‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 126 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pour lui que des accusations sans indulgence, se demandent si en pareil cas ils auraient pu se défendre de faire des vœux secrets pour le triomphe d'une cause plus chère que la vie , et si , à moins d'une vertu surhumaine, ils n'auraient pas failli comme lui? Quant à nous, nous ne cherchons pas la justification deBrousson dans bien des exemples que nous pourrions citer; nous ne faisons pas même remarquer qu'il est des hommes qu'on traite avec indulgence, qu'on innocente même, quoiqu'ils aient mis l'intérêt de leurs principes audessus du repos et de la tranquillité de leur pays. Il n'est pas d'une saine morale de chercher la justification de l'un derrière la faute de l'autre. Brousson a commis une faute, nous en convenons; mais qui ne l'aurait pas commise à sa place? Faut-il demander à la faiblesse humaine ce que la perfection divine pourrait seule accomplir ? Que celui qui est sans péché jette le premier la pierre à cette femme, disait le Sauveur. Nous dirons à notre tour : Que celui qui, se reportant aux circonstances où se trouvait Brousson, peut se dire : certainement j'aurais en la force de ne point faire ce qu'il a fait; que celui-là attaque sa vie et flétrisse sa mémoire ; quant à nous, nous ne le pouvons pas. En nous exprimant de la sorte, nous ne donnons pas une prime d'encouragement à la révolte ; nous reconnaissons un état d'imperfection et de faiblesse qu'aucun être humain ne peut nier, à moins qu'il ne soit plongé dans les ténèbres les plus profondes de l'orgueil, de cet orgueil qui l'empêche de se voir tel qu'il est.

Remarquons, en outre, que si la faute de Brousson fut réelle, elle ne fut pas de longue durée. Plus de huit ans s'étaient écoulés depuis le moment où il avait écrit la fatale lettre: si Brousson est un séditieux, s'il conspire contre son pays , on ne manquera pas d'autres griefs à alléguer. Que lui reproche-t-on cependant? absolument aucun autre fait du même genre, et il peut, devant ses juges et dans la requête qu'il adresse au roi, se prévaloir de n'avoir rien fait en vue de favoriser les armées étrangères, et de s'être uniquement attaché à la prière et à la prédication de la Parole de Dieu. Nonseulement il n'a pas suivi l'exemple de Vivens , mais il lui a fait plusieurs fois des remontrances et l'a blâmé hautement.

Après la mort de celui-ci, lorsque M. de Schomberg fut entré en France avec une armée , l'occasion était belle pour Brousson, s'il eût été un séditieux. Que fît-il? se mit-il en relation avec ce général ami, ou du moins chercha-t-il à l'aider , en soulevant les populations? On ne lui reproche et on ne peut lui reprocher rien de semblable.

Cet homme si à craindre, comment se conduisait-il dans les provinces qu'il parcourait au milieu de tant de périls? 11 ne souffrait point de gens armés dans les assemblées qu'il présidait; il recommandait la patience, et disait à ses auditeurs qu'ils ne devaient attendre leur délivrance que de la miséricorde de Dieu et de la bonté de Sa Majesté. Il nous donne lui-même le texte de deux sermons qu'il prêcha dans le Languedoc pen-

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