‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 136 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Quand la police de chaque diocèse était ainsi centralisée dans les mains de son évoque , devait-on trou • ver étrange que tous les ecclésiastiques fussent transformés en agents ?

Une autre preuve trop irrécusable de la participation du clergé catholique à la persécution des protestants, se trouve dans les notes que les curés donnaient sur leur compte: ces notes , on le comprend, étaient le point de départ de tous les actes que l'autorité accomplissait à leur préjudice.

Nous en avons parlé ailleurs , nous n'y revenons que pour fortifier une preuve déjà surabondamment établie.

Quoique surveillés par des yeux partout ouverts et toujours vigilants, les protestants ne cessèrent pas de se réunir pour la célébration de leur culte. C'était en vain que le Père de la Rue prêchait fortement les nouveaux convertis des Cévennes et se donnait beaucoup de peine; malgré celte ardeur, qui faisait dire à un vicaire-général d'Alais: «c'est un digne ouvrier, ie suis ravi qu'il ait du zèle pour travailler en ce pays», les Cévenols ne se laissaient ni persuader par son éloquence ni intimider par les soldats que l'on mettait à leur poursuite ; ils gagnaient même du terrain , et un moment ils semèrent l'épouvante jusqu'aux portes de Montpellier. A leur approche, les curés quittèrent les campagnes et vinrent dans la ville fortifier la garde urbaine. Quatre hommes, et puis six, furent placés à chaque porte, tant était grande la terreur; et les États

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de la province, réunis à Montpellier, voulant remédier à ce mal , prirent la résolution de lever vingt-cinq compagnies de fusilliers et quatre de dragons pour les leur opposer. Chose étrange! ces religionnaires dont on remplissait les prisons et que l'on décimait sans cesse , effrayaient leurs persécuteurs, et pour leur tenir tête la province s'épuisait en hommes et en argent. Était-ce l'horreur des tortures qui leur inspirait cette énergie de résistance? était-ce le sentiment de leur droit? L'un et l'autre pouvait y contribuer pour sa part. Nous ne parlerons ici ni des vingt-cinq villages incendiés par Montrevel , ni des exploits des Cadets de la Croix ; nous dirons seulement que c'est à Montpellier que fut tenu, le 4 janvier 1704, le célèbre conseil de guerre où l'on arrêta les mesures qui devaient amener l'extermination des Camisards. C'était au maréchal de Villars qu'il était réservé d'avoir le dessus sur eux, autant par les négociations que par les armes. Castanet fut pris dans le Vivarais, conduit et exécuté à Montpellier, au mois de mars 1 705 , avec deux de ses camarades. Catinat et Ravanel eurent le même sort, et furent brûlés à Nimes attachés au même poteau ; Jonquet eut les os cassés avant d'être jeté dans le brasier. Ces supplices en amenèrent beaucoup d'autres. Dans le reste d'avril et pendant tout le mois de mai, on ne vit a Montpellier, dit d'Aigrefeuille, que des emprisonnements et des exécutions. Les moindres peines étaient les galères pour les hommes, et la prison perpétuelle pour les femmes.

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