‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 131 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tière, et jouissaient à l'étranger de la liberté de conscience. Ceux qui restaient en France sans renoncer h leurs croyances , avaient été cruellement opprimés. On sait tout ce qui se rattache d'horreurs à ce nom de dragonnades. Les assemblées étaient surveillées avec le plus grand soin ; un système d'espionnage bien rétribué fonctionnait pour les découvrir. Quand on parvenait à les surprendre, les assistants étaient fusillés sur place , ou l'on envoyait les hommes aux galères et les femmes dans des citadelles. Bon nombre de pasteurs avaient été rompus et brûlés vifs. Dans ces circonstances, les âmes sincères et convaincues , qui ne voulaient pas abandonner Dieu pour plaire aux hommes, en venaient peu à peu à considérer la résistance comme le plus saint des devoirs. D'autre part, les écrits des réfugiés, introduits en France, faisaient ressortir l'obligation de la résistance et produisaient d'autant plus d'effet qu'ils ne pouvaient être lus qu'en secret.

Dans l'asservissement, on rêve la liberté : les pensées des religionnaires persécutés se portèrent de préférence vers les prophéties de l'Écriture sainte , où leur imagination exaltée ne pouvait manquer de voir ce qu'ils souhaitaient avec tant d'ardeur. On sait que Jurieu promettait cette délivrance à très-courte date, dans son livre intitulé : De l'accomplissement des prophéties.

Cet ouvrage fit une profonde impression sur un gentilhomme verrier, natif deDieu-le-Fit. Poussé par son zèle religieux, du Serre se fit le catéchiste des jeunes

pâtres du mont Peyra, où il avait sa verrerie. Du Serre avait fondé sur cette montagne du Dauphiné une véritable école de prophétie. Il y réunit tout d'abord, dit de La Baume1, quinze garçons et quinze filles, sous sa direction et celle de sa femme. Il commença par leur inspirer une profonde aversion pour l'Église romaine , et leur persuada que Dieu lui avait envoyé son esprit avec la puissance de le communiquer à ceux qui en seraient dignes. Il leur disait qu'il les avait choisis pour en faire des prophètes et des prophétesses; leur faisait apprendre par cœur les endroits de l'Apocalypse qui parlent de l'Ante-Christ, de la destruction de son empire et de la délivrance de l'Église. Il leur assura que l'empire qui devait être détruit était le papisme, et la délivrance promise, le rétablissement de la religion calviniste en France. L'attention de ces jeunes gens était particulièrement attirée sur plusieurs passages des Psaumes et des Prophètes, et sur Joël, chap. II, 28 etsuiv. Après avoir ainsi chargé leur mémoire de tout ce qui lui paraissait le mieux conduire à ses fins, il leur imposait des jeûnes de trois jours entiers, qu'il leur faisait réitérer de temps en temps, avec une grande exactitude. Ces fréquentes abstinences et ces efforts de mémoire leur affaiblissaient tellement l'esprit, qu'ils recevaient toutes les impressions qu'on voulait leur donner.

Voilà pour l'éducation morale, d'après de La Baume ;

1 Histoire de la révolte des fanatiques ( manuscrit ).

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