‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 123 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

aucune manière à se départir jamais tlu respect , de l'obéissance et de la fidélité qu'ils devaient à leur prince.

Quelque temps après , sa conscience l'obligeant à retourner encore on France, le 44 août, après que les intéresls de la Hollande , de l'Angleterre et de l'Espagne eurent été réglés, il laissa entre les mains de M. de Beringhen , conseiller au parlement de Paris et réfugié à La Haye , un autre petit écrit pour être présenté à MM. les plénipotentiaires d'Angleterre, et pour être même imprimé, dans lequel, comme ministre de l'Évangile, considérant que c'est le devoir des vrais chrétiens de souffrir patiemment pour le service du Seigneur, il proteste de nouveau, tant en son nom qu'au nom de tous les frères de France, contre tout ce qui pouvait être dit , écrit , fait ou négocié contre le respect, l'obéissance et la fidélité qu'ils doivent à leur prince.

Lorsqu'il a été en France , voyant de nouvelles désolations , il a pris la liberté, dans l'excès de sa douleur, d'envoyer en cour cinq requêtes adressées à V. M., pour implorer de nouveau ses compassions, pour lui mettre de nouveau devant les yeux la pureté de la religion réformée, le nouveau préjudice que ces nouvelles désolations pouvaient faire à son royaume , et le grand avantage que les puissances étrangères reçoivent de la dispersion de ses sujets; sur quoi le suppliant s'exprime dans l'une des dites requêtes en des termes qui font assez connaître la droiture et la sincérité de ses intentions.

Il a aussi pris la liberté d'envoyer en cour une lettre pastorale servant de réponse à une autre lettre de M. l'évêque de Rodez, dans laquelle lettre pastorale , qui contient un avis important la sacrée personne de V. M., le suppliant répondant à ce qu'on dit que V. M. ne peut plus compter sur la fidélité des réfugiés ni sur celle de ses autres sujets réformés , dit au contraire qu'il est persudé que si c'était le bon plaisir de V. M. de mettre fin aux misères de ses dits sujets , les uns et les autres lui en témoigneraient une reconnaissance dont V. M. aurait sujet d'être satisfaite. Ce qui marque bien encore que le

suppliant souhaite véritablement la prospérité de votre royaume.

Dans ce dernier voyage , s'étant trouvé engagé , contre son intention , à s'approcher de la province de Languedoc et à la traverser pour entrer dans le Rouergue , et voulant en passant exhorter les gens des Cévennes à la patience , et à n'attendre leur délivrance que de la miséricorde de Dieu et de la bonté de V. M. , il leur a prêché sur ces paroles de Job : Quand il me tuerait , parlant de Dieu , j'espérerais toujours en lui ; et sur ces autres paroles du chapitre 17 de Jérémie : Maudit soit l'homme qui se confie en l'homme et qui de la chair fait son bras ; mais béni soit celui qui se confie en l'Eternel et de qui l'Eternel est la confiance.

Et , parce que depuis quelques mois il a appris qu'il y avait quelques dispositions à une nouvelle guerre , son intention était de sortir du royaume dès qu'elle commencerait , aOn qu'on ne dit point qu'il y fût venu causer du trouble. En effet , Sire, le suppliant y est venu en un temps qui ne pouvait pas être suspect ; ce qui fait assez connaître le principe qui le fait agir et quelle est la crainte qu'il a du Seigneur et le désir qu'il a de lui plaire en s'acquittant de son devoir.

Lorsqu'il a été arrêté à Oloron, dans le Béarn , on a trouvé que ses pistolets n'étaient pas chargés , et celui qui l'arrêta et qui le conduisit devant M. l'intendant de la dite province , lui rendit témoignage qu'il avait arrêté et conduit un agneau. Ceux qui l'ont aussi conduit depuis Pau jusqu'à Montpellier, en ont aussi, comme il le présuppose , rendu à leur tour un semblable témoignage.

Enfin , Sire , le suppliant pourrait ajouter qu'il a l'honneur d'être connu en France et ailleurs pour un homme d'honneur, craignant Dieu et incapable de faire tort à personne.

Après tout cela , Sire, il ose espérer de la clémence de V. M. qu'elle ne voudra pas, s'il lui plaît, exercer contre lui sa sévérité. Il est disposé, Sire, à souffrir la mort pour le service de Dieu, si telle est sa volonté et la volonté de V. M.; mais il sait

Page 1