CHAPITRE II
que V. M. est un prince grand et généreux , qui fait grâce ù ceux qui s'humilient devant son trône. Le suppliant a une entière abolition dans la paix générale à l'égard du principal chef de la prévention; mais il souhaite encore, Sire, de l'obtenir de la clémence de V. M. , et de recevoir en tout des témoignages de sa bonté royale et paternelle. Si c'est le bon plaisir de V. M. de les lui accorder et de mettre fin à ses misères , il n'oubliera jamais ce bienfait , et il fera sans cesse des vœux pour la conservation et la gloire de la sacrée personne de Votre Majesté et de toute la famille royale , et pour la prospérité de
ses Etats.
Brousson , ministre de l'Évangile.
Celte pièce était accompagnée d'une lettre d'envoi à M. de Basville, dont voici le dernier paragraphe :
Il vous plaira, de vos grâces, Monseigneur, envoyer en Cour ladite requête qui est jointe avec la présente. Et, au cas que ladite requête ne pourrait absolument être envoyée à Sa Majesté, ordonner qu'elle sera jointe au procès , pour avoir tel égard que de raison, déclarant qu'il l'emploie pour ses défenses et pour se justifier des faits qui lui ont été objectés dans le
procès. .
Brousson , ministre de 1 Evangile.
Au bas de cette supplique , nous trouvons les annotations suivantes :
Soit montré au procureur du roi.
Fait à Montpellier, le 2 novembre 1698. De Lamoignon.
Je requiers pour le roi que la présente requête soit jointe au procès, pour, en jugeant, y avoir tel égard que de raison.
Fait à Montpellier, le 3 novembre 1698.
Remisse, procureur du roi.
Soit fait ainsi qu'il est requis les jour et an que dessus.
De Lamoignon.
D'après ces annotations , la requête de Brousson ne fut pas envoyée au roi. Elle resta à Montpellier comme pièce du procès, et c'est à cette circonstance que nous devons de l'y avoir retrouvée. Brousson, comme on vient de le voir, y renouvelle sa protestation contre une procédure qui s'alimente dans des faits empruntés à une époque close par le traité de Ryswyk, et demande à jouir de l'abolition générale et réciproque portée par cette paix, comme ceux qui pourraient avoir pris quelque engagement dans le parti de Sa Majesté en jouissent ailleurs.
Celte question de droit réservée, Brousson ne craint pas de descendre dans les détails sur le fait même dont il est inculpé. Il rappelle qu'en septembre 1689, les réformés gémissaient sous le poids de la persécution la plus violente; qu'en cet état insupportable, où l'on accueille avec tant de facilité tout espoir de soulagement et de délivrance , l'on avait répandu le bruit que le roi de la Grande-Bretagne devait faire entrer une armée dans le pays. Brousson ne voulait tenir que de son roi l'allégement de cette position intolérable; aussi adressait-il à Sa Majesté requête sur requête. Il