‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 125 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ne désirait pas changer de souverain; mais ce qu'il souhaitait avant tout, pour lui et pour les siens , c'était la liberté de servir Dieu. Depuis trois mois, il n'avait pas mis le pied dans une maison ; il était poursuivi nuit et jour, dans les bois et dans les cavernes. Ce fut au sein de cette affreuse position que le nommé Hue, du Yigan, vint le trouver de la part de M. de Schomberg fils, qui commandait alors les troupes du roi d'Angleterre en Piémont, et lui fit savoir que le dessein du roi de la Grande-Bretagne était d'envoyer des troupes en France, pour procurer un peu de repos aux réformés.

Les Anglais étaient des coreligionnaires chez qui les réfugiés français trouvaient un excellent accueil. M. de Schomberg était un frère en la foi, avec qui Brousson avait entretenu de bonnes relations. Le projet trèsarrêté de Brousson était bien de s'appliquer uniquement à prier Dieu ; néanmoins , il en convient, dans un moment où il avait toujours la mort devant les yeux, au milieu de souffrances , de fatigues et de misères qui peut-être n'avaient jamais été poussées au même degré depuis que Dieu a une Église sur la terre, il eut le tort de céder aux instances de Vivens et de M. de Schomberg, et il transcrivit un billet que la main de Vivens avait tracé. Ce billet indiquait le moyen de faire pénétrer quelques troupes dans les Cévennes, et fut saisi sur le sieur Jacques Picq, qui le portait à Genève. Cette faute, Brousson la confesse, il s'en humilie, il en demande pardon à Sa Majesté, et

il ajoute: «N'est-il pas digne de la clémence d'un grand prince de pardonner une action commise dans un tel état d'agitation et de trouble? »

L'aveu est fait, les pièces du procès sont là; les adversaires de Brousson peuvent triompher et se permettre à son égard les appréciations les plus malveillantes et les plus injurieuses. Oui, ils le peuvent s'il ne leur faut qu'un prétexte pour donner cours aux mauvaises passions qui bouillonnent dans leurs cœurs; mais ils ne le feront pas s'ils conservent un peu d'équité et si , comme nous, ils se donnent la peine d'étudier le procès dans les pièces originales. Brousson est traqué comme une bête fauve , sa tête est mise à prix , la convoitise de tous les malfaiteurs est alléchée par les 600 pièces d'or promises à celui qui pourra décharger sur lui son arme meurtrière ; les amis de Brousson sont chassés et tirés comme des pièces de gibier, pendus à des arbres, conduits aux galères, pour le crime d'avoir prié Dieu. Au milieu de cette barbarie sans exemple , des troupes libératrices se présentent à l'horizon lointain. Ce sont des étrangers, il est vrai, mais ce sont des défenseurs de la vérité pour laquelle on souffre et l'on meurt; ce ne sont pas des compatriotes de la terre , mais ce sont des compatriotes du Ciel; ce sont ces amis qui nous ont tendu les bras lorsque la patrie était pour nous sans justice et même sans entrailles , et ne se montrait avide que de nos misères et de notre sang. Ah ! que ceux qui se plaisent à noircir la réputation de Brousson et n'ont

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