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CHAPITRE III

Le sieur Julien (du Vivarais) rendait de grands services au parti des réformés , en leur servant d'intermédiaire pour qu'ils pussent toucher l'argent qui leur venait de l'étranger. Dans ce but, il résidait à Genève, où il recevait les fonds qu'il faisait ensuite passer en France. M. de Basville lui tendit un piège , auquel il se laissa prendre: il accepta l'offre d'une promenade sur le lac. La barque qui le portait ayant touché le sol français, on lui mit la main dessus. Conduit à Montpellier, il y fut condamné à mort. Le courage lui fit défaut, et il mourut, dit-on, en bon catholique.

Nous ne pouvons que mentionner, en passant, les moyens dont on fit usage pour convertir les réformés. Nous avons déjà dit que des missionnaires furent envoyés à Montpellier, à l'époque de la révocation de l'Édit de Nantes, et que des instructions étaient faites par les curés de la ville pour instruire ceux à qui l'on avait ôté le droit de se dire protestants. Ce système fut continué depuis. Déjà, dans les années 1685 et 1687, les îliers de la ville de Montpellier s'étaient livrés, quartier par quartier, à des recherches dont le but était de découvrir ceux qui n'étaient pas encore convertis. Ces mêmes soins se reportaient aussi sur les enfants des nouveaux convertis, que, d'après l'opinion de M. de Basville , il fallait surtout gagner au catholicisme. Des listes fort exactes de ces enfants, de 6 à 16 ans , furent remises à MM. les consuls . Nous en avons trouvé une extrêmement précise de 1689 ; les enfants y sont portés famille par famille , avec la dé-

signation <Je leur âge, du nom et du domicile de leurs parents. Ces recherches furent sans aucun doute continuées.

Un évêque très-distingué du diocèse de Montpellier, M. Charles Joachim de Colbert , évêque de 1696 à 1738, connu pour son attachement au jansénisme et son opposition à la bulle Unigeniius, fit rédiger des instructions générales en forme de catéchisme , à l'usage des anciens et des nouveaux catholiques. On peut juger par là du soin que ce prélat mettait à faire soigner celles de ses brebis qui broutaient encore les pâturages de l'hérésie. Comment aurait-il pu faire autrement, ce prélat respectable pour qui le système delà tolérance, qu'il appelle lolérantisme , était le principe de tous les maux? «Oter à l'Église son autorité infaillible, dit-il, c'est se jeter dans le tolérantisme le plus absolu. Qui soumettra les esprits? ajoutet-il. Il n'est pas besoin de les soumettre; il s'agit de les persuader. »

Le système des missions parmi les protestants était antérieur à la révocation : on peut lire, à cet égard, des renseignements curieux dans Benoît; il fut continué depuis. Des documents officiels établissent que le roi donnait chaque année 18,720 livres pour les missions en Languedoc. Cela se poursuivit tout au moins jusqu'en 1 749, et probablementbeancoup plus tard. Un tableau découvert parmi les lettres de Cour n° 93, fait connaître qu'il y avait quarante-sept places de missionnaires pour le Languedoc , non compris deux autres places

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