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DE DE per gr
246 (Am 205.) HISTOIRE mort infime. En me parlant ainsi , il me prenoit les mains et ne cessoit de les baiser, en les arrosant de ses larmes. Il se jeta même à mes pieds, m'appela, non plus de norû de fille, mais de dame, et me perça le cœur par toutes £es sollicitations humiliantes. J'avois d'autant plus de compassion de lui que je le voyois seul de notre famille dans un si étrange aveuglement. Sans laisser ébranler ma résolution par ses larmes, je lui donnai les marques les plus expressives de tendresse, et je finis par lui dire : Il arrivera dans l'interrogatoire tout ce qu il plaira au Seigneur, puisque nous ne sommes point en notre uissance, mais en la sienne. Ce malheureux père se retira, ! l'imettuine et la désolation dans l'âme. ps Le lendemain, comme nous dinions, on vint tout à coup nous prendre pour nous conduire au juge. Toute la ville en fut informée; et en arrivant, nous trouvâmes la place couverte d’un peuple innombrable. Le procurateur Hilarien exer-| çoit la suprême magistrature à la place du proconsul T'iminien qui étoit mort. Il nous fit monter sur l’échafaud , et d'abord interrogea mes compagnons , qui eonfessèrent courageuscment. Îl en vint à moi, et mon père à l'instant reparoissant, avec mon fils, se jeta à mon cou, me tira de ma place, et me sollicita plus vivement que jamais. Le procurateur vint à l'appui, et me dit : Ayez quelque res: pour les cheveux blancs e votre père; ayez égard à l’âg dre et à l'innocence de votre fils : que les cris de cet enfant infortuné , que les pleurs de tous vos proches vous fléchissent enfin. Et que vous en coûte-t-il de sacrifier pour la prospérité des empereurs? Je n'en ferai jamais rien , lui répondis-je. Nulle considération ne me séparera du Seigneur , ni de la compagnie des saints. Il me dit : Vous êtes donc chrétienne? Et je lui répondis : Oui assu- , rément, je suis chrétienne. Comme mon père tentoit cependant de me tirer de l’échafaud , Hilarien commanda qu'on l'en fit sortir lui-même, et on alla jusqu'à le frapper pour le faire obéir. Je ressentis le coup plus vivement que si je l'eusse reçu inoi-même ; et j'avois le cœur déchiré, de voir ainsi traiter dans sa vieillesse celui qui m’avoit donné le jour. Alors Hilarien prononça l'arrêt de mort, et nous condamna tous à être exposés aux bêtes.
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DE L'ÉGLISE. (An 205.) 247
Sainte Perpétue raconte encore deux visions qui l’animérent de plus en plus à la consommation de son sacrifice ; et là finit sa relation. De son côté, le martyr Sature en eut une autre, qu'il écrivit aussi lui-même , et qui n’étoit pas pour sa seule utilité. Non-seulement on lui montra la gloire céleste où il alloit entrer, mais , comme il arrivoit souvent aux martyrs, J'Esprit saint lui communiqua, l'utilité des églises, bien des connoissances prophétiques qu ilseroit trop long de rapporter. Tant de faveurs merveilleuses inspirèrent à cette troupe de saints une telle générosité, qu'ils touchèrent jusqu'à leurs persécuteurs. Le geolier, nommé Pudent, commença par concevoir une haute estime de leur vertu, et finit par l'imiter, en embrassant courageusement la foi. Mais la joie des martyrs étoit troublée par l'état où Félicité se trouvoit, au huitième mois de sa grossesse. Elle appréhendoit extrêmement de survivre aux autres confesseurs, comme cela devoit naturellement arriver , les lois défendant d'exécuter les femmes enceintes avant leurs couches. Tous se mirent à prier avec ferveur, trois jours avant le où ils devoient être exposés. Aussitôt Félicité sentit les travaux de l'enfantement de la manière la plus douloureuse, parce qu'elle n'étoit pas à son terme. L'un de ses gardes l'entendant jeter de grands cris : Eh! que feras-tu, lui dit-il, quand tu seras aux prises avec les lions? C’est moi qui souffre en ce moment, répondit Félicité; mais alors Jésus-Christ souffrira et vaincra dans moi.
Elle accoucha d'une fille qu'une servante chrétienne vint
prendre, et regarda toujours comme sa propre enfant.
La veille du combat , on servit aux saints le:repas qu'on appeloit le souper libre , et que prenoiïent.en public ceux qui devoient périr dans l’amphithéâtre. On prétendoit leur donner gs une entière liberté de se réjouir encore une fois avant
mort. Mais les martyrs en firent un exereice de charité et de zèle apostolique. Ils exaltèrent aux oreilles des idolôtres, le bonheur de souffrir pour Jésus-Christ , leur reprochèrent leur incrédulité , et les menacèrent des peines éternelles. Remarques bien nos visages , leur dit Sature qui éteit éloquent , afin de nous reconnoître au jugement dernier. Ils se retirèreut tout interdits , et plusieurs se convertirent.
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