LIVRE QUATRIÈME
DEPUIS LA CINQUIÈME PERSÉCUTION , JUSQU'AU SCHISME DES NOVATIENS , EN 201. ser
: ÏL étoit nécessaire pour la gloire de la vraie religion, qu’elle
eût des persécutions et des guerres sanglantes à soutenir; mais
‘il falloit aussi des intervalles de paix et de calme, pour cultiver
les plantes et recueillir les fruits de cette terre arrosée du sang
‘qui lui donnoit sa fécondité. Le Seigneur ménagea ces alterna- ‘tives à son Eglise, d'une manière d'autant plus merveilleuse,
qu'elle dut souvent sa tranquillité à des princes qui ne parois-
‘soient nés que pour le malheur de leurs autres sujets. C’est ‘ainsi que l'empereur Caracalla, tout malfaisant qu'il étoit, ne
persécuta jamais les fidèles. Ils furent même assez bien traités sous son règne, pour pouvoir faire des prosélytes distingués
“dans l'empire, et porterla foi aux nations étrangères. On van-
toit beaucoup alors un jurisconsulte romain, nommé Minu-
tius-Félix. Il ave:t pour ami un certain Octave, chrétien aussi- ‘bien que lui, et même avant lui, car ils avoient été païens l’un
et l'autre, compagnons et confidents mutuels des amusements et des égarements de leurjeunesse. Après quelque temps d’absence, Octave revint à Rome, surprenant agréablement Félix qui ne l'attendoit pas. On étoit dans la saison où les gens du barreau ont coutume de quitter la ville pour se délasser de leurs travaux ordineires. Minutius-Félix emmena à Ostie son ami Octave, et un autre ami, appelé Cécilius, encore païen. Comme ils se promenoient tous les trois au bord de la mer, Cécilius aperçut une idole de Sérapis, et porta la main à la bouche; ce qui étoit une marque de respect et d'adoration. Est-il possible, s'écria Octave, en adressant la parole à Félix, qu'un homme instruit, et autant votre ami que l'est Cécilius, reste dans un tel aveuglement? Ce propos tomba, et ils con-
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