CHAPITRE IV
Quel contraste entre la conduite de ces hommes qui poussaient sans cesse le Pouvoir dans la voie de la rigueur, et ces ministres persécutés à qui l'on ne laissait pas un moment de relâche ! Le ministre Corteis ' apprend, en 1720, que M. Campredon, subdélégué à Barre, met tout en jeu pour obtenir son arrestation, et que 3,000 livres ont été promises à celui qui parviendrait à le livrer. Il lui écrit à ce propos une lettre trop longue pour être reproduite en entier, mais dont nous allons donner une analyse. Corteis n'attribue pas cette manière d'agir au caractère du subdélégué, qu'il sait être un homme bon et honorable ; il l'attribue au système qu'il a le malheur de servir. Après ce préambule vient une longue justification de la doctrine des réformés, dont l'enseignement n'est autre que celui de l'Évangile. «Si notre religion est fausse, il faut nous le montrer par l'Écriture, mais non pas nous dépouiller de nos biens, nous faire traîner aux galères ou mourir cruellement. La terreur fait des hypocrites et ne convertit pas réellement.»
Et en post-scripium : «Depuis le présent écrit , j'apprends qu'on nous offre de l'argent pour nous décider à sortir du royaume. Soyez persuadé, Monsieur, que l'or et l'argent ne nous font point agir, mais notre conscience seule et le devoir de réveiller ceux qui dorment dans le péché. On est très-mal informé de la
• Le nom de famille du ministre, connu sous le nom de Corteis et Cortez, était Carrière.
pureté de nos sentiments. Nous serions les plus malheureux des hommes, si nous agissions par des motifs humains.»
Grâce au zèle de ces ministres et au besoin impérieux qu'éprouvaient les populations d*entendre la prédication de l'Évangile, les assemblées se continuaient, quoiqu'elles fussent sans cesse poursuivies et cruellement décimées.
Une circonstance politique vint encore aggraver la situation déjà si triste des détenus protestants. Le système financier de Law, qui avait excité un engouement si frénétique , commençait à déchoir et tendait vers la débâcle. Un des moyens auxquels on recourut pour le soutenir fut de peupler la Louisiane , cette colonie où , disait-on , l'or et les pierreries se trouvaient en si grande abondance et dont on attendait des merveilles. Dans ce but, des ordonnances rendues les 3 janvier et 12 mars 1 719 prescrivirent d'y transporter les vagabonds et les condamnés libérés en rupture de ban. Un nouvel éditdu 10 mars 1720 autorisa les tribunaux à convertir en transportation la plupart des peines. Cette mesure odieuse fut appliquée aux protestants, et les prisonniers d'une assemblée surprise près de Nimes furent frappés des premiers par cette horrible commutation. Voici une lettre qui le prouve:
« Monsieur,
" Il y a déjà quelque temps que j'ai adressé à M. le duc de Roquelaure les lettres de commutation de peine