CHAPITRE II
pour la défense des Églises, comme avocat au parlement. Ce fut lui qui avait conçu l'idée de cette célèbre réunion de 1683, qui eût pu faire tant de bien, mais qui causa tant de divisions, et fit tant de victimes dans le Vivarais et dans les Cévennes. Au milieu des persécutions déchaînées contre le Midi, il s'était échappé de Nimes comme par miracle. Arrivé en Suisse, il reçut la nouvelle qu'il avait été pendu en effigie sur le marché de sa ville naiale , en vertu d'une condamnation à mort, par contumace, du 26 juin 1684. Pendant quelque temps, il exerça sa profession d'avocat à Lausanne, où sa femme et son fils étaient allés le rejoindre. A la prière de ses coreligionnaires réfugiés, il remplit une mission auprès de Guillaume d'Orange et de l'électeur de Brandebourg. Il aurait pu vivre tranquille, soit à Lausanne , soit à Amsterdam où son frère avait établi une maison de commerce : sa conscience ne le lui permit pas. Il se sentit pressé de rentrer en France , pour y prêcher l'Évangile à ses frères persécutés. Aucune considération humaine ne put le détourner de ce projet, qui avait pour lui tous les caractères d'un appel d'en-Haut.
Cette résolution était la conséquence de ses principes. Il pensait que les protestants devaient pratiquer humblement leur culte malgré toutes les défenses, et que le sang d'une vingtaine de martyrs suffirait pour que le pouvoir se départit de ses rigueurs. Il se montra prêt à faire à l'Église le sacrifice de. la vie pour le rtiomphe de sa liberté. L'année 1 689 fut celle de son
premier retour en France ; il rentra avec Debruc. A peine arrivé dans les Cévennes, où il avait été précédé par Vivens et Gabriel, il commença les difficiles et périlleuses fonctions de son ministère. «Voyager de nuit, sous le vent, la pluie, la nejge ; passer au milieu des soldats ou parmi les brigands, moins redoutables pour lui ; dormir dans les bois , sur la terre nue , sur une couche d'herbes ou de feuilles sèches, et, comme disent les complaintes, sous la couverture du ciel; habiter des cavernes , des granges abandonnées , des cabanes de pâtres ; se glisser furtivement parfois dans un village, et, recueilli dans une maison pieuse , ne pouvoir pas même, pour rasséréner son âme désolée, caresser, le soir près du feu, les petits enfants de son hôte généreux, de peur que leur babil innocent ne trahît leur père et lui-même, en révélant son asile au prêtre et au consul ; être découvert dans sa retraite cernée par les soldats ; se cacher sur les toits, dans les puits, ou bien jouer d'audace et de ruse , en abordant hardiment les troupes, et les lancer après un ami officieux qui s'expose pour lui donner le temps de s'esquiver ; sortir travesti ; passer devant les sentinelles en imitant les manies des insensés ou la pantomime des baladins ', » tel était le genre de vie que cet homme de Dieu , qui aurait pu vivre tranquille et honoré, embrassa pour annoncer l'Évangile à ses frères. Ne pouvant continuer son œuvre à cause de la ma-
1 N. Peyrat; Histoire des pasteurs du Désert, liv. 3, ch. 4.