CHAPITRE III
Le reste de la vie de Cambolive n'appartient pas à notre sujet ; nous dirons cependant qu'il fut conduit à Toulouse devant le parlement, auquel il en avait appelé; que le jugement de Montpellier fut réformé en un bannissement de cinq ans de la province ; qu'il se rendit ensuite à Montauban, puis dans le Béarn , par courut un grand nombre de localités au milieu des plus grands dangers, soutint des discussions de controverse, fortifia des faibles au moment où ils allaient succomber, ranima partout le courage, éveilla lapiété, et revint jusqu'aux portes de Montpellier, sans perdre un moment de vue l'objet de sa mission. Enfin , il put gagner la Suisse etpassaen Hollande, où il fit imprimer le livre qui nous a fourni ces détails ' .
Avant de nous séparer de Cambolive , nous ne pouvons résister au plaisir de transcrire ici une page où l'élévation des sentiments s'unit à la force de la raison. Le premier président du parlement de Toulouse venait de lui dire : — Vous n'avez pas été condamné à Montpellier pour avoir prié Dieu, mais pour avoir été rebelle au roi. Qui êtes-vous pour vouloir vous opposer aux desseins de ce grand monarque ? Conformez-vous au sentiment de l'apôtre saint Paul qui veut que toute personne soit soumise aux puissances pour la conscience. » Ainsi interpellé , Cambolive fit la réponse que voici :
1 Histoire de divers événements, etc., par Etienne Cambolive, imprimée à Amsterdam, chez Isaac du Main, en 1698.
252 LIVKE DEUXIEME
« Monseigneur, j'ai dit la vérité, que j'étois prévenu pour avoir prié Dieu ; je n'ai point commis d'autre crime pour lequel j'aye été condamné; quant aux assemblées, elles n'étoient point contre le service du roi, on y prioit Dieu pour Sa Majesté, pour le Parlement, même pour les juges et magistrats inférieurs; je ne croi pas que pour cela on doive condamner un homme aux galères, ni à aucune peine aflliclive de corps, ni amendes pécuniaires ; et pour ce qui regarde l'abjuration que Votre Grandeur me propose, la religion que je professe est pure et sainte ; c'est l'ouvrage de Dieu, et non de l'homme. Je ne trahirai jamais les sentimens de ma conscience , et avec l'aide de Dieu , je la professerai jusques à la mort. Quant à l'apôtre saint Paul, Votre Grandeur, Monseigneur, l'entend mieux qu'elle ne le dit ; car l'exhortation que l'apôtre saint Paul fait aux Romains , lors qu'il leur dit qu'il faut être sujets aux puissances supérieures à cause de la conscience, ne regarde que le temporel. En éfet, nous sommes obligez d'obéir, parce que Dieu le commande : car si cela s'entendoit du spirituel, il auroit falu que les Romains à qui l'apôtre saint Paul écrivoit, et qui s'étoient convertis à la foi chrétienne, eussent embrassé la religion de César, leur roi et empereur qui étoit payen. »
C'était alors l'époque où la politique de Louis XIV n'osait pas encore attaquer de front le protestantisme, et s'efforçait de le détruire pièce à pièce. On appelait