CHAPITRE
clamer la pension qu'il recevait pour ses services. Il ajoute dans la même lettre : « Nous sommes dans le sixième mois que ma petite pension ne m'a pas été payée. Vous aurez la bonté de m'envoyer un ordre sur M. Auvillier, pour les six mois échus. Je serai toujours, plus que personne au monde, Monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.
» Vous direz, s'il vous plaît , à M. de Basville que j'ai envoyé ses lettres par tout le diocèse. »
A cette lettre est joint un certificat en faveur du sieur Henri, notaire, ci-devant exilé à Pluviers pour cause de religion.
L'abbé Poncet de la Rivière écrivait aussi d'Uzès dans le même esprit , sous la date du 25 mai 1701 . Dans cette lettre, il dénonçait le nommé Trinquelaigue père comme tenant de mauvais discours et faisant beaucoup de mal : « Cet homme mourra comme il a vécu , disait-il; cependant, je crois que quelque citadelle lui ferait du bien. Je lui attribue même une bonne partie de l'obstination qui règne à Lussan. Une femme et un muletier cherchent aussi à nous enlever quelques
jeunes gens de famille ; je tâcherai de les faire
arrêter, pour vous les remettre entre les mains. »
Ces fragments de lettres établissent deux choses :
Le zèle persévérant des réformés, qui ne se laissaient
intimider par aucun obstacle; et la part considérable
du clergé dans la persécution qu'ils avaient à souffrir.
En effet, les délations dont nous venons de parler
ne doivent pas être considérées comme le fait personnel de quelques prêtres passionnés , ils sont la conséquence naturelle de l'alliance entre les évêques et les intendants. Ces derniers s'adressaient aux premiers pour leur demander des renseignements de toute nature, et ceux-ci leur répondaient après avoir puisé les éléments de leurs réponses dans les renseignements fournis par le clergé inférieur. Voilà le rôle normal qu'on avait fait aux prêtres. Ce n'étaient sans doute que les plus exaltés qui se mettaient en rapport direct avec l'autorité civile.
Nous trouvons dans une lettre de \ 699 écrite par l'intendant du Languedoc à l'évêque du Puy , qu'il lui adresse des questions :
1° Sur les chefs de parti et personnes accréditées qui détournent les nouveaux convertis ;
2° Sur les nouveaux convertis qui vont voir les malades ;
3° Sur les parents qui refusent de faire instruire leurs enfants dans la religion catholique ;
4° Sur les parents qui n'assistent pas aux instructions et ne font pas le devoir de catholiques;
5» Sur les médecins , chirurgiens , apothicaires et sages-femmes qui refusent de s'acquitter des devoirs de la religion catholique;
6° Sur les mauvais catholiques qui jouissent des biens des religionnaires hors du royaume ; leurs fruits doivent être saisis et séquestrés , après que les détenteurs ont été avertis sans se corriger.