‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 106 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

diverses maisons, et qu'il y avait des ministres disposés à l'exécution de la mesure. Déjà même un jeune proposant tenait une assemblée publique, mais le cardinal de Bonzy ayant donné l'éveil , les sixains prirent les armes, les fusils furent chargés à balle, le jeune proposant fut arrêté, et les religionnaires influents agirent eux-mêmes auprès du peuple. Tout resla dans l'ordre, dit notre historien. Au sein des mêmes consistoires, il y eut, d'un côté les zélateurs, c'est-à-dire ceux de l'opinion de l'assemblée de Toulouse, et de l'autre les timides , à la tête desquels se plaça un homme bien intentionné, mais faible, le marquis de Ruvigny, député-général des Églises. Il est facile de se faire une idée des déchirements que ces luttes durent produire.

Le parti des zélateurs eut incontestablement le dessus dans le Dauphiné , le Vivarais et une partie des Gëvennes. La restriction du mouvement permit aux commandants d'attaquer les populations isolément, et il en fut fait un horrible carnage. Sainl-Ruth, Tessé et le marquis de Noailles se firent, dans ces affaires, une triste réputation de férocité. Si l'on juge donc l'assemblée de Toulouse par ses résultats, on ne peut disconvenir qu'elle empira l'état des protestants français ; mais il faut bien se dire aussi que leur ruine était résolue, et qu'elle aurait peut-être été conjurée si, à la voix de l'assemblée de Toulouse, les protestants s'étaient partout levés comme un seul homme. Le grand nombre de points sur lesquels il eût fallu sévir,

aurait rendu la répression impossible. Et qu'est-ce qui empêchait que ce qui s'accomplit à Sainl-Hippolyte, par exemple, pût se reproduire partout ailleurs ? Là, une population immense se réunit sur les ruines de l'ancien temple ', le 11 juillet 1 683 , avec un recueillement profond. Le pasteur prit pour texte : Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. L'édification fut générale , à tel point que le prêtre de l'endroit, témoin de celte assemblée, disait, en rendant compte à l'évêque de Nimes: «Le pasteur n'a rien avancé que l'évêque lui-même n'eût pu dire s'il avait fait un sermon sur cette matière.»

Il faut laisser la parole à Brousson, pour qu'il justifie lui-même son entreprise avortée : «11 est sûr, ditil, que si tous les réformés eussent paru dans le même sentiment , on n'aurait exercé aucune rigueur contre eux, et qu'alors Sa Majesté, reconnaissant qu'on lui avait imposé quand on lui avait fait entendre que les réformés n'ont pas assez d'attachement à leur religion pour être en état de soutenir une grande épreuve , n'aurait pas voulu pousser la chose plus loin, et nous aurait rendu le repos et la liberté de conscience, que l'on nous avait injustement ravis. »

... «Dira-t-on, ajoute Brousson, que ce concert entre plusieurs provinces a quelque apparence de conspiration? Mais ce n'est pas l'union des personnes qui fait

1 Le temple de Saint-Hippolyte avait été démoli en 1681 ou 1682, à cause d'un manque de respect de quelques religionnaires, pour le Saint-Sacrement que l'on portait en ville.

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