‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 143 sur 253 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lut hautement une lettre qu'il dil avoir reçue de Suisse, où on lui marquait que bon nombre de gens se préparaient à revenir en France, mais qu'on était embarrassé par où les faire entrer ; que cependant ils espéraient de pouvoir pénétrer sans rien risquer. »

Lafonl pensait que la lettre était supposée, et que c'était un moyen inventé pour ranimer le zèle.

La même lettre contient encore d'autres renseignements :

« Nous avons ici en ville le nommé Guion le cadet, qui a demeuré quatorze ou quinze ans à Genève, et qui est revenu en France depuis environ deux ans. Il a resté à Nimes la plupart du temps chez un marchand; il est acluellement chez nous, où il cherche à faire vendre à sa mère le peu de bien qu'elle a: Je crois que c'est pour en retirer l'argent et retourner en pays étranger. Je le soupçonne avec d'autant plus de fondement, que cet homme, à ce qu'on m'a dit, n'a point fait d'abjuration et parle même librement. »

Nous avons trouvé une autre lettre du sieur Lafont, adressée à M. de Préfossé , colonel d'infanterie, commandant du déparlement d'Uzès, à Montpellier; elle est relative à un nommé Esprit Bernard, salpétrier.

«Je ne saurais, dit le chanoine, vous donner des preuves et des témoins contre cet homme, à moins de vouloir perdre des gens de confiance. Il n'est pas même assuré s'ils voudraient paraître : je ne les ai jamais mis à cet usage ; si je l'avais fait, il y a longtemps que je n'en aurais aucun à ma main. Ils ne s'ouvrent à moi que

parce qu'ils savent que je les paie assez bien et que je les ménage. Depuis seize ans que je travaille pour la religion et pour le service du roi, et que j'emploie des gens pour savoir l'état du pays, il ne leur est arrivé aucun accident, au lieu qu'on en a égorgé un grand nombre de ceux qui servaient d'autres personnes, et c'est pour les avoir fait paraître. » Cette lettre, écrite à M. de Préfossé, alors à Montpellier , devait être communiquée à M. de Bernage.

M. de Préfossé fit cette communication par le billet qui suit :

«En sortant de chez vous, Monsieur, je reçois cette lettre démon abbé Lafont, de qui vous avez la première, sur le compte de Bernard. Je crois qu'il est utile que vous la gardiez, pour l'interroger sur ce qu'elle contient. Le père de ce coquin fut brûlé à Ninies du temps des rebelles, pour le fait qui est allégué.

» Je vous supplie, etc.

» S'upié : Préfossé.»

La dernière lettre de Lafont que nous trouvons dans le dossier, est du 30 octobre 1719 ; elle contient les détails d'une assemblée tenue à Saint-Cézaire.

Le chanoine Lafont était certainement un trèshabile chef de police, formé par seize années d'expérience ; mais pouvait-il être un bon prêtre? S'il défendait par tous les moyens le catholicisme, il ne pratiquait guère le christianisme, et c'est bien à tort qu'il se donne comme travaillant pour la religion : la religion bien entendue demande d'autres ouvriers.

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