‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 122 sur 253 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Ce n'est pas tout, Sire : le suppliant revint bientôt de son trouble , et cbangea entièrement de conduite pour s'attacher uniquement à prier Dieu. Or, Votre Majesté a fait grâce à ceux dont le triste état les ayant engagés dans le service des puissances étrangères, s'en sont ensuite retirés, selon les semonces qui leur en étaient faites de la part de V. M.

En effet, Sire, depuis la mort du dit Vivens, on n'a pas vu dans les provinces du Languedoc le moindre mouvement contre le service de V. M., quoique, depuis la mort du dit Vivens, M. de Schomberg soit entré avec une armée dans le Dauphiné.

Il est même notoire dans la province de Languedoc que , pendant la vie du dit Vivens, non-seulement le suppliant n'a eu aucune part à ses violences , mais que , lorsqu'il l'a rencontré dans ses asiles , il a condamné sa conduite et lui a fait sur ce sujet les remontrances les plus vives et les plus fortes qu'on puisse faire en pareille rencontre.

D'un autre côté, le suppliant, pour édifier tout le monde par sa conduite , a marché durant plusieurs années sans armes et comme un agneau , au milieu d'une infinité de gens qui le cherchaient jour et nuit pour lui ùter la vie. Il est encore notoire qu'il ne souffrait point qu'on portât des armes dans les saintes assemblées qui se faisaient par son ministère. De sorte que tout le peuple et les personnes même catholiques romaines les plus distinguées ont rendu un témoignage public à sa modération et à sa sage conduite.

Cependant le suppliant ne s'est point lassé d'envoyer à V. M. de très-humbles requêtes pour émouvoir ses compassions, jinplorer sa clémence et lui représenter tout ce qu'il a cru être de l'intérest de son royaume par rapport à la religion. Il a aussi pris la liberté de lui adresser par des épîtres respectueuses , des traités entiers , pour lui faire voir l'innocence et la pureté du culte que les sujets réformés rendent à Dieu.

Dans la suite , le suppliant étant sorti du royaume au mois de décembre 10(J5, et étant allé en Hollande, il n'y vécut

presque , durant environ quatorze mois, que des collectes que Jes principaux réfugiés firent entr'eux pour le faire subsister, ce qui est une preuve bien évidente de l'innocence de sa conduite , le suppliant n'ayant jamais reçu aucune pension ni récompense du roy d'Angleterre, et jouissant seulement à présent de la pension de 400 florins d'un coté, faisant b'00 liv., et de 150 florins d'autre, que MM. les États de Hollande, ou ce qu'on appelle la Société à La Haye , ont eu la bonté de lui accorder, comme à tous les autres pasteurs réfugiés qui ont une famille , après que le suppliant a eu prêché plusieurs fois à La Haye et qu'il a eu donné au public des ouvrages de piété qui ont été en édification.

Le suppliant étant ensuite forcé, par les mouvements de sa conscience , de retourner en France au mois de septembre 1695 , pour y continuer les fonctions de son ministère, il fut conseillé d'aller droit au camp du roy d'Angleterre, pour obtenir de Sa Majesté Britannique une escorte pour franchir les frontières, qui étaient alors couvertes de troupes ; mais, afin qu'en ne crût point qu'il fût allé recevoir des ordres pour entreprendre quelque chose dans le royaume , il aima mieux s'exposer à un grand danger en traversant les Ardennes du côté de Sedan; ce fut aussi par le môme principe qu'il ne voulut point retourner dans le Languedoc, et qu'il se contenta de traverser la Picardie , une partie de la Champagne , la Beauce , la Normandie , le long de la rivière de Loire , le Nivernois , la Bourgogne, et de sortir par la Franche-Comté.

Étant ensuite retourné à La Haye, et ayant trouvé que l'on travaillait à la paix et que les réfugiés imploraient l'intercession des puissances protestantes, pour obtenir de la bonté de V. M. qu'il lui plût de mettre fin à leurs misères, le suppliant fit un petit écrit qui fut communiqué aux plénipotentiaires des puissances protestantes, par lequel il déclara et protesta au nom de tous les réfugiés que, par celte intercession ou intervention des puissances prolestantes, ils ne prétendaient s'engager en

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