CHAPITRE II
gène où l'on tenait leurs consciences , et pour la supplier trèshumblement de vouloir leur redonner leur première liberté. Le dessein du suppliant était aussi, comme il le proteste devant Dieu, de leur représenter qu'au cas que quelque puissance étrangère vînt à se rendre maître du dit pays, il fallait prendre des mesures pour se conserver la liberté de retourner sous la domination de V. M., en la suppliant très-humblement de vouloir mettre lin aux. misères de ses dits sujets ; que non-seulement cela était juste, mais qu'encore V. M. ne pouvant jamais consentir à la perte d'un pays de cette conséquence, ce serait une matière perpétuelle de. guerre pour les réformés du dit pays et pour leur postérité , ce que le suppliant a aussi plusieurs fois représenté dans les pays étrangers aux réfugiés, lorsqu'on a parlé de ces matières. Mais le suppliant n'ayant pu voir aucune personne de considération pour conférer avec elle sur ce sujet , fut contraint de chercher un asile dans les déserts.
11 est vrai , Sire, que , dans la suite , le suppliant , dont la modération était connue de tout le peuple , étant pourtant continuellement cherché dans les villes et dans les villages, et poursuivi même nuit et jour dans les bois et dans les cavernes, où il était contraint de se retirer, en sorte qu'il a passé les trois mois entiers sans pouvoir entrer dans aucune maison , ni nuit ni jour, feu M. de Schomberg fils, qui commandait alors les troupes du roi d'Angleterre en Piémont , et qui était informé par ledit Vivens de l'état où les réformés des Cévennesse trouvaient réduits , envoya au suppliant et au dit Vivens aussi le nommé Hue , du Vigan , qui servait dans les dites troupes, et qui fut ensuite tué à la bataille de la Marsaille, pour leur faire savoir que Sa Majesté Britannique était dans le dessein de leur envoyer des troupes pour leur procurer quelque repos.
Le suppliant, Sire, fit connaître au dit Hue que son intention était de s'appliquer uniquement à prier Dieu. Cependant on prétend que le suppliant , qui avait toujours la mort devant les yeux, et qui souiïrait continuellement des misères, des fatigues,
des troubles et des afflictions qui peut-être n'ont jamais eu d'exemple depuis que Dieu a une Église sur la terre , troublé par la présence du danger et par tant de calamités , se laissa enfin aller aux semonces du dit Vivens et à celles de M. de Schomberg, et qu'il écrivit de sa propre main au dit sieur de Schomberg un billet que le dit Vivens avait déjà tracé, et par lequel il lui marquait le moyen par lequel il pouvait envoyer quelques troupes dans les Cévennes; lequel billet fut intercepté et n'eut point d'effet.
Mais comme c'était une dépendance incontestable de la guerre qui a été terminée par la paix de Ryswyk, avec toutes les circonstances et dépendances , le suppliant , Sire , qui est du nombre des réfugiés, ayant actuellement son domicile et sa famille à La Haye, d'où il est parti avec un passeport de Messieurs les États-Généraux, et ayant reçu de Messieurs les États de Hollande une somme de 500 florins pour les prix de son voyage et pour venir travailler à la consolation de ses frères , a été contraint de protester de la nullité de la procédure faite contre lui sur ce sujet , et il réclame avec une humilité profonde la justice et la protection de V. M., la suppliant trés-humblement de vouloir le faire jouir de l'abolition générale et réciproque portée par la dite paix , comme ceux qui pouvaient avoir pris quelque engagement dans le parti de V. M. en jouissent ailleurs.
Néanmoins, sans se départir du bénéfice de la dite paix et de la déclaration de V. M. donnée en conséquence , il supplie très-humblement V. M. de vouloir considérer que la faute qu'il peut avoir commise dans un état aussi triste et aussi déplorable que celui où il se trouvait, et dont il a demandé et demande encore très-humblement pardon à V. M. , est sans doute digne de la clémence et de la pitié d'un grand prince, qui sait que ce qui est fait dans un état d'agitation et de trouble pareil où le suppliant se trouvait alors, est considéré comme involontaire et forcé, et digne par conséquent de pardon.