CHAPITRE III Ô
faudra répéter souvent que ces ministres de la religion s'étaient transformés, à l'égard des protestants, en agents de police ; ils en remplissaient les fonctions et en touchaient même les émoluments.
Le curé d'Aspiran, J. de Jean, écrivait, sous la date du 23 juin 1701 , une lettre qui fait grand honneur aux habitants prolestants de la ville de Bédarieux , qu'il appelle une petite Genève , en très-fréquents rapports avec la grande. Cette lettre se bornait à constater les faits ; mais quelques jours après , le 27 du même mois , le susdit curé en adressait à Monseigneur l'intendant une autre dans laquelle il indiquait les moyens de remédier au mal ; nous en transcrivons une partie : «Ce matin je vous demandais, Monseigneur, de tirer le sieur Laroque de Bédarieux, qui avec la demoiselle de Valéry sont les soutiens de l'hérésie dans cette ville, où ils causent un très-grand mal. Je vous confirme la même prière. M. de Fontz m'a dit des choses de lui qui font trembler. Il est expédient de le tirer de là et de tout le pays, car il vaudrait autant y avoir un ministre.
» Vous avez envoyé sa femme à Limoux , il faut l'éloigner d'un autre côté ; non du côté de Tournon où vous envoyerez apparemment la demoiselle de Valéry. Il n'a point d'enfants , sa maison n'en souffrira pas , non plus que son commerce , puisque le sieur Valéry, son associé , peut le faire seul pour tous deux.
» Il est bon que M. de Fontz fasse exécuter tous ces ordres; il veut bien lui-même aller prendre cette demoiselle et la conduire , si vous le jugez à propos.
» Les deux exemples de la maison de Valéry et Laroque feront trembler tout le reste. Je crois, Monseigneur, qu'il n'en faut pas moins. Ceux-là se sont toujours flattés que par leurs amis ou par leurs présents ils se garantiront de tout.
«Plusieurs autres enfants souffrent persécution. A la vue de ces exemples , leurs parents les laisseront en repos.
» Souffrez, Monseigneur, que je vous représente que les affaires demandent que vous n'accordiez aucune grâce aux gros Messieurs de Bédarieux , car ils se flatteront toujours tant que vous leur en ouvrirez la porte , et les petits enragent , croyant qu'il n'y a qu'eux qu'on pousse. J'attends, Monseigneur, vos ordres que je vous demande. Dès les avoir reçus, nous les ferons exécuter. Je suis, avec un respect très-profond, etc.
» Signé : De Jean, curé d'Aspiran.»
Le 22 juin 1 701 , le nommé Robert, vicaire-général et officiai , écrivait de Nimes à M. Le Sellier, premier secrétaire de M. l'Intendant à Montpellier, une lettre qui , comme celle du curé d'Aspiran, ne penche pas du côté de l'indulgence : « Je vous envoie , Monsieur, le certificat que vous me demandez au sujet du sieur Henri; l'on verra à la Cour qu'une juste et salutaire violence a toujours de très-bons effets.»
Tout en s'occupant politiquement des affaires de la religion , M. le curé Robert ne négligeait pas de ré-