: uaal, se flait:nt d'ébranler les femmes, comme les plus foibles, il leur dit : E.n:rez notre prince, et sacrifiez aux dieux. Donate répondit : Nous rendons à César les honneurs dus à César, mais nous n’offrons qu'à notre Dieu le tribut de nos religieux hommages et de nos prières. Vestine dit : Je suis aussi chrétienne. Séconde dit : J'ai la même foi en mon Dieu, et veux à jamais demeurer en lui. Pour vos dieux, nous ne les reconnoissons pas, et nous ne les adorerons jamais. Le proco:.sul ordonna de les séparer les uns des autres; puis faisant rappiocher les hommes, il dit à Spéra : Persévères-tu à être chrétien? Spérat répondit : Oui, je persévère, et réilérant sa confession, écoutez tous, dit-il d'une voix plus élevée: i” suis chrétien. Tous ceux qu’on
avoit arrêtés avec lui l’er rent. et répétèrent : Nous
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sommes “hrétiens. Le proconsul reprit : Vous ne voulez donc ni délibérer, ni recevoir grâce? Spérat r‘rondit : De braves combattants ne demandent point de grâce ; faites ce que vous voudrez : nous mourrons avec joie pour Jésus-Christ. Le proconsul leur demanda quels étoient les livres qu'ils lisoient, et pour lesquels ils avoient tant de respect. Spérat répondit : Les quatre Evangiles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, les épîtres de l’apôtre saint Paul et toute l'Ecriture inspirée de Dieu. Le proconsul dit : Je vous donne trois jours pour faire vos réflexions. Spérat répliqua : Je suis chrétien , et tous ceux aussi qui sont avec moi; jamais nous n'abandonnerons la foi de Jésus-Christ ; faites tout ce qu'il vous plaira.
Le proconsul voyant leur inflexible fermeté, dicta au greffier la sentence conçue en ces termes : Spérat, Narzal, Cittin, Vétérius , Félix, Acillin, Lætantius , Januarie , Généreuse, Vestine, Donate, et Séconde, ayant confessé qu'ils étoient chrétiens, et refusant de rendre leurs respects à l’empereur, j'ordonne qu'ils aient la tête tranchée. À l: lecture de cette sentence, Spérat et tous ses compagnons dirent : Nous rendors grâce à Dieu, qui nous fait aujourd'hui l'honneur de nos adnettre au royaume céleste en qualité c'e martyrs. On
les mena tout de suite au lieu du supplice, où, se mettant à
genoux tous ensemble, et derechef rendant grâce à Jésus- Christ, ils eurent chacun la tête tranchée : et ils intercèdent pour nous auprès du Très-Haut, ajoutent les pieux auteurs de ces actes, qu'ils trouvèrent moyen d'extraire du greffe publie, et que nous avons traduits fidèlement, comme un des monuments le plus justement révérés en ce genre. Tels sont les martyrs Scillitans extraordinairement fameux en Afrique, et honorés par toute l'Eglise. Tertullien les célèbre avec une espèce d'enthousiasme, et ils influèrent beaucoup dans la résolution qu'il prit de composer son discours apologétique de la religion, à laquelle ils venoient de rendre un si glorieux témoignage.
En Afrique encore, on arrêta six personnes de la capitale, | RTSE hommes, nommés Révocat, Saturnin, Sature, Secone, et deux femmes, appelées Perpétue et Félicité. Mais ces deux héroïnes, infiniment supérieures à leur sexe, donnèrent
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