CHAPITRE. m
dont l'évèque de Montpellier fit les frais jusqu'en I 7:23. Chaque évoque choisissait les missionnaires de son diocèse, et fournissait quittancé de leurs émoluments, qui étaient de 360 livres. Le roi tenait compte du total de la dépense et la recevait en à-compte sur le don gratuit que la province lui faisait chaque année.
La fin du règne de Louis XIV s'écoula dans des occupations qui étaient l'aveu de son impuissance. Ces protestants qu'il avait comme biffés d'un trait de plume par son édit révocatoire, existaient néanmoins, et leurs croyances étaient toujours très-vivaces. Les intendants pouvaient désormais les traiter selon les rigueurs de leurs caprices et se livraient, quand ils le trouvaient bon, à de sanguinaires expéditions. Malgré cela, l'un des plus cruels d'entre eux , celui du Languedoc, Basville, était obligé de reconnaître l'impuissance de ses efforts. «Il y a, écrit-il, des contrées de vingt et trente paroisses où le curé est le plus malheureux et le plus inutile de tous les habitants, et où, quelque soin que l'on se soit donné, on n'a pu parvenir à faire un seul catholique, ni même à en établir un seul du dehors.» Et cependant, peu de temps avant de fermer les yeux à la lumière de ce monde et de comparaître devant le tribunal de Dieu , Louis XIV avait rendu une loi d'après laquelle tous ceux qui voulaient persister et mourir dans la religion prétendue réformée, qu'ils eussent fait abjuration ou non, devaient être réputés relaps, et comme tels avoir leurs biens confis-
qués, faire amende honorable, être bannis du royaume. Quelle iniquité, ou du moins quel aveuglement! Ces rigueurs attestent que la Providence ne permit pas à Louis XIV de se faire illusion et de croire que son attentat contre la liberté de conscience avait réussi.
Antoine Court.— Le Régent. — Espoir trompé des protestants. — Tournée de M. de Massane. — Grand nombre des assemblées. — Le chanoine Lafont. — Le ministre Corteis. — Un convoi de prisonniers protestants part de Montpellier pour la Louisiane. — Voyage de M. de Bernage et du duc de Roquelaure. — Ce que l'intendant pense des protestants. — Sentiments que font éprouver à la Cour les sévérités exercées dans le Languedoc. — Les Multipliants. — ■ Bizarrerie de cette secte. — Mélange incohérent de croyances et de symboles opposés.
— Jugement des sectaires. — Appréciation du caractère de Vesson.
— Le duc de Bourbon. — L'Édit de 1724.
Il arrive quelquefois que, sous une roche aride et menaçante, à l'aspect sinistre et calciné, l'on voit jaillir un filet d'eau limpide qui s'avance dans la campagne, portant avec lui la fraîcheur et la fécondité ; sa course est souvent entravée, mais jamais arrêtée. Louis XIV n'avait pas encore rendu le dernier soupir, que déjà la Providence avait désigné celui qui devait être le restaurateur de cette Église que le grand roi avait eu la prétention de détruire. Antoine Court naquit dans le Vivarais en 169G, et mourut à Lausanne en 1760. A l'âge de 17 ans, il conçut la pensée de réorganiser le culte protestant, qui, en l'absence des pasteurs, n'avait à sa tête que des prédicants dont la ferveur dépassait les lumières, et le zèle le jugement. L'inspiration surnaturelle ou l'extase, qui datait de la guerre des Cami-
sards, ne s'était pas éteinte avec elle. C'était d'ailleurs le temps où les Jansénistes avaient leurs convulsionnâmes et leurs thaumaturges. A force de courage, d'intelligence et de dévouement, Court rendit à l'Église ses assemblées régulières, rétablit la discipline au moyen des consistoires, des colloques et des synodes ; enfin, il fonda une école de théologie à Lausanne, qui devait préparer aux églises des pasteurs capables et pieux. Nous retrouverons Antoine Court en 1744, et nous aurons à dire alors ce qu'il fit dans l'Église de Montpellier.
Louis XV, un enfant de cinq ans, était monté sur le trône de France, et Philippe d'Orléans avait été déclaré régent. Un moment il parut vouloir laisser dormir dans l'arsenal des lois, ces armes exterminatrices de l'hérésie, qui constituaient la législation du dernier règne. Mais cette conduite n'était pas la conséquence d'une conviction réelle de la légitimité de la tolérance ; elle était la suite de la faiblesse de son caractère, qui trouvait trop pénible de dompter, par la force, des milliers d'hommes qui tenaient plus à leurs croyances qu'à leur vie. Il n'avait ni assez de foi ni assez de résolution pour accomplir une pareille tâche. Cette faiblesse de caractère , appuyée sur la dissolution du cœur, produisit les deux effets que voici : elle poussa les protestants à se réunir plus souvent, dans la pensée qu'ils étaient moins surveillés; elle porta les catholiques, offusqués par ces nombreuses réunions, à multiplier leurs délations.