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254 (As atr.) HISTOIRE ment contreles infidèles, mais contreleskérétiques, etpar divers ouvrages de piété. Pertout on remarque de l'élévation et des beautés; mais souvent aussi des expressions et des opinions peu exactes dans les écrits mêmes qu'ila composés étant catholique. Car enfin cet homme singulier, et long-temps digne de la haute réputation de doctrine et de vertu dont il jouissoit, s:engages, vers la quarantième année de sa vie, dans l’hérésie des montanistes, l’une des plus absurdes que l’on ait connues. Mais ces novateurs se piquoient d’une régularité extraordinaire et d'une grande austérité. Ils publioient aussi beaucoup de mer-
veilles en faveur de leur secte. Ardent, et par conséquent cré- ‘ dule, le génie de Tertullien, d’ailleurs dur et sévère, devint
plus facilement leur dupe. Il prétendoit avoir des sujets de plaintes contre les ecclésiastiques de l'Eglise romaine, Sa fierté
ne put les digérer, et il n'eut pas l'équité de les séparer de la
cause même del’Eglise. Exemple effrayantsans doute, mais qui ne doit étonner que médiocrement , vu la trempe d'esprit de ce rigoriste altier, et qui nous apprend à ne point juger de la doctrine par les personnes qui la professent, mais bien des personnes, par ls rise professée de tout temps dans l'Eglise. Quant aux ouvrages de T'ertullien en faveur de la vraie religion, s'ils n'arrétèrent pas les violences des tyrans, ils servirent du moins à la justifier dans les esprits droits, et à mettre la tyrannie dans tout son tort. Aussi la main du Seigneur parut-elle s'appesantir sur l’empereur Sévère, dans le temps même qu'il avoit le plus de raisons de se promettre une vie douce et tranquille. Sur la fin de son règne, il s’occupoit avec une attention extraordinaire à rendre et faire rendre la justice dans toute l'étendue de l'empire, et il réussit à gagner les cœurs de ses sujets, beaucoup mieux qu'il n’avoit droit de l'attendre de ses premières années, Il mourut toutefois de chagrin plutôt que de maladie, le { Février de l'an arr. 1 avoit passé dans les Iles Britanniques, pour en soumettre les habitants révoltés , et bientôt l'ennemi demanda la paix. L'em-
. pereur s'avança à cheval entre les deux armées, après avoir
prescrit les conditions, et tout prêt à signer le traité. Antonin, son fils aîné, qui se trouvoit à côté de lui, retint un peu son cheval, et tira son épée, sans rien dire, pour en frapper
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DE L'EGLISE, (Amaun.) 255 l'empereur par derrière. On poussa de grands cris d'alarme. Le parricide n'eut pas le temps ou la fermeté d'achever son crime. Il remit précipitamment son épée, laissant, dans son morne silence et son air embarrassé, les plus fâcheux indices contre lui. Cévére dissimula, et attendit le soiravec une grande apparence de tranquillité. S'étant alors couché, et tenant une épée auprès de son lit, il fit appeler son fils avec le préfet du prétoire, et dit au jeune prince, en lui présentant l'épée : Mon fils, si vous êtes las de me voir vivre,donnez-moi la mort, à ce moment que vous Île pouvez faire en secret et sans rien risquer pour vous-même; ou plutôt commandez au préfet; vous êtes son empereur : il vous épargnera l'horreur de l'exécutiou. Antonin se disculpa le moins mal qu'il put, mais sans dissiper les chagrins de ce père, qui s'abandonna à toute l’'amertume de ses réflexions. Dès lelendemain il tomba malade, et mourut peu de temps après à Yorck, à l'âge de soixante-cinq ans, dont il en avoit régné près de dix-huit.
Antonin, nommé plus souvent Caracalla, à cause’ d’une espèce de casaque apportée des Gaules, pour la donner an petit peuple de Rome, et son frère Géta, tous deux associés à l'empire du vivant de leur père, lui succédèrent augitôt après sa mort. Ils ne pouvoient se souffrir; et dans leur voyage pour revenir en Iulie , ils tentèrent plusieurs fois de se tuer l’un
‘autre. À leur retour, le plus méchant et le plus dissimulé l'emporta. Caracalla proposa à l'impératrice Julie, leur mère commune , de les faire appeler dans son appartement , afin de les réconcilier ensemble. Géta vint de bonne foi; et sur-lechamp on le perça de mille coups dans les bras de sa mère qui fut elle-même blessée et toute couverte de sang. Caracalla , dans la crainte de le voir échapper, lui porta les derniers coups.et le fit expirer sous sa main. T'el étoit le monstre à la merci duquel demeurèrent l'empire, et les ouailles pacifiques du Christ, qui en remplissoient déjà les provinces. Mais jamais le Seigneur ne montra d'une manière plus merveilleuse, qu'iltient dans sa main le cœur des tyrans mêmes, et qu'il ferme, quand il lui plaît, la gueule des monstres 1es plus dévorants.
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