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entrant ; caf jamais je n’avois vu réduit ni ténèbres aussi horribles. La rude journée! Une chaleur étouffante ; des exha-
laisons infectes, qui provenoient du grand nombre de malheu-
‘reux, resserrés et presque entassés ; la brutalité des geoliere et des soldats : mais par-dessus tout, je séchois d'inquiétude
pour mon enfant. Enfin les dignes ministres qui nous assistvient au nom de l'Eglise, les diacres Testine et Pomponé nous obtinrent, à prix d'argent , la liberté de passer quelques heures chaque jour en un lieu moins incommode. Nous sortimes avec empressement ; et tandis que chacun s’occupoit de ce qui l’intéressoit davantage, je n'eus rien de plus pressé que d'allaiter mon enfant, qui mouroit de faim. Je le recommandai tendrement à ma mère, qui m'étoit venue voir. J'exhortai mon frère à la constance dans la foi. Je me consumois de dou- Jeur en voyant celle que je causois à mes proches; et je passai ‘plusieurs jours dans ces cruelles peines d esprit. Tout à coup cependant je me trouvai fortifiée par un secours si abondant de la grâce, que je fus délivrée de l'ennui même, et des déchirements de cœur que j'avois jusque-là éprouvés au sujet de mon enfant. La prison ne me devint pas seulement supportable ; maïs ce fut pour moi un séjour plus agréable que tous les palais qu'on eût pu m'offrir.
Alors mon frère me dit : Je sais, ma sœur, que vous avez un grand crédit auprès de Dieu. Priez-le de vous révéler si vous échapperez à la mort, ou si vous consommerez votre sacrifice. Comme je ne pouvois, sans un amour plein de confiance, me rappeler les faveurs que j'avois reçues de Dieu, je promis positivement à mon frère, de lever son donte dès le Jendemain. Je fis ma prière, et voici les lumières qui me furent communiquées : 1 me sembla voir une échelle d'or, si haute qu'elle atteignoit jusqu'au ciel, mais si étroite qu'il n'y pouvoit monter qu'une personne à la fois. Des deux côtés, elle étoit bordée de couteaux , de sabres, de rasoirs et d'autres instruments, si bien aiguisés et tellement disposés , que quiconque y fût monté sans une extrême cireonspection , et sans regarder perpétuellement en haut, eût été blessé et déchiré par tout le corps. Au bas de l'échelle, il y avoit un dragon d'une grosseur énorme et horrible à voir, tout prêt à s'élancer
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DE L'ÉGLISE. (An 205.) 245
sur ceux qui voudroient monter, et qui les en détournoit par ses rugissements. Toutefois Sature monta d’abord, sans ‘se laisser épouvantér ; et quand il fut tout en haut, il se tourna et me dit : Je vous attends, Perpétue; mais prenez garde au dragon. Je répondis au confesseur : Il ne me fera point de mal; j'espère en Notre-Seigneur tout-puissant. J'approchai en effet, et le dragon ne fit que lever la tête foiblement , comme s'il eût eu peur de moi; en sorte que je lui mis le pied sur la tête, et m'en servis comme d'un premier échelon. Arrivée au haut de l'échelle, je découvris un jardin immense, et dans le milieu un grand homme vêtu en pasteur , qui avoit les cheveux d’une blancheur extrême, et qui étoit environné de plusieurs milliers de personnes vêtues aussi de blanc. Il me dit avec douceur : Ma fidèle , soyez la bien-venue. Il m'appela près de lui , et me mit dans la bouche une nourriture délicieuse , que je reçus en joignant les mains. Toute la troupe répondit, amen; ce qui: m'éveilla; et je m'aperçus que je mâchois encore quelque chose d'une merveilleuse douceur. Je n’eus rien de plus pressé que de raconter cette vision à mon frère, qui en conclut que nous souffririons le martyre. Nous-mêmes dès-lors commençâmes à nous dégager entièrement des espérances du siècle. Ce qui fit conclure à sainte Perpétue, comme à son. frère, qu'elle mourroit pour Jésus-Christ, c'est l'eucharistie qu'on avoit coutume de donner aux martyrs pour les préparer au combat, et que figuroit la nourriture céleste qu'on lui pré-. senta dans sa vision.
Peu de jours après, reprend la sainte, le bruit se répandit que nous allions subir l'interrogatoire. Mon père vint derechef à la prison , non moins agité que la première fois. 11 me dit : Ma fille, ayez pitié de mes cheveux blancs; ayez pitié de votre père, si vous me trouvez digne de ce nom. Si je vous ai élevée avec tant de soin et tant de tendresse, si je vous ai plns chérie que tous vos frères, ne me rendez pas l'opprobre du public. Ayez quelque égard pour vos proches; considéres votre mère ct votre tante; envisagez votre fils, qui ne peut vivre sans vous. Laissez fléchir votre fierté et votre obstination qui va tous nous perdre; car n'espérez pas qu'aucun de nous ose désormais se montrer , si vous êtes condamnée à une