CHAPITRE II
Les assemblées au désert commencent immédiatement après la démolition des temples. — Construction des forts d'Alais, Nimes et Saintllippolyte. — Émigration découverte des prolestants de Montpellier.
— Vincent Vianès. — Prédicants exécutés. — Effet des persécutions sur les fugitifs. — Plusieurs ministres rentrent en France. — Claude Brousson. — Ses principes. — ■ Ses voyages.' — Il est arrêté à Oloron.
— Pinon l'interroge. — Basville l'interroge à son tour. — Trois chefs d'accusation. — ■ Brousson reconnaît qu'il a écrit la lettre à M. de Schomberg. — L'interrogatoire est suspendu. — ■ Brousson écrit au Roi et \ M. de Basville. — La lettre au roi est retenue à Montpellier.
— Elle contient des explications importantes. — Réflexions à ce sujet.
— Brueys ; ses impostures démontrées, ses inexactitudes inconcevables. — Jugement et supplice de Brousson.
Le jour même de l'interdiction du culte public , les -assemblées^eCTetïïsrsvaient commen ce dans fes"pfbvmees méridionales. « Les prières dans les bois et dans Tescampagnesy sont de la même date que la démolition des temples.» Ces paroles de Rulhière , si bien placé pour avoir une connaissance exacte de ce qui s'était passé à cet égard, sont pleinement justifiées par
l'examen de nos documents. AJ\îontpellierriiesxecher" ches incessantes étaient faites, sixain par sixain, île par île , pour avoir les noms de ceux qui ne s'étaient pas finfiore Mnvprtu^f'qfi rpr>w<^fift firent cbmmen-~ cées quelques jours après la conversion en masse, et continuèrent longtemps après. Évidemment , l'on ne
voulait rien négliger pour stimuler les retardataires. Dès le 3 décembre 1685 , moins de deux mois après la révocation de l'Édit de Nantes , des poursuites étaient commencées, et l'intendant se faisait conférer les pouvoirs nécessaires pour juger en dernier ressort.
Privés de temples et de pasteurs , les protestants de nos provinces méridionales suppléaient aux premiers, en se réunissant en plein air sous la voûte de leur ciel d'azur , et aux seconds , par des prédicateurs improvisés, dont la parole était d'autant plus hardie et populaire qu'elle était plus inculte.
Basville écrit quelque part dans une de ses dépêches: « Toutes les fois qu'il y aura un homme assez téméraire pour oser faire le prédicant , les nouveaux convertis de ce pays , soit par légèreté naturelle , soit par attachement à leur ancienne religion , ne manqueront pas de former des assemblées ' . »
Le culte du désert jaillit du besoin qu'éprouvaient les âmes de s'élever à Dieu , et parut immédiatement après l'édit révocatoire. En 1 686 , il y eut des assemblées surprises à Vauvert , Sauve , Lasalle , Aiguesvives , Codognan , Muz, Saturargues et dans bien d'autres lieux. Les dragons se mirent à leur poursuite, et en peu de temps les prisons du fort Brescou , de la citadelle de Montpellier et d'Aigues-Mortes furent remplies de ces malheureux , qui portaient l'irrévérence jusqu'à vouloir servir Dieu autrement que ne I'ordon-
1 Rulhière.