CHAPITRE III
cela ramener les protestants au giron de l'Église par les voies de la douceur. Et chaque jour un temple était démoli et le culte interdit dans quelque localité, pour les motifs les plus futiles ! Il était clair que la ruine des réformés était une chose décidée. Les synodes et les colloques ne pouvaient se réunir qu'en présence des commissaires du gouvernement ; dès-lors comment aviser au moyen de conjurer l'orage? Ce fut de cette nécessité que sortit l'assemblée tenue secrètement à Toulouse , en 1683. Claude Brousson en était l'âme, elle eut lieu dans sa maison. Seize députés laïques s'y rendirent , des Cévennes , du Vivarais et du Dauphiné , au milieu des plus grands dangers. La douce figure de Brousson est suffisamment connue ; nous ne nous proposons pas d'écrire une fois de plus son histoire.
A l'époque dont il s'agit , il remplissait les fonctions d'avocat auprès du parlement de Toulouse , et il était le défenseur naturel des nombreux procès que les Églises , sans cesse attaquées , se trouvaient dans l'obligation de soutenir. D'après lui , voici la ligne de conduite que ces Églises devaient tenir pour échapper à la ruine qui les menaçait. Brousson pensait que les protestants français étant chrétiens , ne pouvaient pas se dispenser de rendre à Dieu le culte qui lui est dû , et devaient travailler à leur salut comme tous les autres chrétiens du monde. 11 ne doutait pas que le roi ne fît éclater son indignation contre ceux qui résisteraient à sa volonté; mais il était convaincu qu'avant que vingt personnes eussent souffert la mort et
scellé de leur sang la vérité de leur religion, Sa Majesté trouverait à propos de ne pas pousser plus loin. Vaincre les persécuteurs par la patience, briser le marteau en le laissant tranquillement frapper sur l'enclume : tel fut le principe fondament.il de la résolution prise par l'assemblée de Toulouse. Après quelques exhortations à la conversion individuelle , l'assemblée arrêta des mesures ecclésiastiques d'après lesquelles les Églises interdites devaient toutes se réunir à un jour donné, pour se livrer à la célébration du culte. Ces assemblées devaient être faites humblement et sans ostentation; néanmoins il ne fallait pas chercher à tromper l'œil de l'autorité, mais lui donner au contraire avis du lieu et du jour de toutes ces réunions. Le dimanche , h juillet, un jeûne solennel devait être célébré dans toutes les Églises. La règle que les ministres devaient suivre était celle-ci : ne point sortir du royaume, mais passer d'une province à l'autre, avec l'autorisation des colloques , pour échapper à la persécution.
Quel fut et quel devait être le résultat de ces mesures ? Le point défait est bien connu. De grandes divisions éclatèrent. Les consistoires des principales Églises contestèrent la compétence de l'assemblée de Toulouse. Nimes et Montpellier furent de ce nombre, et leur exemple entraîna la très-grande majorité de celles du Languedoc. Il paraît pourtant que ces dispositions n'étaient point unanimes à Montpellier, ou que, tout au moins, elles n'y furent pas spontanées. D'Aigrefeuille nous apprend qu'on s'assemblait en