CHAPITRE III
accomplissait un devoir envers Dieu, en lui rendant son culte, et qu'elle ne pouvait pas être suspecte au roi, puisqu'elle priait pour lui. Cambolive ajouta qu'en sa qualité d'avocat au parlement, il ne relevait que du sénéchal en première instance et du parlement en dernier ressort. Les consuls se retirèrent, et les exercices du culte purent se renouveler deux fois dans la même journée. Ils furent continués les jours suivants. Le zèle que mettait Cambolive à visiter les prolestants de maison en maison et à consoler les affligés, fit porter contre lui une accusation sans fondement., mais qui eut néanmoins pour lui des conséquences fâcheuses. On prétendit qu'il pervertissait les catholiques, c'est-à-dire qiril s'efforçait de les faire changer de religion. Il fait lui-même connaître l'origine de ce bruit. A un quart d'heure de Montpellier, dans une métairie appelée du Roc, un nommé M. André et sa femme agonisaient dans le môme lit. Le mari était catholique et la femme protestante. Cambolive allant visiter sa malade, trouva le Saint-Sacrement exposé et la chambre remplie de monde. Il crut qu'on exerçait quelque pression sur sa coreligionnaire et lui recommanda d'être ferme. Le prêtre officiant et le sieur Souche, apothicaire, étaient amis de Cambolive; ils sentirent tout ce qu'il y avait de périlleux dans sa position, et l'engagèrent à ne point se compromettre. Ils le prièrent de sortir, en lui disant : Après que nous aurons administré le mari catholique, vous consolerez la femme protestante. Tout s'était passé le mieux du monde, mais il n'en
2i8 LIVRE DEUXIÈME
était pas moins résulté des bruits fâcheux qui donnèrent lieu à l'accusation.
Une autre circonstance excita contre Cambolive la haine des Capucins. Le Père Honoré, un de leurs prédicateurs, prêchait à l'église Noire-Dame, où bon nombre de protestants avaient été attirés par un sentiment de curiosité. Cambolive était parmi les curieux. Il entendit le Père capucin expliquer tous les malheurs du temps par celte circonstance, qu'on ne rendait pas des honneurs suffisants aux saints et aux anges du Paradis. Le prédicateur faisait force grimaces et assaisonnait son récit de détails légendaires. Cambolive sortit de l'église en murmurant, et le lendemain, qui était un jour de fête, il réfuta, devant une assemblée nombreuse, le prédicateur de la veille. «0 Dieu! s'écria t il, garde les pigeons , les simples colombes de la surprise de ces vautours, et tes brebis de la gueule de ces loups ravissants.» Des catholiques s'étaient glissés dans l'assemblée des protestants, comme les prolestants l'avaient fait parmi les catholiques: Cambolive fut dénoncé et ses maisons (il en avait plusieurs) menacées d'être rasées.
Malgré lous ces contre-temps, les assemblées continuèrent jusqu'en avril 1684, époque où le zèle de Cambolive lui fit affronter les plus grands dangers. Un syndic des protestants de la ville, le sieur Jalaguier, vint le trouver de la part du consistoire, et lui apprit qu'il y avait chez M. le duc de Noailles , gouverneur de la province , quatre abbés que l'on avait fait venir de Paris pour convertir les protestants. Ils faisaient