‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 101 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ancien sanctuaire. A l'apparition del'édit, les protestants allèrent trouver l'intendant et M. de Noailles, leur firent remarquer combien la nouvelle mesure était peu en harmonie avec les dispositions qu'ils leur avaient manifestées, et en obtinrent la promesse que l'édit rendu ne serait point signifié. Cet adoucissement de l'autorité locale ne pouvait pas être du goût de ceux qui , à aucun prix, ne voulaient permettre la célébration du culte protestant, et ils tramèrent contre le pasteur Galafïre la machination suivante : Ils mirent en avant deux hommes de néant , deux cordonniers, qui l'accusèrent: 1° d'avoir prié pour les pauvres frères épars sous la tyrannie de l'Antéchrist, et 2° d'avoir dit qu'il ne faut point penser que Jésus - Christ soit enclos au pain et au vin de la Sainte-Cène. C'étaient là, il est vrai, des expressions liturgiques. Il fui très-facile au pasteur de présenter une défense satisfaisante ; mais comme ce n'était qu'un prétexte de condamnation que l'on cherchait, on se contenta de celuici. Le 6 octobre 1684, il fut interdit à perpétuité des fonctions de son ministère à Saint-Jean-de-Védaset dans la sénéchaussée de Montpellier; on lui fit supporter en outre une amende de 60 livres et les frais du procès. L'arrêt était inique, mais il ne pouvait être cassé qu'en appel devant le parlement de Toulouse, et aucune justice dans ce genre d'affaires n'était présumable de ce côté.

Le second moyen auquel on eut recours pour alimenter la piété des fidèles, fut celui de les faire exhorter

de maison en maison. Le consistoire, s'apercevant que le peuple protestant, qui était encore nombreux dans la ville, n'avait d'autre culte que celui qu'il allait célébrer à Pignan , à Cournonterral ou à Saint-Jean-de- Védas et autres villages voisins, prit, dans une séance secrète, une délibération dont voici la teneur. Il fut décidé qu'on ferait choix de personnes capables et dévouées , pour aller de maison en maison faire des prières , lire des sermons et consoler les malades. Etienne Cambolive, originaire de Montpellier, docteur et avocat au parlement de Toulouse , fut un de ceux à qui le consistoire s'adressa. Il était naturellement désigné par sa piété profonde et par le zèle qu'il avait mis à défendre quelques affaires du consistoire. La prudence avait été soigneusement recommandée. Dès le lendemain, il y eut une réunion dans la maison de Cambolive, et ces assemblées ne tardèrent pas à devenir tellement nombreuses, que toutes les pièces furent envahies. Les psaumes y étaient chantés à haute voix par deux chantres, dont l'un s'appelait Bosc et l'autre Collondres. Ces assemblées firent grand bruit, et les consuls, pressés par de nombreuses sollicitations, s'y présentèrent pour les dissoudre. Ils étaient accompagnés de quelques capitaines de sixain et par des sergents. C'était un dimanche du mois d'avril 1683. Ces représentants de l'autorité eurent beaucoup de peine à pénétrer dans la maison, à cause de la foule qui refluait jusqu'au bas de l'escalier. Interpellé par les consuls, Cambolive répondit que cette assemblée

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