‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 117 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cêvennes, et on lui fait un crime d'une lettre qui fut trouvée sur Picq allant à Genève , et dont le but était d'indiquer à M. de Schomberg le moyen de faire pénétrer une armée en France. Cette lettre commence par ces mots : On ne peut s'empêcher de représenter de nouveau, et finit par ceux ci : pourront descendre dans la plaine '.

Dès le début de ses interrogatoires , Brousson fait cette déclaration, qu'il ne manque jamais de reproduire toutes les fois qu'on l'interroge: «Je fais serment de dire vérité et de déclarer toutes les choses que je pourrai révéler sans blesser l'honneur et le devoir d'un pasteur, par rapport à son ministère.» Quand on lui adresse des questions pouvant compromettre d'autres personnes, comme celles-ci : «Chez qui avez-vouslenu cette assemblée? qui était présent à celte réunion ?» il se retranche derrière la réserve de son serment et refuse de rien ajouter. On voit enfin que Brousson a pesé ses réponses, et si le secrétaire néglige d'écrire un mot étranger à sa défense , mais non pas à sa dignité et à sa fidélité pastorale , il a grand soin de le faire ajouter avant d'apposer sa signature.

Arrivant ensuite aux trois chefs d'accusation que nous avons rappelés, Brousson ne cherche à se justifier ni du premier ni même du second. Quant au premier, c'est un devoir qu'il a rempli , ce n'est paS

1 Cette pièce manque au dossier, mais Brueys l'a reproduite, tom. II, pag. 54.

une faute. Les mouvements de sa conscience l'ont poussé à prêcher l'Évangile; la nécessité lui en était imposée, comme à saint Paul. Les réformés, aussi bien que tous les chrétiens du monde, ne peuvent se dispenser de rendre à Dieu le culte qui lui est dû et de travailler à leur salut. Brousson a pris la liberté d'adresser au roi, sur ce sujet, de très-humbles requêtes.

Quant au deuxième point , quoiqu'il s'agisse là de choses bien anciennes et que l'on pouvait croire oubliées, Brousson répond par sa théorie des souffrances passives. Selon lui , les sujets réformés devaient et doivent faire connaître l'attachement à leur culte, et souffrir patiemment comme des agneaux pour la profession et l'exercice de leur sainte religion. S'ils dissimulaient leurs sentiments, on ferait croire au roi que les protestants ne sont pas des gens convaincus , et l'on pousserait peu à peu Sa Majesté à interdire le protestantisme dans son royaume. Alors, les consciences venant à se réveiller, on verrait des désolations extrêmes. Ce qui n'était qu'une opinion en 1683 était passé à l'état de fait en 1G98. Brousson déclare, au reste, qu'il n'a pris aucune part aux désordres qui suivirent l'assemblée de Toulouse , dans le Dauphiné , dans le Yivarais et dans lesCévennes.

Le troisième chef d'accusation était plus grave: il ne tendait à rien moins qu'à faire passer Brousson pour un conspirateur. « Les sages et vrais Français, dit M. Tabaraud dans la Biographie universelle, regarderont Brousson comme un séditieux fanatique. » Non

Page 1