CHAPITRE II
dant son dernier voyage. Le premier est emprunté au livre de Job : Quand il me tuerait, dit l'auteur sacré en parlant de Dieu, j'espérerais toujours en lui. Le second est pris du chapitre xvn de Jérémie : Maudit est l'homme qui se confie en l'homme, et qui de la chair fait son bras ; mais béni soit celui qui se confie en l'Eternel et de qui l'Eternel est la confiance. Il ne voulait donc pas triompher par la révolte, celui qui attendait tout du secours de Dieu.
Brousson a voulu la liberté religieuse; à ce sujet, il n'a fait aucune rétractation, mais il n'a pas voulu la guerre civile : toute sa vie le prouve.
Nous avons trouvé les conclusions du procureur du roi Démisse contre Brousson ; les voici :
Vu le procès-verbal de capture de Claude Brousson, ministre de la religion prétendue réformée, son interrogatoire, réponses faites devant M. Pinon, intendant du Béarn, et devant M. de Basville, intendant de cette province (Languedoc), recolement et confirmations, un écrit commençant par ces mots: On ne peut s'empêcher, et finissant par ceux-ci : pourront descendre dans la plaine, contenant un projet pour faire entrer les ennemis dans les Cévennes, plusieurs lettres, escripts et ouvrages du dit Brousson; et tout considéré,
Je requiers pour le roy que, pour les cas résultant du procès, le dit Brousson soit condamné à être rompu vif sur un eschafaut qui pour cet effet sera dressé à l'Esplanade, ses biens acquis et confisqués au profit de S. M.
Délibéré à Montpellier, ce 3n>c novembre 1698.
Démisse, procureur du roy.
Le lendemain 4 novembre, l'arrêt était déjà rendu et fut signifié à Brousson par Hiérosme Loys , conseiller du roi , et par Jausserand , aussi conseiller au présidial, qui se transportèrent à la citadelle ; ils firent appeler Brousson dans un magasin , et lui donnèrent lecture du jugement portant que, avant l'exécution, il serait préalablement appliqué à la question ordinaire et extraordinaire. Quand ils lui eurent fait prêter le serment au cas requis, ils l'interrogèrent de nouveau de ses nom, âge, qualité, demeure et religion; après quoi, ils lui firent subir un troisième interrogatoire qui ne se distingue des deux autres que par plus de brièveté. Il est suivi des signatures :Loys, conseiller; Jausserand, conseiller ; Brousson , ministre de l'Évangile ; Le Sellier. Le point capital de l'accusation y est ramené en ces termes : Interrogé qui a trempé avec lui dans Je projet qui s'est trouvé écrit de sa main , a dit qu'il n'y a eu que Vivens qui le composa, et qu'il l'écrivit.
Nous retraçons avec soin toutes ces circonstances, parce qu'on ne trouve pas au dossier le jugement de condamnation. Ces sortes de jugements étaient ordinairement imprimés, en placard, à deux mille exemplaires , pour être affichés dans un grand nombre de lieux. Malheureusement nous n'avons pas pu en retrouver une seule feuille. La réquisition du procureur du roi et le procès-verbal de signification , indiquent suffisamment les motifs de la condamnation et le contenu de la sentence : Brousson fut condamné pour avoir