‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 114 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

nail le grand roi . Les prisons manquèrent à cause du nombre de prisonniers , et , par suite de cette insuffisance , beaucoup de religionnaires furent dirigés sur Marseille; de là on les embarquait pour les colonies.

Le zèle des protestants , excité par la persécution , préoccupa sérieusement MM . de Latrousse et de Basville . Ce fut alors , en l'année 1 687 , que furent construits les forts deNimes, Alais, Saint-Hippolyte, pour contenir le pays et empêcher les assemblées. Ces constructions étant considérées comme d'utilité publique, toutes les villes et les villages à dix lieues à la ronde durent fournir des charrettes pour les transports des matériaux et des ouvriers. Montpellier envoya six charrettes et tous ses maçons.

L'ardeur que l'on mettait à poursuivre les protestants ranima chez beaucoup d'entre eux la résolution de passer à l'étranger, afin d'y trouver cette liberté si précieuse des enfants de Dieu , qui leur était interdite en France. On rapporte que les femmes , qui en fait de religion n'ont pas moins d'ardeur que les hommes, se signalèrent dans cette occasion à Montpellier. Elles allaient de maison en maison pour solliciter le départ. L'histoire nous a conservé le nom de celle qui l'emportait sur toutes les autres et marchait à leur tête ; elle s'appelait Feuillade. Mais l'exécution de ce projet n'était pas facile. A force d'instances et de sacrifices, on parvint à s'assurer le concours d'un Génois, nommé Vincent Vianès , qui possédait une barque pour son commerce. Cette barque abordait h Pérols , et les pcr-

sonnes qui voulaient en profiter pour quitter la France , se rendaient de nuit et par des chemins détournés à la métairie de Yauguières , où elles étaient ensuite à portée de s'embarquer. Il paraît que le trajet s'était déjà effectué plusieurs fois quand les vides causés par ces départs firent découvrir le subterfuge. Vianès fut arrêté, envoyé à Nmies et condamné aux galères.

La persécution avait déjà fait et faisait tous les jours des victimes. Isaac Homel, à Tournon ; Fulcrand Rey, à Beaucaire ; David Berthezène , à Saint-Hippolyte ; Gabriel Astier , à Baix ; Manuel , Pierre Boisson et Dombre, à Nimes; Olivier, Mazel et David Quet , à Montpellier , tous prédicants , avaient payé de la vie leur attachement à l'Évangile. La nouvelle de ces souffrances arrivait comme un écho plaintif sur la terre étrangère, et troublait le repos dont les fugitifs y jouissaient, au milieu de l'accueil cordial de leurs frères. On entendait parler d'assemblées surprises, de fusillades, dereligionnaires envoyés aux galères et à la mort. Ce courage et ces malheurs émurent la conscience des pasteurs qui avaient été forcés de quitter leurs troupeaux, et plusieurs rentrèrent dans le pays pour se replacer à leur tête, les encourager et les nourrir de la Parole de Dieu, Yivens, Debruc et Brousson reprirent le chemin de la France. Nous anticipons ici en plaçant Brousson au nombre des ministres ; il ne l'était pas encore, il le devint bientôt après , en se faisant consacrer par Yivens et Gabriel.

Nous l'avons déjà vu à Toulouse, déployant son zèle

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