‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 132 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

voici ce qui concernait l'éducation physique, d'après le même auteur : Du Serre s'appliquait soigneusement à façonner leur corps, leur enseignait à prendre des postures capables de remplir le peuple d'étonnement et de crainte ; il leur apprenait à tremblotler, à battre des mains sur la tête , à se jeter par terre à la renverse , à baver et à ëcumer, à fermer les yeux et à s'eniler l'estomac et le gosier, à demeurer dans cet état comme assoupis pendant un certain temps, et à réciter ensuite, en s'éveillant, d'une voix affreuse, les passages qu'il leur avait fait apprendre par cœur et tout ce qui leur viendrait dans l'esprit contre l'Église, la messe, le pape et les prêtres. Puis , comme complément, il les baisait, leur soufflait dans la bouche et leur déclarait qu'ils avaient reçu l'esprit de prophétie.

Beaucoup de prophètes et de prophétesses sortirent de cette école, dont nous citons le programme sans le garantir bien entendu ; ce qu'il y a de certain, c'est que la manie du prophétisme devient générale, et qu'il se passa des choses bien étranges et pourtant parfaitement attestées. On vit , par exemple , des personnes sans éducation, et même des enfants, s'exprimer facilement en français , parler et prêcher d'une manière vraiment étonnante. On en vit d'autres qui pleuraient des larmes de sang et accomplissaient des phénomènes non moins surprenants. Ces opérations spirituelles et corporelles avaient quelque chose de contagieux , et quelquefois il suffisait d'entrer dans une assemblée ou de voir un prophète, pour le devenir soi-même. Le

Théâtre sacré des Cévennes contient à ce sujet des témoignages irrécusables. On trouve au dépôt du ministère de la Guerre des rapports du maréchal de Villars attestant qu'il a été lui-même témoin de ces phénomènes : «J'ai vu dans ce genre , écrit-il, des choses que je n'aurais jamais crues si elles ne s'étaient passées sous mes yeux : une ville entière dont toutes les femmes et les filles , sans exception , paraissaient possédées du diable ; elles tremblaient et prophétisaient publiquement dans les rues1.»

Le fait étant constant, on a voulu l'expliquer. Les uns ont regardé ces Camisards comme des inspirés du Saint-Esprit; les autres n'ont vu en eux que des hommes possédés par l'esprit des ténèbres , des démoniaques. Il nous est également impossible d'adopter l'une ou l'autre de ces explications , elles nous paraissent toutes les deux insoutenables. Ces hommes n'étaient pas des inspirés dans le sens biblique, car ils

1 Vie de Villars, tom. I, pag. 325. Voir Hip. Blanc; De l'inspiration des Camisards.

Dans son Histoire du Merveilleux , M. Louis Figuier parle ainsi d'une commission de la Faculté de médecine de Montpellier, qui se rendit aux Cévennes pour étudier le phénomène qui produisait tant d'émotion : « Dès que les docteurs de Montpellier furent entrés dans les prisons d'Uzès pour examiner les jeunes détenus, tous ces petits prophètes se mirent à les entourer et à les prêcher, pour obtenir la conversion spirituelle des savants qui venaient tenter leur guérison physique. Les médecins de Montpellier ne purent trouver aucune explication plausible de l'état de ces enfants. »

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