CHAPITRE III
dans ce but des assemblées où ceux-ci étaient convoqués. Cambolive s'y rendit, et trouva ses coreligionnaires engagés dans une discussion où la partie n'était pas égale; car, dit-il, il y avait des catholiques pour rire quand les protestants citaient la Parole de Dieu. Cambolive mentionne le sieur Grand -Jean comme un de ceux qui étaient aux prises avec les abbés. Il vit aussi dans une chambre à côté le duc de Noailles entouré de ses gardes et de sa cour. Cambolive fut aussitôt reconnu, et le plus estimé des quatre abbés parisiens lui dit : — Nous sommes bien aises , Monsieur, de vous voir ici, et nous souhaiterions de vous ramener au chemin du salut, dont vos prétendus réformateurs vous ont éloigné. . . Si vous voulez, nous vous ferons voir que la vérité est de notre côté. — Cambolive remercia ces messieurs de leur politesse et de leurs souhaits , et ajouta : Je ne suis pas venu pour être désabusé, mais pour désabuser. Je suis dans le chemin de la vérité apostolique ; nos Réformateurs ne nous ont pas fait sortir du giron de l'Église, ils nous ont fait passer des ténèbres à la véritable lumière. — Il fut convenu que le silence serait observé, et que chacun parlerait à son tour. La discussion roula sur la grande question qui , à cette époque , alimentait toutes les controverses : la manducation du corps de Christ au sacrement de l'Eucharistie. Cambolive prétend que les abbés furents réduits au silence, qu'il put s'écrier en finissant: «Gloire à Dieu! la vérité triomphe» ; et que le duc de Noailles, fort mécontent de ses abbés,
les fit repartir pour Paris. Ce qu'il y a de tout h fait certain, et qu'il eût été facile de prévoir, c'est que cette discussion ranima l'ardeur des adversaires de Cambolive.
Quelques jours plus tard, les consuls accompagnés des officiers des sixains entrèrent de nouveau chez lui, un dimanche, pendant qu'il célébrait le culte. Ils fouillèrent la maison, comptèrent les assistants, lui dirent qu'il contrevenait aux ordres du roi, et que ce ne serait pas la peine de faire démolir les temples, si l'on tolérait les assemblées dans les maisons. Finalement, Cambolive revenant un jour de sa métairie, fut arrêté par ordre de M. d'Aguesseau. On le traita de la manière la pins inhumaine. Enfin, le 8 mai 1684, un jugement intervint en vertu duquel il était condamné aux galères, à 1000 écus d'amende et aux dépens. Cambolive reçut avec une résignation toute chrétienne la sentence de cette condamnation, et écrivit deux lettres , l'une au pasteur Bertheau , l'autre cà sa sœur, pour les consoler. Cette dernière, que nous possédons, témoigne de sa confiance en Dieu et de la sérénité de son âme.
Quelques jours après sa condamnation, M. l'Intendant l'ayant fait amener chez lui pour en obtenir des papiers importants qui étaient en sa possession , Cambolive lui adressa ces paroles sévères: «Vous m'avez fait condamner injustement aux galères, Monsieur, pour avoir prié Dieu ; mais le Juge du monde vous en fera rendre compte au jour de son juste jugement , devant lequel il vous faudra comparaître. »