‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 120 sur 253 · CHAPITRE II 3H · texte numérisé non relu

CHAPITRE II 3H

pûtes desdites Églises sur la conduite qu'elles avaient à tenir, le suppliant, dans la sincérité de son cœur, leur représenta qu'il croyait qu'il importait, pour leur repos et pour le bien de l'État, que les sujets de S. M. réformés fissent connaître rattachement qu'ils avaient à leur religion, sans pourtant se départir du respect et de la fidélité qu'ils devaient à leur prince, soutirant patiemment comme des agneaux pour la profession et l'exercice de leur sainte religion , et implorant continuellement les compassions de V. M. par de très -humbles requêtes; qu'il ne doutait point que V. M. ne fit d'abord éclater son indignation contre ceux qui résisteraient à sa volonté , mais qu'il était persuadé que dix ou vingt personnes n'auraient pas plutôt souffert la mort et scellé de leur propre sang la vérité de la religion qu'ils professaient, que V. M. ne jugerait pas à propos de pousser la chose plus loin , pour ne pas faire une grande brèche à son royaume. Au lieu que s'ils prenaient le parti de dissimuler leurs sentiments, comme il est arrivé dans la suite, V. M., à qui on faisait entendre que ses sujets réformés n'avaient pas un grand attachement pour leur religion, engagerait peu à peu son autorité à l'interdire dans tout son royaume , et qu'alors les consciences venant à se réveiller, on verrait une dispersion et des désolations extrêmes, comme l'événement l'a vérifié. Ce qui fait voir, Sire , que le sentiment du suppliant était chrétien, juste et raisonnable, le suppliant n'ayant, pour le surplus, eu aucune part à quelques désordres qui arrivèrent ensuite dans le Dauphiné, en Yivarais et dans les Cévennes , et qui , comme il a été dit, ont été abolis par une amnistie avec leurs circonstances et dépendances.

En troisième lieu, on veut encore involver le suppliant dans quelques autres désordres arrivés dans les Cévennes, durant la dernière guerre, et à l'occasion de ladite guerre, terminée par la paix de Ryswyk, qui finit aussi ladite guerre avec ses circonstances et dépendances , et c'est principalement sur ce sujet que le suppliant, qui a été contraint de protester de la

nullité de la procédure faite sur ce même sujet , réclame la justice et la protection de V. M.

Le suppliant avoue, Sire, ingénuement à V. M., qu'étant du nombre des réfugiés dans les États protestants, il fut contraint par les mouvements de sa conscience de retourner en France dans le mois de juillet 1689, avec le feu sieur Debruc, ministre réfugié, pour y travailler selon son pouvoir au salut de ses frères ; que François Vivens, qui était de retour de Hollande, étant déjà arrivé dans les Cévennes, et ayant d'abord été cherché avec un grand soin, le danger où il se trouva le porta à implorer le secours du roi d'Angleterre; qu'il entretint ensuite commerce avec Sa Majesté Britannique, par le moyen de ses généraux ou autres officiers ; qu'il en reçut dans la suite une somme de huit mille livres; qu'avec cet argent il fit quelques amas de poudre, comme le suppliant l'a depuis appris ; mais que le suppliant n'a jamais sceu que nl aucune ville, ni aucun village, ni aucune personne de considératioD soit entrée dans le dessein dudit Vivens.

Cependant, dans le mois de septembre -1G89, le suppliant, considérant que tout le peuple réformé gémissait dans le triste état où il se trouvait; que, d'un autre côté, on publiait dans les Cévennes que le roi d'Angleterre devait y envoyer des officiers et des troupes pour y procurer du soulagement aux réformés; et que quelques personnes mal intentionnées, qui voulaient sans doute jeter le peuple dans quelque malheur, avaient écrit du Bas-Languedoc dans le dit pays des Cévennes, que feu M. le maréchal de Schomberg, qui était au service du roi de la Grande-Bretagne , devait bientôt faire entrer une armée dans le dit pays, le suppliant souhaita de conférer avec quelques-uns des principaux dudit pays, pour leur représenter que pour prévenir les malheurs dont on était menacé, il importait d'envoyer une très-humble requête à V. M., pour lui remontrer avec une humilité profonde le triste état où ses sujets réformés se trouvaient à divers égards, et surtout par la

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