‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 133 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

n'avaient pas ce calme, cette placidité , cette charité ardente et douce qui caractérisent ceux qui sont conduits par le Saint-Esprit. Ils n'étaient pas non plus des instruments de l'Esprit des ténèbres, car il y avait chez eux une incontestable bonne foi; leurs exhortations tendaient toujours à lagloire de Dieu, et ils allaient à la mort avec une constance, une confiance, une sérénité, une vivacité d'espérance qui étonnaient leurs adversaires eux-mêmes. Qu'étaient-ils donc ? C'étaient des hommes de bonne foi avant tout, sincèrement attachés à leur culte, mais aigris et fanatisés par les persécutions. Ils n'accomplissaient pas de vrais miracles , mais ils opéraient véritablement des prodiges. On ne connaît pas encore tout ce que la nature humaine peut accomplir sous l'empire de certaines excitations : la colère double les forces, la maladie étend quelquefois considérablement l'intelligence, et semble donner des sens nouveaux. Bien souvent on produit dans ces moments, physiquement et intellectuellement, des phénomènes impossibles à accomplir en temps ordinaire. Dans les Camisards, nous voyons le développement de ces forces inconnues, et nous n'y voyons pas autre chose. Bon nombre de ces inspirés furent arrachés à leur pays par les troupes royales, et conduits à Nimes, à Sommièreset à Montpellier, pour y être jugés. Les prisons en étaient remplies ; beaucoup furent exécutés. D'autres Camisards prirent le chemin de l'exil et continuèrent à prophétiser à l'étranger. Nous en rencontrons un certain nombre à Londres , en 1706. Ils

y sont même l'objet d'appréciations opposées : les uns les regardent comme des hommes inspirés du Saint- Esprit ; pour d'autres , ils ne sont que des charlatans et des imposteurs. L'Église de la Savoie , composée presque en entier de protestants français , et à la tête de laquelle se trouvaient des pasteurs réfugiés, eut plusieurs conférences avec les prophètes. D'abord , ces conférences prirent un caractère tout à fait bienveillant et fraternel ; mais peu à peu ces bons rapports s'altérèrent, des soupçons surgirent , et le consistoire de l'Église de la Savoie , présidé par J.-A. Dubourdieu, mis en demeure de faire connaître son avis , déclara que « les mouvements de ces inspirés n'étaient que l'effet d'une habitude volontaire , chose indigne de la sagesse du Saint-Esprit. » Cette décision fut lue le 5 janvier 1707, dans toutes les chaires des églises françaises en Angleterre. Les prophètes Élie Marion , Durand-Fage et Jean Cavalier publièrent, le 24 avril 1 707, un récit abrégé de leurs entretiens avec le consistoire , que l'on peut considérer comme une protestation, et clans laquelle ils se plaignent hautement des procédés dont ils ont été l'objet.

Toutes les mesures que l'on put prendre contre les protestants , quelque sévères qu'elles fussent , ne les empêchèrent pas de tenir leurs assemblées et de se livrer au chant des Psaumes. Leur zèle est mis hors de doute par les rapports que font à leur sujet MM. les curés. Hélas ! nous sommes bien obligé de dire, et il

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